‹ MolièreChapitre 14 sur 34 · MÈRES ET BELLES-MÈRES. H · texte numérisé non relu

MÈRES ET BELLES-MÈRES. H

]'a plus réclamée. Point de mère ni dans le Mariage force, ni dans Y Amour médecin. L'avare Harpagon est veuf et seul chargé du soin de sa fille et de son fils. On sait comme il s'en acquitte. Restent Philaminte, Madame Jourdain, Madame de Sotenville, et comme renfort Madame Pernelle.

Cette rareté des personnages 'de mères s'expiiquet-elle par l'histoire même de Molière, son enfance sitôt orpheline, son prompt éloignement du toit paternel, sa vie errante, hors dss relations de famille, dans un monde à part? Il est possible. Peut-être aussi a-t-il hésité à diriger la censure sur ces êtres respectés, et, fils pieux, détourné les yeux de ridicules et de travers qu'il répugnait à peindre.

En tout cas, Philaminte n'a pas bénéficié du système, Mère, elle ne vaut pas mieux qu'épouse : aussi peu sympathique dans l'un que dans l'autre rôle.

Elle a deux filles en âge d'être mariées, Armande et Henriette. Toutes deux sont douées d'une vivacité d'esprit surprenante. Par quel mystère diffèrent-elles à ce point d'humeur et de langage ? Pourquoi l'une a-t-eîle tout ce qu'il faut pour se faire aimer, tandis que l'autre décourage et déconcerte l'amour ? Molière ne jette aucune lumière sur ce côté intéressant de sa thèse. Ce qui est certain, c'est que l'aimable Henriette est plus près du cœur de Chrysale ; Armande, toute dans l'affection de sa mère. Cela est naturel : Armande, vivant portrait de Philaminte, est, comme elle, éprise de science et de bel esprit ; elle admire ïrissotin et ses bille vesées, bat des mains aux statuts de la fameuse académie, fait écho à sa mère et ne le cède qu'à sa tante Bélise, laquelle, grâce au privilège de l'âge, a pris une telle avance sur le chemin de la folie romanesque et précieuse, qu'il faudra quelques années encore pour qu'Armande puisse la rejoindre; mais cela viendra.

Quant à Henriette, qu'est-elle aux yeux de sa mère? Simplement une sotte. Sa pudeur sur les choses de la science ? Sottise. Son silence au milieu des doc(<1^

assemblées ? Sottise. Sa répugnance pour Vadius et Trissotin? Sottise. PhiLaminte le lui fait bien voir. Mère impérieuse autant qu'épouse autoritaire, elle a décrété, d'emblée, qu'Henriette épouserait Trissotin : rien ne l'en fera démordre. La jeune fille aime Clitandre : bagatelle. Clitandre est un cœur d'or, un esprit élevé, de tout point un galant homme : il n'importe. Chrysale s'intéresse à leur amour ; il est ami d'enfance du père de Clitandre, il aime d'avance son futur gendre : raison de plus. Nous avons vu avec quelle hauteur elle impose l'homme de son choix.

Avec quelle roideur encore elle donne à Henriette qui s'esquive l'ordre de demeurer à la séance littéraire et académique du troisième acte !

Un peu plus tard, à l'arrivée de Yadius, nouvelle tentative d'Henriette pour s'évader, nouveau rappel à l'ordre dur et tranchant : c'estun gendarme que cette mère.

Henriette est d'ailleurs parfaitement oubliée de Philaminte durant toute la séance. Mais elle ne perd rien pour attendre. Yadius une fois expulsé de la manière qu'on sait, Philaminte signifie à sa fille, de sa façon roide et péremptoire, qu'elle ait à épouser Trissotin, et des menaces du couvent suivent de près ces engageantes ouvertures.

La mère et la fille ne se retrouvent plus en présence que par-devant notaire, à la scène du contrat dont on sait la conclusion. Jusqu'au bout , Philaminte est restée aussi étrangère que possible au sentiment maternel. Le dépit du lâche abandon de Trissotin la fait changer d'opinion ; l'affection pour Henriette n'y entre pour rien. Le bel esprit lui a gâté la cervelle : joint à l'orgueil et à la dureté naturelle, il lui a desséché le cœur. Et c'est ainsi que Molière s'applique à montrer constamment les ravages qu'exercent une manie, un vice, un ridicule sur l'ensemble de nos sentiments et de nos affections. En cela consiste la moralité de son théâtre.

Et que dirons-nous de madame Pernelle ? La bonne

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