CHAPITRE IV
LE THEicTRE DES GELOSI.
C'est sur le théâtre des Gelosi que la commedia delVarte a atteint son plus haut point de perfection; ils représentent, en quelque sorte son âge classique. C'est donc chez eux qu'il faut Tétudier. Gela nous est facile, grâce au directeur de la troupe, Flaminio Scala, qui prit soin de rassembler les canevas qui avaient servi à ses acteurs, et les fit im* primer, ce qu'on n'avait pas coutume de faire pour ces sortes d'ouvrages. Quand on publiait une pièce jouée à l'impromptu, on écrivait ordinairement le dialogue, comme fit Fabritio di Fornaris pour YAngelica. Flaminio, laissant à d'autres, comme il le dit, le soin de tracer le dialogue, s'est borné à reproduire le scénario des pièces,, à l'usage des comédiens qui voudraient s'exercer sur les mêmes sujets. Voici le titre de son recueil :
// teatro délie favole rappresentative overo la ricreatione comica^ boscarecda e tragica^ divisa in cinquanta giomate, composte da Flaminio Scala detto Fktvio, comico del sereniss. sig. duca di Manioua. In Venetia. Appresso Gio.-Batt.
Pulciani. 1611. En tête du volume, il y a une lettre de Francesco Andreini, comico Geloso detto il capitano Spavento, dans laquelle il fait l'éloge de son compagnon, a qui ne dérogea pas à la noblesse de sa naissance en s'adonnant au noble exercice de la comédie ; » il rappelle le succès que ces pièces ont eu pendant de longues années, et promet une seconde série non inférieure à la première ; mais il ne parait pas que celle-ci ait jamais vu le jour. On voit par le titre môme du recueil de Scala que les Gelosi jouaient à l'impromptu non-seulement des comédies, mais encore des pastorales et des tragédies. Toutefois les comédies sont beaucoup plus nombreuses que les autres; il y en a quarante, et des autres il n'y a que dix^ , et encore ces dix dernières offrent un singulier mélange de tous les genres. Ce sont plutôt ce que nous appellerions des mélodrames ou des féeries. La Forsennata prencipessa (la Princesse qui a perdu l'esprit) est seule