MONSIEUR DE POURCEAUGNAC
Nérine. — Ce sont petites l)ajr:itelles qui ne valent pas qu'un I parle, et vos éloges me font rougir '.
Nos blasés ont applaudi des plaisanteries de ce genre, <{uand Aristide Bruant et Jules Jouy les chantaient au <jhat noir ou au Mirliton ; mais, si nos blasés ont applaudi, ils ne riaient guère, et la cour de Ghambord riait à gorge déployée. C'est qu'on n'avait pas la plaisanterie douce au wii" siècle. Tristan L'IIcrinitc raconte en riant un bon tour qui valait à celui qui en était l'objet une jambe cassée <'t trois mois de lit ; à la cour de Louis XIV, où le grand lloi ne permettait pas qu'on fut incommodé devant lui, on mettait un purgatif dans le bouillon d'une dame pour la voir ensuite se tordre douloureusement sans oser rien dire. Molière rit, lui aussi, et sa verve, parfois grossière, mais copieuse, mais drue, mais toujours jaillissante, nous force à rire avec lui. 11 y a là une outrance dans la plaisanterie qui est tout à fait caractéristique. Pourceaugnac raconte fièrement une vieille querelle : « 11 me donna un soufflet, mais je lui dis bien son fait ». — Il vient d'échapper aux apothicaires, à Lucette, à Nérine : « Il pleut en ce pays des femmes et des lavements ». — Il quitte à la fin de la
ce son lîourrcau Sbrigani : « Voilà le seul honnête nomme que j'ai trouvé en cette ville ». — Et que dire de lous les baragouins entendus? des stratagèmes multiples de Sbrigani et de son déguisement en marchand ? de Pour- 'paugnac habillé en femme de qualité, se dandinant et
pelant d'une voix de fausset ses laquais imaginaires? de I vocal ([uï chante :
La jK)Iygamie est un cas, Ksi un cas pendable
I traînant lamentablement sa voix, et de celui qui breuillc, en sautillant sans cesse, des couplets terminés par