‹ Molière et le théâtre espagnolChapitre 4 sur 14 · X PRÉFACE · texte numérisé non relu

X PRÉFACE

entrenieses. C'est par eux, aussi bien que par les feuillets imprimés ou manuscrits qui avaient franchi les P3^rénées, que Molière a sans doute connu la farce espagnole.

Quels services pouvait lui rendre un théâtre étranger d'une aussi spéciale saveur? Pierre Corneille y avait entendu palpiter l'âme même de la tragédie ; mais nul n'avait réussi à en tirer une véritable comédie. Lorsque Molière paraît, voici la contradiction à laquelle se heurtent ses prédécesseurs. D'une part, personne ne met en doute la nécessité de respecter les fameuses règles dans la forme plaisante tout autant que dans la forme dite sérieuse du drame. Et, d'autre part, presque tous les auteurs se ruent à l'imitation tragi-comique ou burlesque des pièces les plus licencieusement irrégulières (i). Mohère trouvait de l'Espagne dans la plus grande partie du répertoire de son temps, et, par son caractère, son esprit et son tempérament, il était bien l'homme de France le moins Espagnol qui se pût imaginer. Ne devaitil pas être entraîné à chercher ailleurs des modèles différents et plus conformes à ses goûts ? Je

(1) Cf. les chapitres IV et V de mon étude sur La Comedia espagnole en France.

PRÉFACÉ XI

crois cependant et je vais tâcher de faire voir que la comedia n'a pas joué un rôle médiocre dans l'évolution de son génie. C'est qu'il ne l'a pas seulement connue parles adaptations des Thomas Corneille et des Scarron ou de ces copistes maladroits qu'il vaut mieux laisser à leur obscurité. C'est qu'il a su y découvrir ce que ne lui offraient ni la commedia sostemita^ rejeton épuisé de la comédie ancienne, ni la commedia delV arte et la souplesse de sa pantomime, ni la vieille farce française qu'on ne jouait d'ailleurs plus. C'est qu'avec tous les défauts qu'on voudra lui reconnaître, la comedia avait une qualité qu'on ne pourra guère lui contester, et qui était la plus précieuse de toutes. Elle était la seule à manier parfois avec une force originale les véritables ressorts du drame moderne. Pour la création de notre comédie classique, et, avec elle, de la comédie européenne, ce n'était pas une rencontre inutile que celle du théâtre espagnol et du génie de Molière (i).

(1) Bien entendu, je ne m'interdirai pas, au cours de cette étude, de signaler les emprunts faits par Molière à la7ioi'e/adont l'influence ne s'est point exercée dans un autre sens que le théâtre espagnol, et qui d'ailleurs renferme plus d'une fois des comedias ou des entremeses.

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