CHAPITRE YI
LA COMMEDIA SOSTENUTA.
Les acteurs Italiens accoutumés à jouer la comédie improvisée ne laissaient pas de représenter, à roccasion, la comédie écrite et soutenue, de réciter les œuvres de TArioste, de Bibbiena, de Machiavel, de TArétin. Ainsi, l'on sait que le rôle de la bergère Silvia, xlans YAmintaj la pastorale du Tasse, était un des triomphes d'Isabelle Andreini. Les deuK genres échangeaient, du reste, leurs productions. Un canevas qui avait du succès et que son auteur voulait faire imprimer était ordinairement transformé en comédie écrite. C'est là Thistoire des pièces que Ruzzante publia à la fin de sa vie d'improvisateur et d'acteur, l'histoire de YAngelica du capitaine Cocodrillo et d'un très-grand nombre des productions que nous a léguées l'époque la plus féconde du théâtre italien. D'autre
part, les comédies écrites et dialoguées n*en restaient pas moins des soggetti^ des thèmes toujours prêts pour la commedia deWarte. Riccoboni nous apprend, par exemple, que la Emilia^ de Luigi Groto, surnommé l'aveugle d'Adria, cette pièce qui a fourni à Molière plusieurs des caractères et des situations de V Etourdi^ servait fréquemment de canevas aux acteurs de la comédie improvisée ^ On oubliait les vers de l'aveugle d'Àdria. Les vieillards, les valets prenaient les masques de Pantalon, de Brighelle ou d'Arlequin, et la pièce recommençait à chaque fois avec toutes les complications et toutes les cascades [cascate^ le mot est dans la Supplica de Bel trame) que le genre comportait. Il résulta de ces échanges que les traits de ressemblance entre la comédie régulière et la comédie de l'art se multiplièrent. De part et d'autre, les mêmes ressorts furent mis en jeu : les rapts, les captivités, les retours imprévus, les travestissements, lesméprises produites par deux Ménechmes frère et sœur, les substitutions de personnes, les reconnaissances finales, les breuvages soporifiques, etc., étaient le fond commun dont abusaient à l'envi les auteurs et les acteurs.