‹ MolièreChapitre 34 sur 104 · DON PÈDRE · texte numérisé non relu

DON PÈDRE

G'étoit pour vous que cela se faisoit ?

ISIDOKE,

Je le veux croire ainsi, puisque vous me le (Ules.

DON PÈURE,

Vous savez qui étoit celui qui donnoit cette sérénade ?

ce J.K SICILILN OL LAMULK l'KlMUi: ■. 107

ISIDORE

Non pas ; mais, qui que ce puisse être, je lui suis obligée.

nON PKDUE,

Obligée I

ISIDORE

Sans doute, puisqu'il cherclic à me divertir.

DON l'ÎCDKE.

Vous trouvez donc bon qu'on vous aime ?

ISIDOKR.

Fort bon. Cola n'est jamais qu'obligeant.

Kt elle continue en faisant elTrontément la théorie de la coquetterie :

Quelque mine qu'on fasse, on est toujours bien aise d'ôtre aimée : ces hommages à nos appas ne sont jamais pour nous déplaire.

La grande ambition des femmes est, croyez-moi, d'inspirer de l'amour.

Tous les soins qu'elles prennent

ne sont que pour cela ; et l'on n'en voit point de si fière qui ne s'applaudisse en son cœur des conquêtes que font ses yeux.

1 out autre certes est l'humeur de Don Pèdre :

Mon amour vous veut toute à moi ;

sa délicatesse s'ofTensc d'un souris, d'un regard qu'on vous peut arracher ;

et tous les soins qu'on me voit prendre ne sont que pour fermer tout accès aux galants.

Cet aigre et piquant dialogue est interrompu par llali, déguisé en virtuose turc et accompagné de chanteurs et <!o danseurs; il vient, dit-il, faire ses offres de servie»^ à ime personne considérable comme Don Pèdre, <i il «liante une chanson à l'adresse d'Isidore, où est exprimé tout l'amour qu'Adrasto éprouve pour elle, toute l'horreur l'il éprouve pour le jaloux. Pour que Don Pèdre ne n'iroiirlje yi,is, \\n]\ fiit **nivre rlri'V'" •"•>'" 'ouplct

d'un couplet boufTon, en prétendu langage turc, où il se propose comme valet à DonPèdre. Mais DonPèdre a compris ; il le fait entendre aux fripons sur les mêmes airs, tout en maniant un bâton avec une mimique fort expressive. Hali s'enfuit, en jurant que, malgré Don Pèdre, Isidore sera bientôt à Adrasle, 11 va travailler à ce résultat, et le hasard y travaille aussi, car Don Pèdre allait faire peindre Isidore ce jour-là même, et le peintre, ami d'Adraste, a délégué ses fonctions à l'amoureux.

Nouveau changement : nous voici dans la maison de Don Pèdre et d'Isidore. Adraste va peindre la jeune grecque, et il y a là une scène de galanterie exquise, troublée — on pourrait dire aussi : favorisée, puisque le jaloux fait valoir l'homme aimable — parles maladroites brutalités de Don Pèdre :

ISIDORE

Je ne suis pas comme ces femmes

qui veulent, en se faisant peindre,

(les portraits qxii ne sont point elles, et ne sont point satisfaites du peintre s'il ne les fait toujours plus belles que le jour.

Il faudroit, pour les contenter,

ne faire qu'un portrait pour toutes :

un teint tout de lis et de roses, im nez bien fait, une petite bouche,

et de grands yeux vifs, bien fendus, et surtout le visag(e) pas plus gros que le poing,

l'eussent-elles d'un pied de large.

Pour moi, je vous demande un portrait qui soit moi , <'l (pii n'oblige point à demander qui c'est.

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