‹ MolièreChapitre 28 sur 34 · PHILOSOPHES · texte numérisé non relu

PHILOSOPHES

La médecine se porte-t-elle plus mal des railleries dont le poète l'a criblée ? Non. D'une part, ces railleries ont contribué à la dépouiller de l'attirail pédantesque dont elle était environnée ; de l'autre, le fond même de la science depuis deux siècles s'est transformé. Molière revenant au jour, reconnaîtrait qu'elle est devenue de science dogmatique et traditionnelle une science d'observation. S'éclairantdes lumières de sciences nouvelles dont les contemporains de Louis XIY ne soupçonnaient pas même l'existence, elle a pénétré plus profondément dans les régions mystérieuses de la vie et de la mort, découvert des lois, reconnu des propriétés, analysé des phénomènes. Si les voiles qui couvrent la nature ne sont pas tombés tous, bon nombre ont été soulevés ou amincis, et grâce à d'illustres travaux, le jour s'est fait sur des problèmes restés sans solution. Permis à Molière de rire des prétentions d'un Guénaut, d'un des Fougerais, d'unValot ; mais les Bichat, les Claude Bernard, l'élève de Gassendi serait le premier à honorer leurs noms, et il n'aurait pas assez d'admirationpour l'œuvre si humaine et si féconde d'un Pasteur.

Après les médecins les philosophes.

Molière les a mis deux fois en scène, chaque fois avec un vif relief. C'est d'abord dans le Mariage forcé, qui est à la question philosophique ce que Y Amour médecin est à la question médicale. L'élève de Gassendi s'y montre très instruit du sujet qu'il traite. Il choisit deux types de philosophes ridicules, Pancrace et Marphurius, et conduit vers eux le consultant Sganarelle. Pancrace représente la philosophie péripatétique avec son dogmatisme absolu et tyrannique, ses catégories, et le verbiage dans lequel la scolastique moderne avait délayé la doctrine du maître. Pancrace, le bilieux Pancrace est comique par sa colère bruyante et persistante, son ardeur de dispute, ses manies, comme d'avoir une oreille pour le français, une oreille pour les langues étrangère, et enfin

son intempérance de langage, son exorbitante vanité. Maître consultant et tenu par là même à prêter l'oreille aux gens, il n'écoute que lui-même, ne parle que pour lui. répond par des formules générales et du latin à des "questions défait, atteste son manque absolu de sens pratique, et finit par exaspérer Sganarelle, au point que celuici ramasse des pierres pour lui en casser la tête, et qu'une prompte retraite le dérobe seule à une brutale exécution. Notez que Pancrace n'est aucunement ignare, ni même sauf quelques traits") farceur, comme le Médecin malgré lui. Il prouve qu'il a de la doctrine et possède ses principes. Mais il les applique mal à propos et crève de vanité professionnelle et de suffisance pédantesque.

Marphurius, au contraire, est posé, di-cret, évasif ; il représente le travers opposé qui est la conséquence du pyrrhonisme à outrance. 11 n'affirme rien, n'admet pas que les autres affirment, ne concède que des apparences, des fantômes de faits et d'opinions, procède par formules dubitatives el provisoires et Laisse Sganarelle aussi incertain et plus irrité que dans le cas précédent; car, prenant un bâton et le laissant retomber sur le dos de Marphurius, il lui administre la preuve qu'il y a des vérités positives et des réalités tangibles.

Un troisième type de philosophe est celui du Bourgeois gentilhomme. Celui-là es1 d'une moindre volée. Il suit tout uniment l'ornière pédagogique de son temps, enseigne la philosophie au cachet d'après Les programmes de l'Université, *-[ ne se fera d'affaire ni avec le Parlement ni avec les collèges. Son entrée en scène est des plus comiques. Le maître d'armes de M. Jourdain, son maître de musique et son maître de danse en sont venus aux injures, puis aux coups, touchant la précellence de leur art respectif : car tout ce monde ensei-

int est, dans Molière, querelleur en diable. Le maître de philosophie arrive donc à propos, et sa morale est de circonstance: < Hé quoi! Messieurs, faut-il s'emporter de la sorte ? Et n'avez-vous point lu le docte traité que

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