‹ MolièreChapitre 50 sur 104 · I. Acte I, se. IV · texte numérisé non relu

I. Acte I, se. IV

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criminel, ou s'il occupe quelque autre charge, ou si seulement il est forcé de représenter, nous avons besoin de le savoir, car sa physionomie et son altitude en doivent être sérieusement modiliées.

En ce qui concerne l'amour sénilc d'Harpagon pour Mariane, Molière a mieux pris ses précautions, car toutes les objections que l'avarice peut faire à l'amour, il les fait ici; tous les obstacles que l'avarice peut jeter devant les pas de l'amour, il les y jette ; et, à la iin, quand on donne le choix à l'avare entre Mariane et sa cassette, ce n'est pas la cassette qui est sacrifiée. Mais encore, n'a-t-on pas le droit de se demander comment il se fait qu'Harpagon aime Mariane? Il n'en est pas de lui comme de Tartulîe, que le souci de sa réputation devrait détourner d'Elmire, mais qu'en même temps sa sensualité pousse vers elle ; il n'en est pas de lui comme d'Alceste, que sa colère contre le monde devrait détourner d'une coquette, mais à qui son âme aimante, son honnêteté naïve, son orgueil, persuadent qu'il gagnera et convertira Célimène. Si Harpagon devait être préservé d'un amour comme le sien par sa vieillesse, il en devait être préservé plus encore par son avarice, car l'amour de l'or sufTit à remplir un cœur qu'il a commencé par ratatiner. — Bah! dira un critique ingé^-nieux. Harpagon prend femme parce que sa fluxion a besoin d'être soignée, parce que sa maison demande à être dirigée, parce qu'il ne plaît pas à l'avare de laisser trop vite son héritage à ses enlants! 11 se peut; mais pourquoi le texte n'en dit-il rien, rien de topique? et pourquoi, voulant une ménagère. Harpagon prend-il une ménagère si jeune? — K\\\ non, dira un autre, l'amour souille où il veut, et Harpagon aime parce qu'il aime! A la bonni^ heure; mais, dans ce cas encore, un éclaircissement était utile, car, pour le lecteur et pour le spectateur, la tentation est vraiment trop grande de croire que Molière n'a fait Harpagon amoureux, contre toute vraisemblance, que pour

mieux faire ressortir le vice de son personnage et pour

corser davantage son intrigue.

Il faut bien que l'intrigue de V Avare ait de sérieuses qua- 1 lités puisque, dans son ensemble, elle intéresse, elle est I animée, elle amène des scènes fort belles ou fort piaillantes. Elle n'en a pas moins trois défauts graves: elle est peu nette, elle ne découle pas tout entière du caractère principal, et elle comporte de grosses invraisemblances.

Elle est peu nette; car enfin en quoi consiste-t-elle au juste? Il y a l'histoire de la cassette; il y a l'amour d'Harpagon ; il y a l'amour de son fils Gléante ; il y a l'amour de sa fille Elise: aucune de ces actions n'est assez imjSorlante à elle seule pour être la pièce essentielle de l'intrigue. Essaie-t-on de les unir toutes pour former un ensemble plus complexe, on s'aperçoit que l'histoire de la cassette est entièrement indépendante de l'amour d'Harpagon, sauf une minute au dénouement; que l'amour d'Élise pour Yalère, fortement indiqué dans les premières scènes, disparaît ensuite pendant quatre actes ; que seuls les amours de Gléante et d'Harpagon, s'adressant à la même personne, sont par là même fortement liés.

Mais voici où se trouve vérifiée notre seconde critique. La rivalité du père et du fils est-elle causée par l'avarice d'Harpagon? sert elle vraiment à la pointure de cette avarice? Cinq ans après la représentation de l'Avare, en 1678, Racine va reprendre la donnée de Molière : il va montrer la rivalité de Mithridate et de son fils Xipharès, également amoureux de Monime ; et Mithridate ne sera aucunement un avare; et ce sera pour plusieurs motifs, sans doute, mais dont le principal est que l'un est vieux et l'autre jeune, que Mithridate et Xipharès seront aux prises. De

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même en est-il ici, et j'ai à peine besoin de rappeler la -( ène vu'' du III^ acte, où il nous est impossible de voir lutre chose: — dans Harpagon, qu'un vieillard sottement imoureux d'une jeune fdle; — dans Mariane, qu'une jeune fdle à laquelle une dure nécessité s'impose d'épouser le père quand elle préférerait le fils; — dans Cléante, jii'un jeune homme emporté par sa passion et qui, assez t'irrontément, fait la cour à sa future belle-mère à la barbe même de son père. Le ton change singulièrement, mais la situation respective des personnages est la même, quand Harpagon veut forcer Cléante à renoncer à son amour:

Cléante. — Hé bion I puisque les choses en sont venues là, je vous déclare, moi, que je ne quitterai point la passion que j'ai j>our Mariane, qu'il n'y a point d'extrémité où je ne m'abandonne j.our vous disputer sa conquête, et que si vous avez pour vous le ( onsentcment d'ime mère, j'aurai d'autres secours peut-être qui combattront pour moi.

Hahpacon. — Comment, pendard ? tu as l'audace d'aller sur mes brisées ?

Clkante. — C'est vous qui allez sur les miennes ; et je suis le jtremier en date.

Hakpagon. — Ne suis-je pas ton père ? et ne me dois-tu pas respect ?

Cl ÉANTE. — Ce ne sont point ici des choses où les enfants -(<ient obligés de déférer aux pères ; et l'amour ne connoît pcronne.

Hakpacoîï. — Je te ferai bien me connoître, avec de bons coups !.• bâton.

Cléante. — Toutes vos menaces ne feront rien.

Hakpagon. — T\i renonceras à Mariane.

Clkante. — Point d»i tout.

Harpagon. — Donnez-moi un bâton tout à l'heure *.

Où est l'avare en tout cela ? et où est-il quand Frosine, lans des passages bouffons, flatte sa coquetterie sénile?

Vh ! mon Dieu ! que vous vous portez bien ! et que vous ivcz là un vrai visage de santé? — Qui, moi? — Jamais jr ne vous vis un teint si frais et si gaillard. — Tout de

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