DU MISANTHROPE A AMPHITRYON
On a longtemps répété que, le Misanthrope n'ayant pas réussi, Molière avait dû écrire en hâte le Médecin malgré lui, et que la petite pièce s'était jointe à la grande dès la la quatrième représentation. « Le Médecin malgré lui, dit Voltaire, soutint le Misanthrope ; c'est peut-être à la honte de la nature humaine, mais c'est ainsi qu'elle est faite : ^on va plus à la comédie pour rire que pour être instruit. Le Misanthrope était l'ouvrage d'un sage qui écrivait pour les hommes éclairés ; et il fallut que le sage se déguisât en farceur pour plaire à la multitude. » Déguisement douloureux, dit-on, et dont Molière se serait vengé par un mot amer. Quand Lucas et Valère ont forcé Sganarelle à déclarer qu'il est médecin, comme celui-ci s'amuse à quelques facéties, Lucas de s'écrier : « Palsanguenne ! velà un médecin qui me plaît ; je pense qu'il réussira, car il est houffon. » Sentez-vous l'allusion sanglante au public? « Gomment .ai-je été assez fou, semble dire Molière, pour te présenter, à toi, public inintelligent, un personnage aussi noble et aussi sérieux qu'Alceste ? Tu l'as repoussé, et c'est bien fait pour moi ; comment ne m'en tenais-jepas à Sganarelle? Pour celui-là, à la bonne heure ! tu es capable de le comprendre ; je pense qu'il réussira, car il est bouffon. »