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MÉDECINS

nions de nos anciens, et que jamais Un a voulu comprendre ni écouter les raisons et les expériences des prétendues découvertes de notre siècle, touchant la circulation du sang, et autres opinions de même farine. » Voilà le joli garçon auquel Argan veut marier sa fille. Xous avons entendu son premier compliment à Angélique. La belle marque de galanterie qu'il y ajoute, c'est de l'inviter à venir voir, un de ces jours, la dissection d'une femme, « sur quoi, dit-il, je dois raisonner. » En attendant, Argan, qui ne perd pas une si bonne occasion de consulter, requiert les deux médecins de l'examiner. La scène remet dans tout son jour les ridicules exposés plus haut dans la consultation des quatre docteurs : c'est un ingénieux duplicata.

Quant à M. Purgon, leur ancien, il se montre praticien prodigue de médecines et de clvstères, ayant ordonné en un mois huit des unes et douze des autres (1). C'est, de plus, un médecin despote, emporté, et qui n'entend pas que le patient se dérobe aune seule de ses ordonnances. Aussi fait-il un beau tapage pour un seul petit clystère simplement ajourné.

Puisque vous vous êtes déclaré rebelle aux remèdes que je vous ordonnais, j'ai à vous dire que je vous abandonne à votre mauvaise constitution, à l'intempérie de vos entrailles, à la corruption de votre sang, à Tàcreté de votre bile, et à la féculence de vos humeurs. Et je veux qu'avant qu'il soit quatre jours vous deveniez dans un état incurable, Que vous tombiez dans la bradypepsie. — Monsieur Purgon ! — De la bradypepsie dans la dyspepsie. — Monsieur Purgon ! — De la dyspepsie dans l'apepsie. — Monsieur Purgon ! — Del'apepsie dans la lienterie. — Monsieur Purgon ! — De la lienterie dans la dysenterie. — MonsieurPurgon ! — De la dysenterie

(t) Même débauche de remèdes dans les lettres de Guy- Patin et dans le Journal de la santé du roi. Encore une fois, Molière n'invente rien. L'observation s'applique également au mémoire d'apothicaire du !•» acte. Le Moliériste en a publié un du même temps sur lequel celui de Molière semble calqué.

dans Thydropisie. — Monsieur Purgon ! — Et de l'hydropisie dans la privation de la vie. où vous aura conduit votre folie. — Ah ! mon Dieu! je suis mort.

Tout cela nous montre Molière très renseigné sur les travers des médecins ; mais sur le fond même de l'art, quelle est sa pensée ? Celle qu'il avait mise sans périphrase dans la bouche de don Juan, huit années auparavant. Béralde, le frère d'Àrgan, et le raisonneur de la pièce, développe longuement et méthodiquement l'opinion sommairement émise par don Juan :

« Vous ne croyez donc pas à la médecine » ? lui dit Argan scandalisé et stupéfait. Et Béralde lui répond que c'est € une des plus grandes folies qui soient parmi les hommes. » Ses raisons? C'est que ce les ressorts de notre machine sont des mystères jusqu'ici , où les hommes ne voient goutte, et que la nature nous a mis au-devant des yeux des voiles trop épais pour y connaître quelque chose. » Les médecins ne savent donc rien ? — «Si fait, ils savent la plupart de fort belles humanités, savent parler un beau latin, savent nommer en grec toutes les maladies, les définir et les diviser : mais pour ce qui est de les guérir, c'est ce qu'ils ne savent point du tout. » Et encore : a Toute l'excellence de leur art consiste en un pompeux galimatias, en un spécieux babil, qui nous donne des mots pour des raisons et des promesses pour des effets. » — Mais tout le monde a recours aux médecins. — Effet de la faiblesse humaine, non de la vérité de leur art. — Mais les médecins s'en servent eux-mêmes, en leurs maladies. — C'esl que Les uns jouent leur rôle jusqu'au bout, les autres sont leurs propres dupes. — Mais que faire quand on est malade ? — « Rien. Il ne faut <{ue demeurer en repos. La nature d'elle-même, quand nous la laissons faire, se tire doucement du désordre où elle est tombée. C'est notre inquiétude, c'est notre impatience qui gâte tout, » Et pour conclure , Béralde propose à son frère de le « mener voir quel-

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