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La Critique de l'Ecole des femmes, scène vi

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la farce dans l'œuvre de leur ennemi, et quel aveuglement — sans doute volontaire — était le leur, quand ils n'y voulaient voir que la farce.

Molière était trop avisé pour se détourner de sa voie devant de telles criailleries. Laissant coasser ses envieux, il <onlinua à cultiver la farce pure quand ses intérêts ou sa

ntaisie le demandèrent ; il continua h mêler, à doses calculées savamment, quelque chose de la farce à ses plus hautes conceptions. Mais ces attaques persistantes eurent peut-être une conséquence : c'est que Molière théoricien 'fTecta d'ignorer la partie houffonne de son œuvre et ne

tccupa. pour l'expliquer et pour en donner les lois, que le la comédie sérieuse.

Ce Molière théoricien, il v a lieu pour nous de le consulter en terminant.

Dans ses années de voyages et d'apprentissage d'abord, puis à Paris, Molière réfléchit beaucoup sur son art; mais il avait trop horreur des pédants pour en disserter ex cathedra. Dès janvier 1660, dans la préface des Précieuses, il se moquait des préfaces en forme d'arts poétiques publiées par des auteurs comme Mairet ou Scudéry : « J'aurois

ché de faire une belle et docte préface, et .je ne manque |.uint de livres qui m'auroient fourni tout ce qu'on peut dire sur la tragédie et la comédie, l'étymologie de toutes deux, leur origine, leur définitioîi et le reste. »

t n peu plus tard, il est vrai, dans l'avertissement des l 'icheux, après avoir indiqué l'économie de sa pièce, il dit :

Ce n'est pas mon dessein d'examiner maintenant si tout

la pouvoit être mieux, et si tous ceux (pii s'y sont diverlisont ri selon les règles. Le temps viendra de faire impri- ,,)," '^4»- mn,'n'<jM("^ 'jui- les pire*»»; rpu» j'.uuai faites, et je

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ne désespère pas de faire voir un jour, en grand auteur, que je puis citer Aristote et Horace. » Mais il ajoute bien vite : « En attendant cet examen qui peut-être ne viendra

point », et l'on voit bien avec quel sourire ironique

tout ceci est écrit. La publication des Fâcheux est de février 1662, et c'est en octobre 1660 qu'on achevait d'imprimer l'édition des œuvres de Corneille où parurent pour la première fois les Discours sur le poème dramatique et les Examens. Là, le grand auteur faisait ses remarques sur les pièces quil avait faites, et citait, commentait, expliquait Aristote et Horace. L'allusion paraît incontestable, ici comme dans VEcole des femmes, où nous avons vu qu'était parodié un vers de Sertorius ; comme dans la Critique^ où la tragédie héroïque était caractérisée et rabaissée; comme dans r Impromptu, où l'on nous montrait tous les auteurs cabalant contre Molière, « depuis le cèdre jusqu'à l'hysope». Pourquoi ces allusions malveillantes ? Est-ce au poète de l'Hôtel de Bourgogne que le directeur du théâtre du Palais- Royal en voulait? Le grand tragique avait-il témoigné du dépit de la place que prenait la comédie — la comédie bouffonne — dans les préoccupations du public et de la cour? Toujours est-il qu'on voit pourquoi Molière a parlé de faire des examens de ses pièces: sa promesse n'avait rien de sérieux. En eût-il été autrement, que ses occupations l'eussent empêché^de donner suite à son projet.

Mais la lutte contre les détracteurs de VÉcole des femmes n'en a pas moins amené Molière à s'expliquer quelque peu sur ses théories littéraires et sur sa poétique. Non que la Critique et VImpromptu soient autre chose que des œuvres de polémique: répondre aux attaques de ses ennemis, surtout les attaquer à son tour et les discréditer, tel a été le dessein de leur auteur. Malgré tout, ses idées générales sur l'art dramatique et la comédie percent çà et là ; elles percent aussi dans quelques préfaces ou dans certaines scènes des œuvres. Il est bon de les recueillir, d'établir leur

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portée, et de nous en aider, s'il se peut, pour apprécier le rôle joué dans riiisloire de l'art dramatique et dans l'histoire littéraire elle-même par Molière.

Le premier coup d'œil jeté sur ces déclarations est quelfjue peu fait pour décourager de poursuivre. Quelle doctrine attendre d'un auteur qui proclame sans cesse que la valeur d'une œuvre est mesurée par ces deux choses connexes: le plaisir du spectateur et le succès au théâtre? Or, dans le petit nombre des déclarations de Molière, celle-là tient nettement la première place. « Le public est le juge absolu de ces sortes d'ouvrages », dit la préface des Précieuses ridicules ; et : xf Je dois croire maintenant qu'elles valent quelque chose, puisque tant de gens en ont dit du bien ». — oc En attendant cet examen, qui peutêtre ne viendra point », dit l'avertissement des Fâcheux, <c je m'en remets assez aux décisions de la multitude, et je tiens aussi diflicile de combattre un ouvrage que le public approuve, que d'en défendre un qu'il condamne ». — La Critique et VImpromplu retournent cette idée sous toutes ses faces. On y voit les pédants, les précieuses et les fats s'unissant vainement pour faire accepter au public des pièces fort régulières, mais dont le public ne veut pas. Comme naguère Mascarille, les Lysidas, les Glimène et les marquis paient de leur personne aux représentations des auteurs amis et s'efforcent par leur bravoure d'approbation de conquérir le succès ; mais le public reste sourd et porte son argent au théâtre de Molière. Celui-ci rit, pendant que les comédiens rivaux sèchent de dépit:

Molière. — Mais laissons-les faire tant qu'ils voudront; toutes leurs entreprises ne doivent point m'inquiclcr. Ils critiquent mes

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pièces : tant mieux ; et Dieu me garde d'en faire jamais qui leur plaise ! Ce scroit une mauvaise affaire pour moi.

