‹ MolièreChapitre 92 sur 104 · I. A. t. II. M , lu. V. 3o3 à 39G · texte numérisé non relu

I. A. t. II. M , lu. V. 3o3 à 39G

^V peine y a-t-îl ça et là, nota m ment dans l^rol^ae Vadius, des exagérations comiques de choses 1res vraies, mais qui se présenteraient plus atténuées dans la vie, exagérations nécessaires à la scène, puisque nous risquerions, habitués que nous sommes à des actes en soi ridicules, de ne pas les trouver risibles s'ils se présentaient tels quels sur le théâtre. A peine y a-t-il un personnage quelque peu caricatural, inspiré des Visionnaires de Desmarets, Bélise. Mais, dans les autres personnages, comme les mots comiques sont aussi des mots de nature ! dans Chrysale surtout, proclamant : « C'est moi qui dois disposer de ma mie », alors qu'il fait justement ce que sa fille lui demande, ou s'écriant d'un air de triomphe, alors que tout s'esl arrangé sans lui : « Je le savois bien, moi, que vous l'épouseriez », et : « Faites le contrat ainsi cpie je l'ai dit ». — Les exagérations mômes où se laissent entraîner les personnages sont amenées par leur opposition savante : le contraste fait valoir ces personnages, en même temps qu'il les rend plus plaisants.

Tel est le comique des Femmes savantes, comique modéré, ainsi qu'il convenait, plus habilement dosé que celui même du Misanthrope, mais partout sensible, et partout intimement lié à tous les autres éléments de l'œuvre.

Cette œuvre est bien une sorte d'organisme où tout se tient, bien que tout joue librement, et dont les fins diverses sont toutes atteintes à la fois. H y a une thèse dans les Femmes savantes, vague en ce qu'elle prescrit, très nette dans ce qu'elle combat; et cette thèse, qui ne coûte rien à la vérité des caractères, engendre l'action et le comique, elle est l'action et le comique mômes.

GUAPlTRi: \l

LE MALADI-: IM.idlNAWB ET LA MORT DE MOLIÈRE

Molière n'a point admis dans ses œuvres le mélange du comique et du tragique, ou du moins il ne l'y a admi^ <[u'avec des précautions et des déguisements infmis ; mai^ lorce lui a bien été de laisser ce mélange s'étaler brutalement dans sa vie. Déjà en i66/'i, l'auteur de pièces si gaies

Il voyait à La Motlie le Vayer, qui venait de perdre un iils, un sonnet suivi de ces mots : « Si je n'ai pas trouvé «lassez fortes raisons pour... vous obliger à pleurer sans contrainte, il en faut accuser le peu d'élo(jucnce d'un homme qui ne sauroit persuaderez ([u'il sait si bien faire. » Dans les derniers mois de sa vie, auxquels nous arrivons, ' I composition d'une farce se place au milieu de tristesses

ins nombre ; et, le dernier joui;, c'est au milieu dos éclats <le rire que la mort brutalement va le saisir.

Nous avons vu combien le Roi avait utilisé et, pour

via, protégé les deux grands Baptistes, le poète el le musicien, Molière et Lulli ; mais des deux, c'était Lulii qui lui paraissait le plus indispensable, et, quand le Klorontin.

vide et sans scrupules, eiU senti toute sa puissance, il I employa à faire créera son profit l'Académie nationale de rnusi(|ue, à restreindre les droits des autres tliéàtres, \

ompris ceuv du tfiéàtre de Molière, à accaparer tout ce

Mt'avnit y>V'^'l"i!i ^-^ rf>lIi)wM-,|;,>i, 'l,^nr nolrt' noèlc. Voi}-

Jantce temps, la santé de Molière allait se délabrant de ilus en plus ; sa poitrine malade s'épuisait aux efforts n'exigeait la scène; la grossièreté du public, qui parfois • 3rçait la police à intervenir, se joignait pour le tourmenter ux caprices et à l'indocilité des acteurs ; un fils lui naisiit le i5 septembre et mourait le lo octobre: c'était le jcond qui mourait ainsi sans avoir vraiment vécu ^ Comnent Molière trouvait-il encore la force de déployer de la gaieté dans une œuvre nouvelle ? On a peine à le concevoir ; cependant, il préparait pour le Roi, vainqueur de la Hollande, une nouvelle comédie-ballet avec intermèdes et cérémonie burlesque : c'était le Malade imaginaire. La musique en était confiée à Charpentier, les danses à de Beauchamps ; mais cette partie de l'œuvre fut réduite, à la suite de tracasseries nouvelles de LuUi. Faite pour la cour, la comédie-ballet dut enfin se contenter de paraître à la ville le lo février 1678 : elle y eut du moins un grand succès. Le vendredi 17, la quatrième représentation allait avoir lieu, et Mo'lière, s'il faut en croire Grimarest, disait à sa ^mme et à Baron : « Tant que ma vie a été mêlée égalelent de douleur et de plaisir, je me suis cru heureux ; lais aujourd'hui que je suis accablé de peines sans pouoir compter sur aucuns moments de satisfaction et de dou- ' 3ur, je vois bien qu'il me faut quitter la partie ; je ne pui.' lus tenir contre les douleurs et les déplaisirs, qui ne mt lonnent pas un instant de relâche. Mais qu'un homme >uffre avant de mourir ! Cependant je sens bien que ]< nis. » Armande et Baron supplient Molière de ne pa ouer : « Comrnent voulez-vous que je fasse? (répond-il.) l y a cinquante pauvres ouvriers qui n'ont que leur jour-

1. Molière a eu trois enfants : Louis, né lo 19 janvier i664. lort le 10 novembre; Esprit-Magdeleine, née le ler ou le 3 aoû? 1 665,, mariée à M. de Montalant et morte seulement le 28 ma' 728; Pierre-Jean-Baptiste Armand, né le i5 septembre 1672 lort le 10 octobre.

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