I- Acte III, 9C. VII, vers
pas moins de cinquante-six grands plats chacun; el, au milieu de ces splendeurs, une comédie-ballet d'une espèce assez particulière, due à la collaboration des deux grands amuseurs, des deux Baptistes : Baptiste Lulli et Jean-Baptiste Molière. Deux pièces s'y emboîtent l'une dans l'autre. C'est une sorte d'opéra pastoral (paroles de Molière et musique de Lulli), avec la lutte obligée de l'indifférence et de la passion, un combat des partisans de l'amour et des partisans de Bacchus, l'union finale de ces deux divinités; et, dans cet opéra, s'y entremêlant acte par acte, une comédie en trois actes et en prose de Molière seul : George Dandin ouïe mari confondu.
Cette fois encore, Molière avait été pressé par le temps, «et, comme pour î Amour médecin renouvelé du Médecin volant, comme pour le Médecin malgré lui renouvelé du Fagoteux, il avait repris une farce de sa jeunesse : la Jalousie du Barbouillé. Une scène, celle du Docteur, en était déjà passée, agrandie, dans le Dépit amoureux et ^dans le Mariage forcé ; il s'agissait de reprendre et d'agrandir le reste, d'en tirer une farce plus ample, à laquelle on pourrait donner ce titre : le Mari confondu. Molière l'a fait en multipliant les moyens de la farce : la servante délurée — George Dandin dit : dessalée — qui pousse sa maîtresse à se dessaler à son tour ; le paysan qui se croit finaud, et qui, d'une criante naïveté au contraire, révèle tous les secrets qu'il doit garder ; la coquette qui fait des saints et des signes à un beau monsieur et dont le mari croit que signes et saints s'adressent'' à lui-même; la femme qui feint de bâtonner un galant et qui a soin de faire tomber les coups sur le mari ; des personnages qui se cherchent dans l'obscurité, se prennent les uns pour les autres ou se heurtent. (Sur ce dernier point, Beaumarchais, tout on s'écartant de la bouffonnerie, copiera Molière dans le Mariage de Figaro ; et Paillcron, dans le Monde où l'on s'ennuie, ne dédaignera pas de copier Beaumarchais.) En trois
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ries comme en un, le Mari confondu est toujours une Mce, ainsi qu'en trois actes aussi le Médecin malgré lui Il était une.
Mais le Médecin malgré lui, où la verve est plus irrésis- :!)le d'ailleurs, contenait de remarquables traits d'obserition; il en est de même du Mari confondu. VA, de plus, îolière a doublé sa farce d'une comédie, qu!on pourrait j ►peler : /e Pajsan ma/ mane (c'est d'ailleurs le titre donné ir le journaliste Robinet), qu'on pourrait aussi appeler : Mésalliance. La mésalliance, sujet éternel du tbéâtre et i roman, sous diverses formes: mésalliance des Ages l\!cole des vieillards de Casimir Delavigne) ; mésalliance <lt's tempéraments et des caractères (premiers romans <lr George Sand) ; mésalliance des éducations (^Madame ''tvary) ; mésalliance des conditions ( Un mariage d'amour I Ancelot ou Catherine de M. Lavedan). C'est à la fois une mésalliance d'éducations et une mésalliance de 'nditions que Molière a mises à la scène. George Dandin, 'île de bourgeois campagnard fort cossu, a été séduit par I fmesse et la grâce futée d'Angélique de Sotenville ; a rêvé de s'unir a la noblesse et, bien mieux, de faire luche de noblesse, car Angélique de Sotenville appartient ir sa mère à la famille de la Prudoterie, où la noblesse transmet aussi par les femmes. Il a demandé Angé- Mjue à ses parents, qui la lui ont accordée sans trop la 'iisulter. Le voilà mari d'une demoiselle; le voilà qui ippelle M. de la Dandinière ; le voilà en passe d'avoir des enfants gentilsliommes; mais il est traité avec une humiliante hauteur par ses beaux-parents; mais sa femme Ir <i<'*daignc et rêve de courtisans qui lui conteront fleurette ; mais il sent que les pires catastrophes se préparent :
\h ! qu'uno fommo D<mois<ll«- rst uin» étranj^T aflairc, cl i\\io
mon mariage est uno leçon bien parlante à tous les pavsans <|ui
nient s'élever au-tiessus de leur cotidition, et s'allier, comme
i fait, à la maison d'un jr«'ntilliomme ! La noblesse <lc soi est
bonne, c'est une chose considérable assurément ; mais clic est accompagnée de tant de mauvaises circonstances, qu'il est très bon de ne s'y point frotter... George Dandin, George Dandin, vous avez fait une sottise la plus grande du monde. Ma maison m'est effroyable maintenant, et je n'y rentre point sans y trouver quelque chagrin.
Hé bien I George Dandin, vous voyez de quel air votre femme vous traite. Voilà ce que c'est d'avoir voulu épouser une Demoiselle : l'on vous accommode de toutes pièces, sans que vous puissiez vous venger, et la gentilhommerie . vous tient les bras liés. L'égalité de condition laisse du moins à l'honneur d'un mari liberté de ressentiment ; et si c'étoit une paysanne, vous auriez maintenant toutes vos coudées franches à vous en faire la justice à bons coups de bâton. Mais vous avez voulu tâter de la noblesse, et il vous ennuyoit d'être maître chez vous.
Vous l'avez voulu, vous l'avez voulu, George Dandin, vous l'avez voulu, cela vous sied fort bien, et vous voilà ajusté comme il faut ; vous avez justement ce que vous méritez ^.
Telle est la plainte qui retentit tout au long de cette œuvre ; tel est le leitmotiv de cette symphonie douloureuse.
<i Douloureuse», ai-jedit? Eh! oui, depuis la comédie larmoyante et les déclamations romantiques, nous sommes devenus plus sensibles; depuis la Révolution française, nous sommes devenus plus démocrates ; et de ce pauvre mari qui souffre, de ce bourgeois accablé par des hobereaux, nous sommes constamment tentés d'avoir pitié. De plus, que voyons-nous dans les œuvres de notre temps où un mari comme George Dandin est victime d'une coquine comme Angélique ? L'action est grave, le dénouement est plus grave encore ; au dernier acte, ou bien le mari s'inspire de l'Évangile, et il pardonne, avec des gestes solennels ; ou bien il s'inspire de la tirade fameuse de Dumas^ fils: « tue-la », et il met pour jamais sa femme hors d'état de le trahir : il y a, parmi les auteurs, l'école du