Impressions de théâtre, i"*» série, p
2. Krantz, Essai ^iir l'esthéliquc de Descnrlas cludicr dans tes rapports de la doctrine cartésienne avec la littérature classique française au XVII" siècle. Paris, 1882, in-8. — Brunetièrc, Etudes critiques sur l'histoire de la littérature française, 3'' série : Descartes
' fa littérature classique.
OU jalouses, ou avares... : on peignait alors des caractères généraux. Et qu'on ne crie pas à l'abstraction! Un admirable réaliste, Guy de Maupassant, a, dans sa préface de Pierre et Jean, fort bien montré qu'il n'est pas possible de reproduire la vie dans sa complexité; qu'on abstrait toujours quand on veut peindre; et que, si l'abstraction détruit la vie de la nature, elle n'empêche pas la vie de l'art. L'essentiel est de ne pas affubler d'un nom d'homme ou de femme une simple idée, de tenir compte de l'action qu'exerce la passion dominante sur les autres sentiments de l'âme humaine et ceux-ci sur celle-là ; de tenir compte des modifications que le milieu, la situation ou les événements font subir à l'être vivant. Le symbolisme ne le fait pas; la moralité ne le faisait pas ; l'art classique, lui, l'a fait.
Dans les œuvres de la vieillesse de Corneille, il arrive, il est vrai, trop souvent que les noms des personnages recouvrent des conceptions purement logiques, des idées ou des volontés pures. Même dans ses chefs-d'œuvre, on ne peut nier que les âmes des personnages ne soient parfois trop simples et ne doivent leur création à une conception de l'esprit: le vieil Horace, Horace, Curiace sont trois conceptions du patriotisme; Emilie est la vengeance; Cléopâtre l'ambition. Mais ces personnages simplifiés n'en vivent pas moins pour trois raisons: d'abord parce que la volonté domine en eux et que la volonté est, en effet, exclusive ; ensuite parce que Corneille a bien su indiquer les éléments principaux qu'une âme doit comprendre pour n'être pas une vaine apparence ; enfin et peut-être surtout parce que, s'il y a là des abstractions, sur ces abstractions la merveilleuse imagination de Corneille a soufflé.
Les personnages de Racine sont plus complexes ; et il le fallait bien, puisque, d'une part, ce qui domine en eux c'est la passion, sans cesse combattue, — et puisque, d'autre part, en dépit de leurs noms illustres, ils se donnent
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moins à nous comme des âmes extraordinaires que comme des âmes semblables aux nôtres, placées dans des situations particulièrement tragiques. Il y a parmi nous des ^ens qui aiment comme liermione, Roxane, Phèdre, Pyrrhus ou Monime ; des ambitieux comme Agrippine ou Mathan ; des fourbes comme Narcisse. Chacun de ces amants, de ces ambitieux ou de ces fourbes a sa physionomie distincte, ses traits particuliers ; mais cherchons ce qui Je caractérise essentiellement, ce qui en fait l'amant, l'ambitieux ou le fourbe que nous connaissons, et nous n'j trouverons rien qui ne soit dans le personnage de Racine.
Et, par là. Racine nous conduit à Molière, qui, en sa <{ualité d'auteur comique, doit, encore plus que lui, représenter des êtres semblables à nous, vivant de notre vie, marchant et agissant comme nous pourrions le faire nousmêmes. Est-ce ainsi que les choses se passent dans son théâtre? En dehors des personnages conventionnels de l'ancienne comédie, beaucoup plus vrais cependant chez lui que chez ses devanciers (Scapin, Marphurius), ses per- M)nnages sont-ils vivants? Le Misanthrope nous fournit une belle occasion de l'examiner. Commençons notre
'fuête par Alceste.
On ne saurait dire (}ue Molière ne nous a rien appris iiur l'histoire, la situation et la personne même d'Alceste. Alceste est noble, puisque les maréchaux se chargent d'arranger son anairc avec Oronte et puisque Arsinoé se plainl <ju'on ne fait pas assez pour lui à la cour. H est riche, puisqu'il peut s'olTrir la satisfaction d'acheter vingt mille francs le droit de pester contre la justice. 11 est instruit «t passe pour savoir écrire, puisqu'Oronte tient à lui soumettre son sonnet et puiscju'on le sup[)OSC capable d'avoir