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MÉDECINS. 1!W

Lisette. Clitandre expose ses ressources : « Monsieur, mes remèdes sont différents de ceux des autres. Ils ont l'émétique , les saignées, les médecines et les lavements; moi, je guéris par des paroles,, par des sons, par des lettres, par des talismans, et par des anneaux constellés. s> Il invoque même la physiognomonie et la chiromancie.

Le Médecin malgré lui a moins de portée que Y Amour médecin. Molière, qui, dans les Précieuses, a fait d'un valet un marquis bel esprit, use du même procédé de travestissement bouffon pour changer un fagotier en médecin. Il nous donne la parodie, la charge extrêmement grossie des ridicules et des prétentions finement censurées dans la consultation des quatre docteurs véritables.

Il revient à la réalité suivie de très près dans Pourceaugnac, où la scène des deux médecins semble absolument rédigée sous la dictée d'un confrère. Elle put l'être en effet. Molière avait fait amitié avec le docteur Mauvillain, esprit original, qui nourrissait des griefs contre la Faculté, dont il fut exclu deux fois, bien qu'elle finit par l'élire pour doyen. C'est de lui qu'il disait à Louis XIV : « Nous causons ensemble ; il m'ordonne des remèdes, je ne les fais pas, et je guéris. »

Molière, qui dut étudier la physiologie avec Gassendi, cette science n'étant pas, comme elle le fut plus tard, séparée de la philosophie, Molière n'eut cependant pu s'y enfoncer si avant et en parler avec une précision de termes si complète sans recourir aux lumières d'un docteur. Mauvillain doit être pour sa part dans cette guerre sans pitié faite à la médecine, et dont la plus vive manifestation éclate dans le Malade imaginaire.

Ici le spectacle est double : d'un côté les hommes de l'art, de l'autre leur victime. Notez que tout ce monde y va de bonne foi et joue fort sérieusement son rôle. Argan est convaincu de l'efficacité des remèdes autant que de sa maladie. On est mal venu à lui dire qu'il a le visage d'un homme sain, et c'est lui manquer de res-

pcct que de révoquer en doute le pouvoir détersif, lénifiant et dulcitiant des clystères dont l'abreuvent M . Purgon et son acolyte M. Fleurant. C'est un dévot de la médecine, comme don Juan en est l'impie. Comme tout dévot, Argan a des scrupules et se pose des cas de conscience : « M. Purgon m'a dit de me promener le matin dans ma chambre, douze allées et douze venues; mais j'ai oublié de lui demander si c'est en long ou en large. » Et encore : « Monsieur, combien est-ce qu'il faut mettre de grains de sel dans un œuf? »

D'autre part, quel sérieux solennel dans ces doctes ignorants mis en scène sous la robe de docteur ! Ils sont trois, M. Purgon et les deux Diafoirus père et fils. Thomas, le fils, est la preuve vivante de ce que produit, en matière de pédanterie, l'art aidé de la nature. Le voici dépeint par son propre père : « Tous ceux qui le voient en parlent comme d'un garçon qui n'a point de méchanceté. Il n'ajamaiseu l'imagination bien vive, ni ce feu d'esprit qu'on remarque dans quelques-uns. » Mais une bonne «judiciaire. » Ses antécédents ? «Lorsqu'il était petit, on le voyait toujours doux, paisible et taciturne, ne disant jamais mot, et ne jouant jamais à tous ces petits jeux qu'on appelle enfantins. On eut toutes les peines du monde à lui apprendre à lire, et il avait neuf ans qu'il ne connaissait pas encore ses lettres. » Cette lenteur d'esprit l'accompagne au collège et dans toutes ses études. « Enfin, à force de battre le fer, il en est venu glorieusement à avoir ses licences. » Et quel usage il en fait! assidu aux disputes de l'école, aux argumentations pour le doctorat, « il s'y est rendu redoutable. » Argumentateur à outrance, « il est fort comme un Turc sur ses principes, ne démord jamais de son opinion, et poursuit un raisonnement jusque dans les derniers recoins de la logique. » Enfin, dernier trait de mœurs, qui ravi! son père et le fait pleurer de tendresse, le respect des anciens : « Mais sur toute chose, ce qui me plaît en lui, et en quoi il suit mon exemple, c'est qu'il s'attache aveuglément aux opi-

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