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I. Acte I, se. I ; acte I, se. iir ; acte I, se. vu

bénitier et l'école du revolver, comme a dit spirituellement M. Chantavoine. Comment toutes ces influences: sensibilité croissante, démocratie montante, souvenir de drames poignants, n'assombriraicnt-clles pas pour nous George Dandin? Un jour, un émincnt acteur de la Comédie-française, Got, s'est laissé aller à jouer George Dandin dans la manière noire : c'était triste à mourir, nous ont dit ceux <pii l'ont entendu ; cela réalisait tout à fait le mot de Mi- < lielet : « George Dandin est douloureux ».

Micbelet et Got auraient fort étonné Molière. Le comi- <|ue de Molière, comme celui de ses contemporains, est volontiers cruel, mais il reste du comique ; les nasardes pleuvent sur la tète des Dandin, des Pourceangnac, des M. Jourdain, mais Molière ne se laisse pas aller à l'atten- <Irissement; la comédie qu'on nous donne confme au drame, mais elle est intimement mêlée à une farce : le Paysan mal marié ferait pleurer, mais le Mari confondu lait rire aux éclats.

Et ce mélange du drame et de la farce, dont nous venons de signaler l'importance pour le ton général de 1 œuvre, est remarquable aussi pour ce qui concerne sa 'omposilion.

La vieille farce française, que Molière avait cultivée en province, au lieu d'une intrigue ne comportait guère <pi'une situation. Lors donc que Molière voulait dévelopj)er et mettre en trois actes une de ses anciennes farces, il avait le choix entre deux procédés : ou bien corser la situation par les préliminaires et les menus incidents (ju'elle comportait, ou bien la répéter en la variant. Il avait usé du premier procédé dans le Médecin mahjré lui, c'est du second qu'il use dans George Dandin.

Lubin révèle maladroitement au mari qu Angélique est là dehors pendant la nuit, en conversation avec Clitandre ; le mari mande son beau-père et sa belle-mère jv^'T •"■T faire constater la conduite de leur lille. Cepen-

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dant, Angélique veut entrer dans la maison, Dandin s'y oppose; elle fait semblant de se tuer, il sort; la porte entrebâillée livre passage à Angélique, qui la referme sur son mari ; quand les beaux-parents arrivent, c'est lui qui a l'air d'un coureur et qui reçoit les plus vifs reproches ; on le force même à demander pardon à Angélique. C'est à peu près la Jalousie du Barbouillé, et c'est le troisième acte de George Dandin.

Comment sont faits les deux actes précédents ? de la même façon : dans chacun nous avons une confidence de Lubin, un appel de Dandin à son beau-père et à sa bellemère, une confusion et une amende honorable du mari. Gela est monotone, au fond ; mais cela est plaisant par la Variété des incidents, des attitudes et des paroles (voilà pour la farce). Et cela est prol'ondément philosophique et triste par l'audace croissante de la femme et l'enlisement progressif du mari (voilà pour la comédie ou pour le drame). Figurez-vous un ouvrier pris sous des décombres : il fait un mouvement pour se dégager, et la masse qui est sur lui augmente et pèse davantage ; un second mouvement, le péril s'aggrave ; un troisième, et il est écrasé. C'est l'histoire de George Dandin. Un galant a envoyé un billet doux à sa femme, et, pour avoir voulu protester, il a dû faire sfes excuses au galant ; — le galant a fait visite à sa femme, et, pour avoir trouvé la chose mauvaise, il a été bâtonné et humilié ; — sa femme est sortie en pleine nuit pour parler a son Clitandre, et, pour avoir jugé que c'en était trop, le voilà à genoux devant la coquine à lui demander pardon. C'est en vain qu'à plusieurs reprises il a eu l'espoir — singulier espoir, boulTon et lugubre — de prouver son infortune : « Dieu merci ! mon déshonneur est si clair maintenant, que vous n'en pouvez douter. — O ciel ! seconde mes desseins, et m'accorde la grâce de faire voir aux gens que l'on me déshonore. » Maintenant, c'est fini : le pauvre Dandin est écrasé : « Ah ! je le quitte

