‹ MolièreChapitre 46 sur 104 · I.\ NUIT · texte numérisé non relu

I.\ NUIT

N oilà sans cJoufe un bel emploi Que le grand Jupiter m'apprête, Et l'on donne un nom fort honnête Au service qu'il veut de moi.

Ml RCURE.

Pour une jeune déesse, Vous «'les bien du bon temps I Un tel emploi n'est bassesse Que chez les petites gens.

Lorsque dans un haut rang on a l'heur de paroîtrc, Tout ce qu'on fait est toujours bel et bon ; Et suivant ce qu'on peut être.

Les choses changent de nom.

1 encore au dénouement, quand Sosie empêche Naucratès • féliciter Amphitryon :

Sur telles affaires toujours

Le meilleur est de ne rien dire.

Il eût fallu que le Roi et la cour manquassent singulièrement d'esprit pour voir dans tout cela des allusions au loman royal et pour en être satisfaits.

Manquer d'esprit, voilà le premier défaut des délrach iii-'^rlp Mnli.'rrv inrnip quand \\< ont de l'éloquence, sur-

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tout quand ils ont de l'éloquence. Bossuet tonne contre Molière parce qu'il recommande aux maris une honteuse tolérance ; mais où Molière a-t il fait cela ? Ghrysalde, dans l'École des femmes, soutient là-dessus un paradoxe qu'il est loin de prendre lui-même au sérieux et qui n'a d'autre objet que de faire enrager Arnolphe ; et quelques mots qui sortent çà et là de la bouche de Sganarelle dans le Cocu imaginaire ou de Lubin dans George Dandm n'ont pas plus d'importance. On a traité fort sérieusement de cyniques les vers de Mercure à Cléanthis dans Amphitryon :

CLÉANTHIS.

Méritcs-tu, pcndard, cet insigne bonheur

De te voir pour épouse une femme d'honneur ?

Ml RCUKE.

Mon Dieu ! tu n'es que trop honnête : Ce grand honneur ne me vaut rien.

Ne sois point si femme de bien, Et me romps un peu moins la tête.

J'aime mieux un vice commode Qu'une fatigante vertu *.

Mais, s'il y a là une plaisanterie un peu forte, comment pourrait-on y voir du cynisme? Ce n'est pas le mari de Cléanthis qui parle, mais son faux mari Mercure, que sa planète, il le dit, porte à la malignité. Il cherche à irriter Cléanthis contre le vrai Sosie et à amener une dispute entre les deux époux. Sosie, lui, parle tout autrement dans ses dialogues avec sa femme ; et, s'il se plaint, lui aussi, de son humeur, il se garde bien de lui conseiller de renoncer à sa vertu.

En même temps que, pour juger un auteur spirituel, il serait bon d'avoir de l'esprit, il serait bon aussi de comprendre les règles qui s'imposent au genre qu'il traite et les procédés de sa poétique. C'est ce que ne lait pas Bour-

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