LES DERNIERS TEMPS DE LA COMEDIE ITALIENNE EN FRANCE
La comédie italienne, pendant son premier séjour à THôtel de Bourgogne, jeta un vif éclat. La comédie française s'en montra plus d*une fois jalouse : les Italiens jouaient des pièces françaises; les comédiens français prétendirent qu'ils n'en avaient pas le droit. Le roi voulut être le juge de ce ditïérend. Baron se présenta pour défendre la prétention des comédiens français, et Arlequin vint pour soutenir celle des Italiens. Après le plaidoyer de Baron, Arlequin dit au roi : a Sire, comment parlerai-je? — Parle comme tu voudras, répondit le roi. — Il n'en faut pas davantage, dit Arlequin, j'ai gagné ma cause. »
Cette décision, quoique obtenue par subtilité, eut son effet, et depuis, les comédiens italiens joué-
rent presque exclusivement des pièces françaises. La comédie des Chinois ^ de Dufresny et Regnard, jouée par les Italiens le 13 décembre 1692, contient plus d'un trait qui témoigne de la rivalité des deux théâtres, depuis que leur domaine était devenu à peu près le même. Regnard, qui n'avait pas encore eu de pièce représentée aux Français, ne ménageait pas la modestie de ses interprètes.
COLOMBINE
Pour donnera l'univers un comédien italien, il faut que la nature fasse des efforts extraordinaires. Un bon Arlequin est ncUurœ laborcmtis opus ; elle fait sur lui un ëpanchement de tous ses trésors; à peine a-t-elle assez d'esprit pour animer son ouvrage. Mais pour des comédiens français, la nature les fait en dormant : elles les forme de la même pâte que les perroquets, qui ne disent que ce qu'on leur apprend par cœur : au lieu qu'un Italien tire tout de son propre fonds, n'emprunte l'esprit de personne pour parler ; semblables à ces rossignols éloquents, qui varient leurs ramages suivant leurs différents caprices.