LES MEDECINES, LA MKDECINE ET LES MÉDECINS I (J
treize fois en quinze jours pour un enfant de sept ans ; il (Ml use pour un enfant de deux mois ; il en use pour un '!(» trois jours. Un autre médecin, M. Mantel, se fait ligner trente-deux fois pour une fièvre, M. Cousinot >ixante-quatrc fois pour un rhumatisme, M. Baralis tize foisen six jours, et il a quatre-vingts ans ! Et quelles malédictions sur les médecins qui n'aiment ni à phlébotomiser les autres ni à être phlébotomisés eux-mêmes ! Ceux de Montpellier donnaient fort souvent dans ce travers-là. (lui de Labrosse était-il Montpelliérain ? Je ne le sais; mais, comme il était fort malade, on lui proposa une lignée. « Il répondit que c'étoit le remède des pédants tnguinaires (il nous faisoit l'honneur de nous appeler linsi) et qu'il aimoit mieux mourir que d'être saigné: aussi a-t-il fait. Le diable le saignera dans l'autre monde, comme le mérite un fourbe, un athée... » De qui croyezvous que soit cette belle oraison funèbre? de M. Purgon? ou de iM. Tomes? Elle est de Gui Patin, doyen de la Farulté de médecine de Paris ; mais Molière n'a rien trouvé le plus plaisant.
Nous n'avons pu parler de la médecine au xvii*' siècle, ans dire incidemment quelque chose de ceux qui la prolessaient : venons-en nettement à ces derniers.
Molière^ assez impartialement, les répartit en deux classes : les convaincus et... les autres./ Les autres, ce sont les médecins passagers, comme celui que représente Toinette dans le Malade imaginaire, et qui n'ont peut-être d'autres licences que le désir de vivre aux dépens de la ( rédulité humaine. — Ce sont les licenciés et les docteurs authentiques à qui le bonnet doctoral a été donne', moyennant finances, par une Faculté de leurs amies : on n'était pas toujours riche à Caen, à Angers ou à Valence,
et la caisse des Facultés ne pouvait que gagner à des examens sommaires, comme celui où Argan est, en vingt minutes, improvisé bachelier, licencié et docteur. Montpellier même faisait deux sortes de médecins : les médecins sérieux qui restaient dans la ville, et les médecins de jpacotille qu'on bâclait pour l'exportation. — Ce sont enfin les désabusés comme M. Filerin, parlant en petit comité de la forfanterie de leur art et ne grondant des confrères trop disputeurs qu'en ces termes empreints d'une douce philosophie : « Je n'en parle pas pour mon intérêt; car, Dieu merci, j'ai déjà établi mes petites affaires. Qu'il vente, qu'il pleuve, qu'il grêle, ceux qui sont morts sont morts, et j'ai de quoi me passer des vivants ; mais enfin toutes ces disputes ne valent rien pour la médecine. » Les médecins convaincus, fanatiques même, ne manquent pas plus dans l'œuvre de Molière qu'ils ne manquaient dans la réalité. Les médecins de Pourceaiignac et les quatre consultants de V Amour médecin ont bien l'air d'être de ce noVnbre ; mais le type du genre c'est M. Purgon : « Votre M. Purgon, dit Béralde, n'y sait point de finesse : c'est unbomme tout médecin, depuis la tête jusqu'aux pieds; un homme qui croit à ses règles plus qu'à toutes les démonstrations des mathématiques, et qui croiroit du crime à les vouloir examiner ; qui ne voit rien d'obscur dans la médecine, rien de douteux, rien de difficile, et qui, avec une impétuosité de prévention, une roideur de confiance, une brutalité de sens commun et déraison, donne au travers des purgations et des saignées, et ne balance aucune chose. Il ne lui faut point vouloir mal de tout ce qu'il pourra vous faire : c'est de la meilleure foi du monde qu'il vous expédiera, e^il^ne fera, en vous tuant, iquece qu'il a fait à sa femme et à ses enfants, et ce qu'en un besoin il feroit à lui-même *. »