‹ MolièreChapitre 39 sur 104 · JUPITER · texte numérisé non relu

JUPITER

Ah ! ce que j'ai pour vous d'ardeur et de tendresse

Passe aussi celle d'un époux, Et vous ne savez pas, dans des moments si doux,

Quelle en est la délicatesse.

Vous ne concevez point qu'un cœur bien amoureux Sur cent petits égards s'attache avec étude.

Et se fait une inquiétude

De la manière d'être heureux.

En moi, belle et charmante Alcmène, Vous voyez un mari, voiis voyez un amant ; Mais l'amant seul me touche, à parler franchement. Et je sens, près de vous, que le mari le gène '.

En face de ce Jupiter, qui commet toujours une vilenie, comme dans Plante et Rotiou, mais qui est devenu si subtilement, si précieusement amoureux, il y aurait un manque d'harmonie à mettre encore une matrone austère et avant tout préoccupée de son devoir. L'Alcmène do Molière est aussi une honnête femme et une épouse fidèle ; mais avant tout c'est l'amour qui l'anime; c'est son amour blessé qui proteste douloureusement contre les soupçons d'Amphitryon ; c'est son amour attendri qui lui pardonne. — Le rôle d'Amphitryon, rôle pénible, et qui ne pouvait être fort heureux en dépit de beaux accents, est modernisé aussi en ce qu'Amphitryon n'est plus le chef de famille jaloux de son autorité, mais uniquement le mari jaloux de son honneur, et en ce qu'au dénouement, au lieu de s'incliner devant Jupiter, il se tait, et, comme on dit, n'en pense pas moins sans doute. — Sosie, si joliment dessiné déjà par Plante et Rotrou, a été perfectionne encore. Il y a plus d'unité plaisante dans son rôle, où le ton héroïque, où le ton grave ne paraissent plus. — Enfin, Molière a

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