LES MÉDECINES, LA. MÉDECINE ET LES MÉÙECINS
avec [gs dogtgurA étrangers, vinssent-ils de Montpellier. Trois confrères de M. Tomes avaient eu la faiblesse d'ac- ( opter une consultation avec un médecin du dehors : M. Tomes, plus rigoureux, y a mis bon ordre, en dépit des supplications des parents et de l'impatience du malade, lequel a eu l'impertinence de mourir pendant que se disputaient ses médecins.
Seuls, dans la capitale, les médecins de Paris avaient le
droit de porter le vénérable costume dont les avait re>Ttus
la Faculté et ilsen usaient, pour la plupart, religieusementy'
Ne savaient-ils pas, en dépit des railleries de quelques
mauvais plaisants, que de qui parle « avec une robe et un
bonnet tout galimatias devient savant » pour un public
naïf?. Et ^rtqut leur esprit de corps ne conspirait-il pas
iveC leur habituelle routine pour leur inspirer le respect
le la forme, de la fo-orme, comme dira Brid'oison ? Au
urplus, ce formalisme leur était imposé par la Faculté
même, et ce n'était pas seulement Argan, c'étaient tous les
( andidats au doctorat qui avaient h répondre trois fois, et
solennellement, juro aux questions qui leur étaient
j)osées.
Juras gardarc statuta
Pcr Facultatem prœscripta ?
— Juro ;
c'est, légèrement délatinisé, le texte olFiciel lui-même. Et voici qui ne reproduit plus le texte, mais (jui est certainejncnt conforme à l'esprit des serments odiciels :
Esscn*, in omnibus C]onsultatioiiil)iis, Vncirni aviso,
Aut bono,
\ut inauvaiso P
— Juro.
Quelles amusantes applications Molière a faites de celte règle ! L'avis de Théophrasle eût peut-être sauvé le ma-
ladeet celui d'Artémius l'a certainement perdu, mais quoi ? Artémius était le plus ancien, et Théophraste a eu grand tort de ne pas se rallier à son avis : « Un homme mort n'est qu'un homme mort, et ne fait point de conséquence ; mais une formalité négligée porte un notable préjudice à tout le corps des médecins. »
Ne pas porter de préjudice à tout le corps des médecins, se peut-il souci plus important ? Avissi les médecins, quand ils sont ensemble, doivent-ils se donner toujours raison et s'accabler de compliments, comme les deux aliénistes qui ^oi^nent M. de Pourceaugnac ; séparés, ils doivent se soutenir encore et couvrir mutuellement leurs bévues^ comme fait M. Diafoirus à l'égard de M. Purgon> Vous souffrez de la rate et il dit que c'est du poumon ? Fort bien, le poumon et la rate n'ont-ils pas une étroite sympathie ? Il vous faut manger force rôti, et il ne vous ordonne que du bouilli? «Eh! oui : rôti, bouilli, même chose. Il vous ordonne fort prudemment et vous ne pouvez être en de meilleures mains. »
Mais il ne suffit pas au médecin d'avoir la tête farcie de belles connaissances, et d'obéir à l'esprit de corps ; il faut encore qu'il ait de l'assurance et qu'il ne doute pas de lui-même. Ainsi font lès médecins de Molière, respectueux de leurs propres prescriptions ; ne dédaignant* pas de descendre aux minuties, quand il s'agit d'ordonner les saignées ou les purgations en nombre impair,^ par exemple, ou de faire mettre un nombre pair de grains de sel dans un œuf; tyrannisant les malades qui ne savent pas se passer d'eux et, comme dit plaisamment Béralde, qui ont « la maladie des médecins» ; finissant, en vérité, par s'imaginer qu'ils disposent des maladies, qu'« encourir la disgrâce de la Faculté » c'est s'exposer à mille maux, et qu'il ne tient qu'à eux de faire tomber un malade récalcitrant de la bradypepsie dans la dyspepsie, de la dyspepsie dans l'apepsie, de l'apepsie dans la lienterie, de la lienterie dans