A PARTIR DE
Lfis Italiens revinrent à Paris en 1662, et cette '^ois s y établirent d'une manière permanente. Ils obtinrent d'alterner de nouveau avec la troupe de Molière; ils prirent à leur tour les jours extraordinaires^ et, sur Tordre du roi, ils restituèrent aux Français les quinze cents livres qu'ils avaient reçues de ceux-ci en 1658, contribuant ainsi pour leur part aux frais d'établissement de la salle du Palais- Royal. La troupe italienne comprenait la plupart des artistes qui avaient quitté Paris au mois de juillet 1659 : Trivelin, le Pantalon Turi, Costantino Lolli,autremei>tdit le docteur Baloardo, Aurélia et Scaramouche. Horace (Romagnesi), mort dans l'inlervalle, était remplacé par Valerio; la soubrette
Béalrix était remplacée par Diamaniine (Patricia Adami). La troupe s'était adjoint Andréa Zanotti, second amoureux sous le nom i'Ottavio, Ursula Corleza, seconde amoureuse sous le nom i'Eularia, et un second zanni, Oomenico Biancolelli, né à Bologne, en 1640, jouant sous le nom à' Arlequin; en tout dix personnages, qui sont le nombre indispensable, dit Angelo Costantini, pour jouer une comédie italienne.
Le roi leur fit une pensiott annuelle de 1S,000 liv. Dans les comptes de la cour, on trouve, à la date de 1664, la mention du payement de cette pension par (juât^tiers :
« A Dominique Localelli et Dominique Biancolelli, musiciens {sic) italiens, tant pour eux que pour les autres comédiens, pour leurs appointements pendant le quartier de janvier. 3,'750 liv.
« A Tiberio Fiurelli dit Scaramouche, chef de la troupe des Comédiens italiens, tant pour lui que pour sa compagnie , pour leur entretennement pendant les mois d'avril, mai, juin. . 3,750 liv.
« A André Eanotti^ etc.j pour le quartier de juillet^ août et septembre 8^780 liv.
« A Dothihîque Blëticolèlll, ètb., pmt le quafiW dUtobi'e,tloVetnbre et débettibre. 8,760 liv. *
n faut triplét* et qtiddi^iiplèr cette sôinnie Si l'on Tfeiit eii àVdir Téquivàletit actuel. La troupe se cdlnposâtit de dix përsontiëSj chacuiie d'elles avilit aa moins cinq cents écus d'assuré. Cette petisioh resta fixée au même chiffre^ que Ton trouve inscrit encore dans les comptes de Tannée 1674 et de Tannée 4688.
En outre, Scaramouche et sa femme Marinette, qu'il avait emmenée avec lui, touchaient, à la date de 1664, un supplément de pension personnelle, ainsi qu'il résulte des mêmes comptes :
c< A Tiberio Fiurelli dit Scaramoxiehe^ comédien italien^ pour ses gages, tant de lui que de sa femme, pendant une année finie le dernier juih 1664 200 liv. )>
Ce n'est pas tout. Lorsque les comédieils italiehs allaient représenter à Versailles, à Sslitit-ôermaitieh-Laye, à Chàmbofd, à Fotitaitlëbleau, Ils avaient des gratiflcatibhs ou ce qu'eti langage technique on nommerait des feux. On lit, par exemple, dahs les coitiptes de 1688 :
« A Cinthio, comédien italien, tant pour lui que pour ses compagnons, pour cinq comédies jouées à Versailles pendant les six derniers mois de 1688 390 liv. »
Il n'est pas besoin de dire qu'ils étaient indemnisés de leurs frais de voyage, nourriture, logement, etc. Ainsi, à la suite de Tarticle précédent, on trouve celui-ci :
«//em,pourvoiturerlesditscomédiens. 2001iv.))
La troupe italienne était traitée, sous ce rapport, comme les troupes françaises de THôtel de Bourgogne et du Palais-Royal. Les dépenses assez modestes des divertissements qu'ils donnaient à la cour prouvent que, d'ordinaire, ils étaient simplement appelés à y jouer leurs canevas, sans grand appareil. Quand Molière et ses acteurs allèrent représenter la comédie-ballet du Bourgeois gentil'homme à Chambord, puis à Saint-Germain, en octobre et novembre 1670, nous voyons, d'après l'état officiel*, les dépenses accessoires s'élever à la somme considérable de 49,404 livres, 18 sous. C'était Molière qui écrasait alors les Italiens du luxe de sa mise en scène et du faste de ses spectacles.
On aura remarqué encore que les comédiens de la troupe italienne touchent tour à tour la pension de la troupe. On en peut conclure qu'ils étaient en société, comme c'était l'usage pour les artistes de
U Voir l'Appendice n® C.
cette époque; et, malgré la qualification donnée à Scaramouche, il ne semble môme pas qu'il y ait eu parmi eux un véritable chef, comme Tétait Molière, par exemple, parmi les siens.
Pendant une première période de cinq années, ils jouèrent exclusivement les pièces qu'ils avaient rapportées d'Italie. Il n'est point aisé d'offrir un spécimen des représentations que donnaient alors ces comédiens qui vinrent s'établir définitivement à côté de Molière. L'aide-mémoire de Dominique Biancolelli , dont nous parlerons plus loin, ne traçant qu'un seul rôle, ne permet point de se former une idée suffisante de l'ensemble des pièces. Il faut chercher ailleurs : voici deux canevas qui remontent probablement à cette époque. La rédaction qui en est donnée par Cailhava est, il est vrai, plus moderne; à défaut d'autre, nous devons nous contenter de la reproduire ; mais il nous sera permis de rétablir les noms de la troupe qui joua à Paris de 1662 à 1671.
Le premier est intitulé Arlecchino cavalière per accidente y ou Arlequin gentilhomme par hasard.