‹ MolièreChapitre 51 sur 104 · I. \cle IV, 9c. III · texte numérisé non relu

I. \cle IV, 9c. III

bon? — Gomment? Vous n'avez jamais été si jeune que vous êtes. » Et ailleurs : a Je voudrois que vous eussiez vu le ravissement où elle éloit à m'entendre parler de vous. La joie éclaloit dans ses yeux, au récit de vos qualités; et je l'ai mise enQn dans une impatience extrême de voir ce mariage entièrement conclu. » Qu'est-ce que ce dialogue, sinon le dialogue traditionnel du vieillard amoureux avec l'intrigant ou l'intrigante qui sert ses amours dans la comédie du xvi^ siècle? « 0 quelle belle face! quel air délicat! quelle apparence impériale vous avez maintenant! Par ma l'oy, Monsieur, vous rajeunissez. » Ainsi parle Thomas au vieux Siméon dans le Laquais de Larivey. — Et voici comment parle Guillemette au vieil Ambroise dans la Veuve: « Je pense, quanta moy, que ceste madame Clémence vous aime comme ses menus boyaux, car je ne suis jamais auprès d'elle, qu'elle ne parle de vous, mais sçavezvous comment? d'une affection que vous ne le croiriez pas. — Ambroise : La pauvrette est bien heureuse de m'avoir rencontré... On me (aisoit vieil et cassé; mais je vois bien ce qui en est, puisque je luy agrée. — Guillemette: Cassé! vous me semblez un chérubin. » Oui, Harpagon n'est par endroits que le vieillard amoureux de la comédie traditionnelle, et Frosine descend de la Gélestinc de llojas par la Guillemette de Larivey et la Françoise de Turnèbe. Elle paraît moins perverse que ses devancières, elle s'occupe ici d'affaires moins scabreuses ; mais je ne m'y fierais pas, et je suis un peu scandalisé de la voir familière avec tout le monde céans, tutoyée par La Flèche, Harpagon, Cléante, voire par Élise et par Mariane.

Entrons maintenant, avec ce personnage de Frosine, dans le chapitre des invraisemblances.

Comprend-on très bien comment Valère peut se résigner à son rôle de confident hypocrite d'Harpagon et y réussir? — II a, paraît-il, sauvé Élise d'un grave péril; mais ce péril nous est conté d'une façon trop incidente et trop

« L AVARE

obscure pour que nous n'y voyions pas un simple artifice !i amatique.

Après que l'eniprunteur Gléante a échangé de terribles {)aroles avec l'usurier son père, nous voyons brusquement que Gléante a été pardonné sans difïiculté. Pourquoi cela? Parce qu'Harpagon voulait pouvoir surveiller son tils? ou tout simplement parce qu'il fallait que l'action < ontinuàt ?

()uant au dénouement, on peut plaider pour lui les circonstances atténuantes : on peut dire qu'avec l'abondance au wiT siècle des troubles civils et des pirateries, avec la difficulté des communications, les familles séparées par le hasard, et par le hasard rejointes, étaient plus faciles à renontrer qu'aujourd'hui ; on peut dire que les dénoueiiienls postiches étaient plus fréquents au théâtre et scanlalisaient moins des spectateurs qui n'avaient vu ni Scribe, i Augier, ni Dumas lils ; on peut dire surtout que les •nouements postiches étaient parfois une nécessité pour loiière, qui voulait terminer gaiement des drames >sez sombres et qui ne voyait pas de moyen logique et ilionnel d'arracher Agnès à Arnolphe, d'enlever Orgon 'S griiTes de Tartuffe, de rendre heureuse, en dépit de la idrerie et de la tyrannie du père, toute la famille d'Har- |.,igon. Mais, cela dit, il y a un luxe de romanesque vrai- , ment excessif dans le dénouement de V Avare. Don I Thomas d'Alburcy, Napolitain, s'est sauvé dans un nau- ■, frage, est venu à Paris et y a changé de nom : c'est Vnselme ; — son fds s'est sauvé de son côté, est venu à Paris et y a changé de nom : c'est Valère ; — sa femme <'t sa fille se sont sauvées de leur côté, sont venues à Paris ri y ont changé de nom : c'est Mariane et sa mère ; — et, un beau jour, tout ce monde se rencontre dans la même maison, impliqué dans les mêmes aventures. Il y a évidemment là pour Molière plus qu'une nécessité dramaticjue, il y a un remarquable sans-gêne. Et de même dans l'expé-

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