II. — ai
j^einture des caractères, dans la peinture des mœurs, dans j la représentation de la vie : au diable les romans, c|ui î faussent les idées, comme ils dénaturent les mœurs V Or, {] le vrai dans le fond se traduit dans la forme par le f\ naturel.
Molière, dans l Impromptu, se moque longuement des comédiens de l'Hôtel de Bourgogne, parce qu'ils déploient trop d'emphase dans la déclamation. Si le naturel doit être dans la déclamation, à plus forte raison doit-il être dans le style. Le style précieux, avec sa recherche, avec son dédain des mots populaires et son goût pour les mots nouveaux et pédantesques, avec ses images subtiles trop laborieusement suivies, doit être combattu et banni énergiquement. Mûlière le ridiçulise dès 1659 dans les Précieuses ; il revient à la charge en 1G66 dans le Misanthrope; il l'accable une dernière fois en 1672 dans les Femmes savantes, et, pour faire un exemple plus frappant, au risque d'être cruel, il expose à la risée des vers authentiques empruntés par lui, avec la complicité de Boileau, aux œuvres connues de tous de l'abbé Gotin.
Nous nous laisserions trop entraîner, si nous insistions sur ces leçons de goût et de style données par Molière.
Vous vous êtes réglé sur de méchants modèles,
dit Alceste à Orontc, c'est-à-dire Molière aux auteurs.
Et vos expressions uv sont ponit naturelles... Ce style figuré dont on fait vanité Sort du bon caractère et de la vérité 1.
Devant les fadeiirs amoureuses de la pastorale, Argan et M. Jourdain retrouvent tout leur bon sens: « Pourquoi toujours des bergers? » dit celui-ci; « Voilà, dit l'autre, un sot père que ce père-là de souffrir toutes ces sottises-là sans rien dire » . Mais Molière ne fait pas grâce davantage
I. Le Misanthrope, acte ], scène 11, vers 377-878 et 385-386.
, V turlupinadcs, à ce jargon obscur et de mauvais goùl. Il ne veut, ni qu'on charge la nature de vains ornements, ni qu'on la dégrade ; pas de colitichets dont murmure le bon sens, et, d'autre part, pas de « vieilles équivoques ramassées dans les boues des halles et de la place Maubert ». Il faut de la vérité et de la simplicité dans le langage. Au Ihéâtre, ce que l'on dit n'est ni bon ni comique en soi : il Test par rapport à celui qui parle, c'est la passion toute pure que l'on doit entendre.
Et l'on sait jusqu'à quel point Molière est resté fidèle .. .>on programme, b'orcé de cultiver çà et là les fadaises dont il se moque ; trop pressé par de dévorantes occupations pour éviter toujours les chevilles en vers, l'embarras, l'obscurité ou l'incorrection en prose ; contaminé lui-même par la peste du précieux, qui de temps en temps lui inspire des métaphores forcées et de détestables élégances, il écrit le plus souvent — et c'est Boileau qui l'a remarqué, avant Sainte-Beuve — comme, d'après lui, a peint au Val-de-Gràce son ami Pierre Mignard : avec cette pro/nja/itnde et ces brusques fiertés de la fresque, dont la paresse de Vhuile ne saurait fournir l'équivalent'. Il a, même en y ers, de longues parties, comme ÏAmpliitiyoït presque
lier, lès Femmes savantes, les trois premiers actes du Tariiijfe, qui, pour l'aisance, l'abondance, la force, sont incomparables. Surtout, il a une vérité et une variété dans le dialogue, où les caractères, les passions et les ridicules s'opposent d'une façon si lumineuse; il a une justesse et une
actitude dans l'expression, où les trouvailles les plus inattendues nous paraissent si naturelles ; il a une spontanéité et un élan dans les mots de nature: « sans dot »,
le pauvre homme » et bien d'autres, où les cœurs et les esprits se trahissent avec tant d'énergique et naïve franchise; il a, en un mot, un naturel plein de vie, dramatique \