Les Epoques du théâtre français, 7*^ conférence
2. L'Action dans la Tragédie de Racine, Paris, 1900, in-8, i''« partie, chap. iv : le Décor.
« Li; MISAMUUul'i; » 63
ans?... Bien lin qui pourrait le savoir'. » A la façon dont Molière faisait grimer Mlle de Brie ou Mlle du Parc, rien ne devait être plus aisé que de savoir si elle avait soixante ans ou vingt; et h la façon dont se grimait Molière luimême, on savait bien quel âge il attribuait à Alceste. Le texte du Misanthrope nous parle des rubans verts d'Alceste et de la veste d'Orontc : rien n'eût été plus facile que d'y décrire aussi tout leur costume, puisqu'il se trouvait dans la garde-robe du théâtre .
Mais ne subtilisons pas: le silence de nos grands auteurs classiques sur tant de détails dont nos contemporains sont prodigues venait le plus souvent de leur conception de l'art. Aujourd'hui nos auteurs décrivent minutieusement leurs héros: leur teint, leurs yeux, leurs cheveux...; les trois quarts des lecteurs n'en retiennent rien, et dès lors à quoi bon? et cela est-il si important? Le xvii" siècle, au contraire, s'il a été moins cartésien que ne le voulait M. Krantz, l'a été beaucoup plus que ne le veut Brunetière-; et alors même que les écrivains n'obéissaient pas à l'influence du cartésianisme, comme Corneille dans ses premiers chefs-d'œuvre, ils suivaient le même courant d'idées. Les classiques ont donc cru que l'âme était plus importante que \e corps, qu'elle se concevait mieux que lui, et que c'était elle surtout qu'il fallait peindre.
On le pouvait de deux façons : en cherchant dans chaque
âme ce qui la distingue de toutes les autres: on montrait
alors des singularités; — ou en insistant surtout sur ce que
chacune a de commun avec les autres, du moins avec un
fain nombre des autres, celles qui sont ou passionnées.