Mademoiselle de Brie. — 11 n'y a pas grand plaisir pourtant à voir déchirer ses ouvrages.

Molière. — Et qu'est ce que cela me fait ? N'ai-je pas obtenu de ma comédie tout ce que j'en voulois obtenir, puisqu'elle a eu le bonheur d'agréer aux augustes personnes à qui particulièrement je m'efforce de plaire ? N'ai-je pas lieu d'être satisfait de sa destinée, et toutes leurs censures ne viennent-elles pas trop tard ? Est-ce moi, je vous prie, que cela regarde maintenant ? et lorsqu'on attaque une pièce qui a eu du succès, n'est-ce pas attaquer plutôt le jugement de ceux qui l'ont approuvée, que l'art de celui qui l'a faite i ?

I Plaire à la cour et plaire au parterre, c'est tout ce que [ cherche Molière. Gomme plus tard le Clitandre diîs Femmes > savantes, le Dorante de la Critique défend le goût de la cour; quant au parterre, avec qui gens du bel air et pédants seraient fâchés d'avoir ri, il en fait aussi l'apologie avec chaleur. Et, en elTet, il ne s'agit point, pour juger, d'être savant jusqu'aux dents et de faire retentir les mots, de protase, d'épitase et de péripétie: les règles ne sont un épouvantail que pour les esprits faibles ou serviles^^'Il faut « se laisser prendre aux choses », et c'est là tout le secret de l'art de juger.

Dorante. — Vous êtes de plaisantes gens avec vos règles, dont vous embarrassez les ignorants et nous étourdissez tous les jours. Il semble, à vous ouïr parler, que ces règles de l'art soient les plus grands mystères du monde ; et cependant ce ne sont que quelques observations aisées, que le bon sens a faites sur ce qui peut ôter le plaisir que l'on prend à ces sortes de poèmes ; et le même bon sens qui a fait autrefois ces observations les fait aisément tous les jours, sans le secours d'Horace et d'Aristote. Jevoudrois bien savoir si la grande règle de toutes les règles n'est pas de plaire, et si ime pièce de théâtre qui a attrapé son but n'a pas suivi un bon chemin. Veut-on que tout un public s'abuse sur ces sortes de choses, et que chacun n'y soit pas juge du plaisir qu'il y prend ?

UraiNie. — J'ai remarqué une chose de ces ]\Iessieurs-là : c'est

L' Impromptu de Versailles, scène v

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<|iio ceux fjui parlent lo plus dos roglos, et qui les savent mieux que les autres, font des comédies que persomie ne trouve belles.

Dorante. — Et c'est ce qui marqiie, Madame, comme on doit s'arr«5ter peu à leurs disputes embarrassées. Car enfin, si les pièces qui sont selon les règles ne plaisent pas et que celles qui plaisent ne soient pas selon les règles, il faudroit de nécessité que les règles eussent été mal faites. Moquons-nous donc de cette chicane où ils veulent assujettir le goùl du public, et ne consultons dans une comédie que l'effet qu'elle fait sur nous. Laissons-nous aller do bonne foi aux chos<»s qui nous prennent par les entrailles, et n(^ cherchons point de raisonnements pour nous empêcher d'avoir du plaisir • . . .

Lysidas — Enfin, Monsieur, toute votre raison, c'est (pie V École des femmes a plu...

Dorante. — Le grand art est de plaire, et — , cette comédie ayant plu à ceux pour qui elle est faite, je trouve que c'est assez pour elle et qu'elle doit peu se soucier du reste ^

Que vaut ce principe?

Même à ne le considérer que cln point de vue littéraire, il ne laisse pas d'avoir ses dangers. A quelles pièces médiocres ou franchement mauvaises n'avons-nous pas vu le public donner de chaleureux applaudissements et assurer une longue période de représentations, pendant que tombaient ou se traînaient des œuvres beaucoup plus estimables ! Et sans doute on peut objecter que le public est autrement mêlé et inexpérimenté aujourd'hui qu'au xvii'' siècle, et que la multiplicité des théâtres, on séparant le public en publics distincts, empêche une moyenne de goût de se former. Mais, même au wn' siècle, la fortune des œuvres n'était certes pas toujours en rapport avec leur mérite : l(^ Cid a peut-être eu moins de succès que ï Amour tyrannique de Scudéry ; aucune pièce de Hacinc n'en a eu autant que le Timocrnte de Thomas Corneille; et, pour Molière lui-même, le Misnnlhvope a été moins bien accueilli que Stjnimrellc. Sur l'injustice de certaines vie-' toires et de certiiines défaites au ihéAtre Molière savait à

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