‹ MolièreChapitre 98 sur 104 · I. L'Impromptu de Versailles, scène iv · texte numérisé non relu

I. L'Impromptu de Versailles, scène iv

LES THÉORIES LITTÉRAIRES DE MOLIÈRE Sq I

note homme en d'autres ». El ainsi ces héros de la comédie ressemblent à tous ceux qui ont le même caractère, ans être moins des individus qu'aucun d'eux : ce sont des idées, mais ce sont des idées vivantes.

Tâche ardue et noble qu'une telle création ! Aussi Molière, poussé par ses détracteurs à ne pas reculer devant ^on apologie, en fait-il ressortir tout le mérite, et préfère-t-il hautement la comédie à la tragédie :

Uranie. — La tragédie, sans doute, est quelc[ue chose de beau <[uand elle est bien touchée ; mais la comédien a ses charmes, et je tiens que l'une n'est pas moins dilTicilc à faire que l'autre.

Dorante. — Assurément, Madame; et quand, pour la difficulté, vous mettriez lui plus du côté de la comédie, peut-ôtre que vous ne vous abustîriez pas. (^ar enfin, je trouve qu'il est bien plus aisé de se guinder sur de grands sentiments, de braver en vers la Fortune, accuser les Destins, et dire des injures aux Dieux, que d'entrer comme il faut dans le ridicule tl«'S hommes, et de rendre agréablement sur le théâtre les défauts de tout le monde. Lorsque vous peignez des héros, vous faites ce que vous voulez. Ce sont des portraits h plaisir, où l'on ne cherche point de ressemblance ; et vous n'avez qu'à suivre les traits d'une imagination qui se donne l'essor, et qui souvent laisse le vrai pour attraper le merveilleux. Mais lorsque vous peignez les hommes, il faut peindre d'après nature. On veut que ces portraits ressemblent ; et vous ii'îivo/ r>'^" ♦';«'* <1 vous n'y faites reconnoître les gens de votre

On peut et on doit contester le jugement porté ici sur la tragédie. Molière songe évidemment à Corneille, et il est injuste pour lui, ou au moins pour ses chefs-d'œuvre. Mais nous n'avons à retenir ici que ce qui est dit de la comédie, de la peinture des mœurs et de la création des caractères : rien certes n'est plus juste et plus digne d'approbation.

C'est donc au vrai que tend Molière, au vrai dans la

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