PREFACE. VII
« Au siècle passé, dit l'abbé Galiani, il y avait dans Acerra, ville de la Campanie Heureuse, une troupe de comédiens qui parcourait la province pour gagner quelque chose. Un jour ils débouchèrent dans une campagne où les paysans faisaient la vendange. Comme en cette occasion Ton buvait plus que de coutume et qu'hommes et femmes travaillaient de compagnie, la gaieté était vive, et chaque passant recevait son brocard. Les comédiens se virent à leur tour exposés aux railleries des vendangeurs ; mais, aguerris à cet exercice, il commencèrent à répondre et à renvoyer saillies pour saillies. Or, parmi les villageois il y en avait un, nommé Puccio d'Aniello, à la face comique, au nez long, au teint hâlé, assez facétieux d'ailleurs, et d'esprit pointu. Les comédiens se mirent à le plaisanter tout particulièrement, et lui, il redoublait de lardons et de gausseries- Personne ne voulut céder, et on lutta à qui se moquerait le mieux ; les reparties devinrent plus aigres ; aux plaisanteries succédèrent les cris et les huées : ce fut une vraie bataille.
c( Finalement, le campagnard eut le dessus, et les comédiens, honteux, prirent le parti de s'en
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aller el revinrent en ville émerveillée. Remis de leur émotion, selon la coutume des gens de théâtre qui tirent profit de toute chose, ils pensèrent faire une bonne affaire s'ils engageaient dans leur compagnie ce contadino qu'ils avaient trouvé si facétieux et si spirituel ; ils lui firent des propositions et il les accepta. Ils parcoururent le pays avec leur nouveau bouffe qui réussit à merveille et eut accès partout à la faveur de ses pointes : ce à quoi contribuèrent aussi son physique de caricature et sa tenue de campagnard, à savoir la camisole et le pantalon de toile blanche.
« La troupe gagnait gros et le nom de Puccio d'Aniello était célèbre. Au bout de quelques années Puccio mourut ; mais alors les comédiens le remplacèrent par un compagnon qui parut avec le même costume et le même masque. 11 garda aussi l'ancien nom, mais adouci, et s'appela Polecenella. D'autres comiques suivirent l'exemple, et bientôt le masque de Polecenella se répandit dans tous les théâtres d'Italie et d^Europe ^ »
Au fond, c'est là probablement la vraie histoire