I. Acte II, scène v
Et que neferalt-il pas pour être traité comme cos grands qu'il adore ?
Garçon tailleur. — Mon genlilhommo, donnez, s'il vous plaît, aux garçons quelque chose pour boire.
Monsieur Jourdain. — (comment m'appelez-vous ?
Garçon tailleur. — Mon gentilliomme.
Monsieur Jourdain. — « Mon gentilhomme ! » Voilà ce que c'est que de se mettre en pcrsoimc de qualité, Allez-vous-en deuKHircr toujours habillé en bourgeois, on ne vous dira point :
Mon gentilhomme », Tenez, voilà pour « Mon gentilhomme ».
Garçon tailleur. — Monseigneur, nous vous sommes bien obligés.
Monsieur Jourdain. — « Monseigneur», oh, oh 1 « Monseigneur I » Attendez, mon ami : « Monseigneur » mérite quelque chose, et ce n'est pas une petite parole que « Monseigneur ». Tenez, voilà ce que Monseigneur vous donne.
Garçon tailleur. — Monseigneur, nous allons boire tous à Il santé de Votre Grandeur.
Mon lEUR Jourdain. — « Votre Grandeur I » Oh, oh, oh I Attendez, ne vous en allez pas. A moi « Votre Grandeur ! » Ma foi, s'il va jusqu'à l'Altesse, il aura toute la bourse. Tenez, voilà pour Ma Grandeur.
Gahçon taii.l» ur. — Monseigneur, nous la remercions très humblement de ses libéralités.
Monsieur Jourdain. — Il a bien fait : je lui allois tout donner*.
C'est surtout pour ressembler aux gens de qualité que M. Jourdain lient à s'instruire. A la vérité, il a aussi honte de son ignorance ; il a quelque désir de savoir pour savoir, et il faut lui en tenir compte :
Nicole. — J'ai encore ouï dire. Madame, qu'il a pris aujour- '1 hui, pour renfort de potage, un maître de philosophie.
MoNsiKi R Jourdain. — Fort bien : je veux avoir de l'esprit, ^ savoir raisonner des choses parmi les honnêtes gens.
Madame Jouriiain. — N'irez-vous point l'un de ces jours au ^ <jll«'ge vous faire donner le fouet, à votre Age ?
MoNs EUH JoiHDAiN. — Pourquoi non ? PliU à Dieu l'avoir tout à l'heure, le fouet, devant tout le monde, et savoir co qn'oii apprend au collège'^.