« GEORGE DANDIN » 1 ,) ï

maintenant, et je n'y vois plus de remède ; lorsqu'on a, comme moi, épousé une méchante femme, le meilleur parti qu'on puisse prendre, c'est de s'aller jeter dans l'eau la tète la première. »

Ira-l-il? Non, car ce dénouement ne sérail à la lois ni assez boulTon, ni assez triste. L'opéra pastoral dont nous avons parlé reprend ; les amis de Bacchus entraînent Dandin avec eux ; au milieu des éclats de rire, Goupeau va oublier ses soucis à l'Assommoir.

Si l'étude du sujet, du ton, de la composition nous montre ainsi dans George Dandin la fusion intime d'une farce et d'une comédie plus sérieuse, autant en ferait l'étude des j)ersonnages. Clilandre est le bellâtre titré, dont toute pièce de ce genre a encore besoin, et c'est aussi le M. de la Ilannetonnière ou le M. de la Papillonnière de notre ancien théâtre. Lubin et Claudine ont des rôles de farce. Angélique, fme, distinguée de manières et de langage, foncièrement perverse, est un personnage admirablement étudié qui pourrait figurer dans un drame. Nous connaissons bien maintenant les deux faces de Dandin. Et quant aux Sotenville, ce sont dos caricatures fort amusantes, mais qui devaient au xvu" siècle paraître criantes de vérité : couple inséparable, comme un M. et une Mme Denis dont les ancêtres seraient allés aux croisades; ne s'adressant l'un à l'autre qu'avec des <;< mamour », des « mon fils » et des « monsieur de Sotenville »; parlant de leur noblesse assez pauvre et gueuse avec un respect profond, et n'ayant à la bouche que des termes de blason : mâles, femelles, forligner, forlaire ; annonçant leur venue par des « corbleu ! » (pii paraissent au vieux hobereau du meilleur ton ; olTrant à Clitandre de courre un lièvre, bien que leur meute doive ôtrc fort misérable, et s'efforçant vainement d'apprendre à leur lourdaud de gendre comment on parle à des gentilshommes.

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Et maintenant, n ai-je pas quelques réserves à faire sur la moralité des deux œuvres que je viens d'étudier ?

Sauf en quelques rares endroits, ï Amphitryon de Molière est une merveille de finesse et d'ingéniosité littéraire, et l'auteur, si délicat lui-même, du livre sur la Délicatesse dans Vart, Constant Martha, n'a pas manqué d'y insister. « Dans la comédie, dit-il, il faut laisser beaucoup à deviner, par la raison que la nature vulgaire des sujets risque toujours d'entraîner l'auteur au delà des justes limites, (rest là que l'agrément consiste souvent dans la mesure et dans les sous-entendus. Le chef-d'œuvre en ce genre est V Amphitryon de Molière, où, du commencement à la fin, le plaisir du spectateur est de découvrir ce que le poète a si bien voilé. Môme on peut dire que tout le charme de cette comédie cstdans ce voile à la fois si discret et si transparent, car l'incroyable bizarrerie de l'aventure n'aurait pas d'intérêt, si nous n'avions pas le mérite de la pénétrer nous-mêmes * . » Voilà qui va bien ; mais ce charme même n'a-t-il pas quelque chose de malsain ? la subtile distinction de Jupiter entre le mari et l'amant, si elle est littérairement fort agréable, ne constitue-t-elle pas aussi, du point de vue de la morale, un jeu bien dangereux ? pourquoi faire rire d'un mari fort estimable et qui n'a mérité en rien sa disgrâce ? pourquoi nous présenter une honnête femme dans une situation aussi équivoque que celle d'Alcmène ?

George Dandina où la fantaisie a moins de part, où la peinture de la réalité est plus sensible, a soulevé plus de critiques encore, et cela presque dès son appa-

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