‹ Molière et la comédie italienneChapitre 43 sur 121 · Voyez l'Appendice , n · texte numérisé non relu

Voyez l'Appendice , n

Les types principaux du jeu comique tendaient également à runiformité. On trouve le capitan et le pédant dans presque toutes les comédies écrites à partir du milieu du seizième siècle. Le capitaine Giglio baragouine plaisamment Tespagnol dans gli Ingannati (les Abusés) de l'Académie des Étourdis de Sienne (1531). Le pédant semble encore plus ancien et plus indispensable; il écorche déjà du latin dans les comédies de TArioste (par exemple Cleandro des Suppositi) ; il ne cessera de lâcher la bride à sa sottise intempérante pendant plus de deux cents ans.

La pièce où ce type du pédant est le plus outré, le plus chargé, est sans contredit celle de ce révolté fantasque, de ce grand ennemi d'Aristote, Giordano Bmpo , qui fut une des victimes de l'Inquisition romaine. Giordano Bruno composa et fît imprimer à Paris, en 1S82, une comédie intitulée il Candelaioj comedia del Bruno Nolano, achademico di nulla achademia^ detto il Fastidito, « le Chandelier (fabricant de chandelles), comédie de Bruno de Nola, académicien de nulle académie, surnommé le Dégoûté. » Avec cette épigraphe : In tristitia hilaris, in hilaritate tristis. Plusieurs fois réimprimée, en 1589, en 1632, cette pièce fut traduite en français sous ce titre : « Boniface et le Pédant y

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comédie en prose imitée de l'italien de Bruno Nobno. À Paris, chez Pierre Menard, 1633. »

Bruno explique lui-même qu'il y a dans sa pièce trois personnages principaux : Boniface, l'amoureux ridicule, lalchimiste Bartolomeo, avare sordide, et Mamfurio, le pédant imbécile, « desquels, ajoutet-il, le premier n'est pas non plus sans ladrerie ni imbécillité, le second n'est pas sans niaiserie ni ridicule, et le troisième n'est pas moins sordide que sot. » Beau trio de baudets ! comme aurait dit La Fontaine. Nous ne parlerons que du troisième, de Mamfurio, à qui Métaphraste, du Dépit amoureux, a emprunté l'étymologie du mot magister, a trois fois plus grand, tre voite maggiore. » Avec quelle brutalité Giordano Bruno traite ce personnage, une scène suffira à en donner une idée. Barra, Marca^ Corcovizzo, Sanguino, Ascanio, des vauriens déguisés en sbires, ont arrêté le pédant qui se trouvait dans une position plus qu'équivoque. Voici la scène que nous voulons citer :

BARRA

Que ferons-nous de ce domino magister ?

SANGUINO.

Il porte sa culpabilité écrite sur son front. Ne voyezvous pas qu*il est déguisé, qu'il a volé ce manteau ? N'aveïvous pas remarqué qu'il voulait prendre la fuite ?

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MilRCA.

Oui, mais il donne des explications assez vraisemblables.

BARRA

Il n'importe, cela ne doit pas nous empêcher de le conduire en prison.

MAMFURIO.

Verurïiy mais je tomberai dans la dérision de mes élèves et de tout le monde, à cause des aventures qui se sont abattues sur mon dos.

SANGUINO.

Entendez-vous ce qu'il jargonne ? .

CORCOVIZZO.

Samson ne l'entendrait pas.

SAMOUINO.

Or sus, pour abréger, Voyez, magister^ à quoi vous voulez vous résoudre, ou venir en prison, ou donner la bonne main à la compagnie avec les écus qui sont restés dans votre robe ; car le voleur ne vous a pris que ceux que vous teniez pour les changer.

MAMFURIO.

Minime, je n'en ai plus aucun de reste, tous m'ont été enlevés, ita, mehercle, per Jovem, per altitonantem, vos sidéra tester,

SANGUINO.

Écoute ce que je te dis. Si tu ne veux essayer des cachots de la Vicaria, et si tu n'as point d'argent, choisis de deux choses Tune : ou recevoir sur la paume des mains dix

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coups de cette fërule, ou bien, les braies basses, recevoir cinquante coups d*ëtrivières; car de toute façon tu ne sortiras pas de nos mains sans faire pénitence de tes fautes.

MAMFURIO.

Duobus proposais malis, minxis est tolerandurriy sicut duobus propositis bonis, melius est eligendum, dicit Feri' pateticorum princeps.

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