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Fables, VIII, xv, le Rat et l'Eléphant

Mil lioiiinie de la classe moyenne, une espèce d'aristocrate n somme, mais, puisque le peuple ne comptait pas alors, un hointnc du rang social le moins élevé. — Boileau, Boursault, La liruyèrc ont, comme Molière, ridiculisé les bourgeois qui voulaient être gentilshommes. Mais M. Jourfiain ne songe pas, comme la plupart de ces paivenus, à usurper la noblesse pour les immunités financières qu'elle procure, pour les postes qu'elle permet d'oblenir, pour les avantages divers qu'on en peut retirer. Il admire la noblesse en toute candeur ; il est ébloui par tout ce que font, ce que disent, ce que ne disent pas les nobles ; il ne voit rien de si beau que de hanter les grands seigneurs, et il donnerait deux doigts de sa main pour être né comte ^u marqtiis ; il faut, pour le définir, employer l'expression i la mode: c'est un snob. Et par là ses pires fautes deviennent presque excusables. 11 a honte de ses parents, avonsnous dit? Oui, s'ils ont été bourgeois ; mais est-il possible (|u'ils l'aient été? M. Jourdain a beau n'être pas de Tarascon, il finit par croire ce qu'il désire, et il croit que <on père a été un bon gentilhomme. — Il cherche à trahir -a femme? C'est vrai; mais pourquoi est-elle bourgeoise et se vante-t-elle de l'être ? Ce n'est pas par le libertinage qu'il est attiré vers Dorimène; seulement, elle est marf|uise, celle là : « Il n'y a point de dépense que je ne lisse, •-i par là je pouvois trouver le chemin de son cœur. Une lemme de qualité a pour moi des charmes ravissants, et c'est un honneur que j'achèterois au prix de toute chose.»

— Enlin, il ne veut point marier sa fille avec celui (|u'elle aime? Sans doute: mais aussi, pourquoi a-t-il celte lare suprême de n'être point gentilhomme?

M. Jourdain est si bien pénétré d'un respect naïf pour les grands seigneurs, qu'il ne sait pas profiler, pour s'égaler en quelque façon à eux, des avantages (jue lui pourraient procurer ses écus. Le financier Monlauron prêtait de l'argent aux d'Orléans et aux Condé, mais il les apjKîlail

familièrement : « mes enfants » ; Samuel Bernard prêtait de l'argent à Louis XIV, mais il se faisait promener par lui à Marly ; M. Jourdain se fait ruiner par Dorante, et n'ose pas se couvrir devant lui, même quand il en est prié. Approcher les gens de qualité, voilà son bonheur ; ressembler aux ^ens de qualité, voilà son ambition ; les singer et parler d'eux incessamment, voilà sa vie. « Je me suis fait faire cette indienne-ci. — Elle est fort belle. — Mon tailleur m'a dit que les gens de qualité étoiènt comme cela le matin. » — « Vous devriez apprendre la musique, Monsieur, comme vous faites la danse. — Estce que les gens de qualité apprennent la musique ? — Oui, Monsieur. — Je l'apprendrai donc. » — « Il faut qu'une personne comme vous, qui êtes magnifique, et qui avez de l'inclination pour les belles choses, ait un concert de musique chez soi tous les mercredis ou tous les jeudis. — Est-ce que les gens de qualité en ont ? — Oui, Monsieur. — J'en aurai' donc. » Que n'accepterait pas M. Jourdain pour ressembler aux personnes de qualité? Le tailleur qui lui a fait son habit a mis étourdiment l'étoffe c'en dessus dessous :

Monsieur JouROArN. — Qu'est-ce que c'est que ceci ? Vous avez mis les fleurs en enbas.

Maître tailleur. — Vous ne m'aviez pas dit que vous les vouliez en cnhaiit.

Monsieur Jourdain. — Est-ce qu'il faut dire cela ?

Maître tailleur. — Oui, vraiment. Toutes les personnes de qualité les portent de la sorte.

Monsieuk Jourdain. — Les personnes de qualité portent les fleurs en enbas ?

Maître tailleur. — Oui, Monsieur.

Monsieur Jourdain. — Oh 1 voilà qui est donc bien.

Maître tailleur. — Si vous voulez, je les mettrai en enhaut.

Monsieur Jourdain. — Non, non.

Maître tailleur. — Vous n'avez qn'à dire.

Monsieur Jourdain. — Non, vous dis-jcj vous avez bien fait *.

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