‹ MolièreChapitre 7 sur 104 · LES MEDECINES, LA MÉDECINE ET LES MÉDECINS ' I · texte numérisé non relu

LES MEDECINES, LA MÉDECINE ET LES MÉDECINS ' I

Peindre les charlatans était facile et, somme toute, assez ])cu profitable ; mais montrer ce qu'il y avait do ridicule of de dangereux dans les préventions, dans les infatuallons, dans l'égoïsme des médecins les pîus sincères, voilà qui était à la fois plus délicat, plus hardi et plus utile-^ Aussi est-ce à celte tâche que Molière s'est surtout consaré, et le Roi, qui le soutenait volontiers, Fa aidé cette lois encore; il lui a permis d'introduire quelques médecins de la cour dans une satire tout aristophanesque : des Foulerais, qui boitait, a été représenté par le boiteux Béjart sous le jiom de des Fonandrès, littéralement celui qui tue les hommes; d'Aquin, qui maniait volontiers la lancette, est devenu Tomes, celui qui coupe et taille ; le^redouillant Esprit est devenu M. Bahys ; le pesant luenaut est devenu M. Macroton^/cc Les médecins font -sez souvent pleurer pour qu'ils fassent rire quelquefois », \ait dit Louis XIV ; la cour et la ville furent de cet avis, i't la pièce où figuraient ces personnages, bien qu'elle portât ofTiciellement pour titre l'Amour médecin, s'appela pour tous les Médecins : c'était plus court et plus expressif. /

Mais ne nous confinons pas dans l'étude de celle seule omédie, et voyons à l'œuvre tous les soi-disant guérisurs de Molière.

Nous sommes ainsi faits tous que, d'où nous pourrions

lirer noire plus grande force, par aveuglement, par pa-

losse d'esprit, nous arrivons souvent à tirer nos plus

randes causes de faiblesse. Ainsi pour les médecins du

xvii'' siècle. La plupart avaient fait de bonnes études ou,

comme dit Béralde, ils savaient de fort belles huiuanilés;

iors de leurs titres et de leur rôle, ils étaient animés d'un

nissant esprit de corps; ils avaient en eux-mêmes celle

•nfiance sans laquelle on ne saurait parler avec autorité

1 i imposer à ceux qui vous consultent. De tout cela sans

<lnule ils tiraient quelque bon parli, mais de tout cela

aussi ils usaient assez mal pour deienir les justiciables du poète comique.

L'immortel Thomas Diafoirus est le plus mémorable exemple de ce que peuvent produire de savantes études dans une tête mal faite. Mais il n'est pas besoin d'avoir l'esprit d'un Diafoirus pour confondre les mots avec les choses et pour s'imaginer que, quand on a parlé en beau latin, quand on a nommé les maladies en grec, quand on a appris à un père — qui avait des raisons pour s'en douter — que sa (ille est malade, ou que sa fdle est muette,, on a fait œuvre utile et répondu en quelque façon à l'attente de ceux qui vous consultent. « Le célèbre Galien », prononce avec gravité le premier médecin de Pourceaugnac^ ce le célèbre Galien établit doctement à son ordinaire trois espèces de cette maladie que nous nommons mélancolie, ainsi appelée non seulement par les Latins, mais encore par les Grecs, ce qui est bien à remarquer pour notre aflaire. » Pourquoi ne serait-ce pas à remarquer, en effet, puisque c'est à l'apprendre qu'on a consacré une partie de ses études ? D'une éducation livresque c'est une science purement livresque qui doit sortir.

Et d'une éducation scolastique que résultera -t-il, sinon le culte du raisonnement là où l'observation importe seule, le respect superstitieux des vieilles idoles (qualités occultes ou facultés princesses^ là où l'on ne devrait tenir compte que des réalités toujours nouvelles de la vie, la tendance à tout expliquer par des raisons... déraisonnables là où s'impose le plus un esprit rigoureusement scientitique? Ce que je vais citer n'est pas de Molière ; c'est un extrait d'une attestation ofHcielle signée par un. médecin, un chirurgien et un apothicaire en i6l\li. Mlle de Saint- Maurice étant morte, on avait accusé son directeur, le curé Duhamel, d'avoir causé sa mort par les pénitences rigoureuses qu'il lui infligeait ; une autopsie seule pouvait laver le saint homme de cette inculpation. « Le corps

Page 1