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Jupiters n'étant plus à craindre pour les ménages, ce serait la tranquillité et le bonheur de tous assurés.
Seulement, est-il vrai que le séducteur d'Alcmène était un dieu mythologique, qui n'avait plus de vie que dans l'art et auquel le poète ne demandait que de lui fournir un thème piquant? Rœderer, ami des Précieuses et par conséquent ennemi de Molière, a prétendu que l'intention de Molière avait été tout autre. Au moment où a été jouée sa pièce, un dieu terrestre, Louis XIV, avait pris pour maîtresse Mme de Montespan ; M. de Montespan (qui
depuis , mais alors il tenait à son honneur) avait,
comme Amphitryon, montré une généreuse colère, et Molière raillait l'infortuné mari ou lui conseillait de se résigner. Michelet est allé plus loin et a voulu que Louis eût imposé celte étrange mission à son poète.
La question, par sa nature même et par les discussions chronologiques qu'elle comporte, n'est pas de celles qu'il convient de traiter longuement ici. Disons seulement que le rôle prêté à Molière est inadmissible pour des raisons multiples. Amphitryon a paru trop tôt après la liaison royale pour que Molière ait eu le temps de la connaître et d'y faire allusion, et, si l'on admet que les vers blancs du Sicilien étaient pour lui une préparation aux vers libres de V Amphitryon, Amphitryon aurait même été préparé longtemps avant que Mme de Montespan fût en laveur. — Le Roi ne peut avoir ni ordonné ni permis à un comédien de dévoiler une intrigue de cette sorte, quand la Reine er^ devait être affligée, et aussi Mlle de La Vallière, dont 1^ situation officiellement n'avait pas changé. — Si Molière avait pris sur lui d'être assez audacieux pour toucher à pareille matière, le Roi n'aurait pu voir son acte avec indifférence ; il en aurait été ou charmé ou irrité, il aurait recherché ou évité la pièce : or, elle fut jouée d'abord à la ville, non à la cour, et elle parut aussi à la cour, comme toutes les autres œuvres de son auteur. — Plus tard, quand
le Roi était sous la domination de Mme de Maintcnon, la pièce qui rappelait un tel souvenir aurait sans doute été proscrite ; or, elle continua à être jouée devant le Prince et ('3 courtisans. — La comédie de Rotrou, que Molière a mitée, contenait des versqui répondaient beaucoup mieux I l'objet prétendu de Molière, et que Molière donc aurait dû garder. — Le rôle d'Alcmène, qu'on ne peut séduire ju'en prenant l'aspect de son mari, ne convenait, hélas ! -iière à Mme de Monlespan et ne pouvait flatter son amant royal. — Enfin, le ton de la pièce est loin d'être le ton qui eût été de mise chez un apologiste de Jupiter- Louis XIV. L'ironie y est partout sensible, notamment <lans le prologue, quand Mercure prie la nuit de favoriser i('<> amours du roi des dieux :