LES MEDECINES, L\ MEDECINE ET LES MÉDECIN
ayant élé ouvert, on a preiniùrcinont trouvé le pamnculc, communément dit adipeux, couvert de graisse, le foie sain, le poumon abreuvé et comme noyé de quantité de sérosités. Mais ce qui surpasse presque toute créance, c'est qu'à l'ouverture du cœur nous avons découvert en son ventricule senestre comme un second petit cœur, d'une substance blanche et molle, sans cavité, de figure pyramidale, lequel, ayant sa pointe tournée en bas et sa base en haut, sembloit fuir la terre et marquer que son assiette étoit dans le ciel. » Et voilà pourquoi voire iille est morte ! disent ces trois hommes, qui n'ont pas l'excuse d'être médecin, chirurgien et apothicaire malgré eux.
Quel accueil des esprits ainsi formés peuvent-ils faire aux idées nouvelles? on le devine aisément, et aussi à quelle rouline ils sont tous acoquinés. Le premier médecin de Pourceaugnac est, d'après son apothicaire, « un homme qui sait la médecine à fond, comme je sais ma croix de par Dieu, et qui, quand on devroit crever, ne démordroit pas d'un iota des règles des anciens... Pour tout l'or du monde, il ne voudroit pas avoir guéri une personne avec d'autres remèdes que ceux que la Faculté permet. » Thomas Diafoirus, naturellement, appartient à la même école : « Mais sur toute chose ce qui me plaît en lui, et en quoi il suit mon exemple, c'est qu'il s'attache aveuglément aux opinions de nos anciens, et ([ue jamais il n'a voulu comprendre ni écouter les raisons et les expériences des prétendues découvertes de notre siècle, touchant la circulation du sang, et autres opinions de même farine ». Dira-t-on que le médecin de Pourceaugnac et Thomas Diafoirus sont des fantoches? Qu'on écoute Gui Patin, qui était doyen de la P'acullé ; qu'on écoute Uiolan, qui pourtant était un remarquable anatomislc, cjt l'on ne trouvera pas trop d'exagération dans les comédies de Molîere, non pTus que dans IWrrèt hurlesijue de Boileau.
S'il y a une inexactitude dans les peintures de Molière,
c'est en ce qui concerne les relations des médecins avec leurs auxiliaires naturels, les chirurgiens et les apothicaires. Pour ne pas compliquer les choses en séparant ce que le ridicule pouvait unir, Molière confond volontiers les médecins et les chirurgiens :
Dono tibi et concedo Virtutem et puissanciam
Mcdicandi,
Purgandi,
Scignandi,
Perçandi ,
Taillandi,
Coupandi,
Et occidendi Impunc pcr totam terram.
Purger et saigner, fort bien ! tuer, à la bonne heure l mais tailler et couper, non pas ! c'était là l'ofBce, quelque peu avilissant, des confrères de Saint-Gôme et des barbiers ; on ne pouvait môme devenir licencié sans avoir juré qu'on ne pratiquerait pas la chirurgie, «car il convient — disaient les statuts — de garder dans toute sa pureté et toute son intégrité la dignité du corps médical. » Entre les chirurgiens et les médecins la lutte était vieille et toujours ardente. De même, entre les médecins et les apothicaires. Ceux-ci étaient loin d'être toujours les
Scnlciiliariim Facultatis Fidèles executores
que salue le Praeses du Malade imaginaire. Un M. Fleurant, qui marche dans l'ombre de M. Purgon ; un apothicaire de Pourceaugnac, admirateur fanatique de son médecin, sont des personnages, sinon faux, du moins exceptionnels ; et plus exceptionnelle encore est l'estime témoignée par un Monsieur Purgon à un Monsieur Fleurarjt. L'orgueil de leur profession empêchait les docteurs de Paris de faire cas d'aussi humbles personnages, comme l'esprit de corps leur interdisait d'avoir rien de commun