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CHAPITRE V

p.èces contemporaines du Tartufe. — Don Juan (1665) — Le Misanthrope (1666).

Il nous faut revenir en arrière et dire comment Molière employa les cinq années qui séparent la première et la troisième représentation publique du Tartufe.

Parmi les sujets en vogue, à cette époque, se trouvait celui de Don Juan, venu d'Espagne et d'Italie, et promptement acclimaté sur notre théâtre. Presque toutes les troupes de comédiens, en ce moment établies à Paris, avaient leur Don Juan ou le Festin de Pierre. Le côté surnaturel de l'action, la catastrophe finale attiraient la foule.

Molière choisit-il spontanément le sujet de Don Juan comme une revanche du Tartufe? obéit-il simplement aux instances de sa troupe en quête d'une pièce fructueuse et qui réparât le vide causé dans le répertoire par l'interdiction inopinée de Y Imposteur? C'est ce qu'il est difficile de décider. Mais le fait incontestable, c'est la parenté morale des deux compositions, et l'inlluence de la première sur la seconde.

Ici encore la question religieuse est enjeu: toutefois elle n'est pas exclusive et dominante comme dans Tartufe. Don Juan est le type du grand seigneur « méchant homme», ainsi que le définit son valet Sganarelle, et c'est « une terrible chose. » Il est débauché, trompeur et traître, brutal, sans respect de l'autorité paternelle, sans fui envers ses créanciers, et par-dessus tout

cela, athée déclaré. Ce dernier trait n'est pas celui qui prend le moins de relief dans la peinture. Le poète accepte franchement la donnée et la traite avec sa netteté et sa vigueur accoutumées. Pendant cinq actes, don Juan brave les lois humaines et les lois divines, et finalement un coup de foudre l'étend aux pieds de la statue du Commandeur.

Comment le poète eorrige-t-il la crudité de son tableau? D'abordil met en lumière une qualité de cœur de son héros, la bravoure. Don Juan est brave, et risquer sa vie est un jeu pour lui. Don Juan a pour lui encore les grâces de L'esprit, la séduction du langage: c'est une langue dorée.

Ces dons ne le rendent que plus dangereux. Qui fera contrepoids à ses vices ? qui rétablira l'équilibre de la morale si gravement compromis? C'est d'abord don Louis, père de don Juan, dont les tirades éloquentes réveillent dans toutes les mémoires un écho de la poésie cornélienne. — Mais don Louis traverse seulement l'action et ne la dirige pas: personnage épisodiqueque l'impie don Juan bafoue sans pudeur.

Le vrai moraliste de la pièce, c'est Sganarelle. Sganarelle, un valet ! un valet poltron et bas qui tremble sous le doigt du maître! C'est lui qu'inspire tout à coup une éloquence invraisemblable, c'est lui qui tient tète à cet athée, c'est lui qui enseigne et catéchise cet incrédule !

«Osez-vous bien ainsi vous jouer du Ciel, < î ne tremblezvous point de vous moquer comme vous faites des choses les plus sainte- ^ C'est bien à tous, petit ver de terre, petit mirmidon que yous êtes, c'est bien à vous à vouloir vous mêler de tourner en raillerie ce que tous les hommes révèrent? »

Certes, on ne supposera pas qu'avec le tact si fin dont il était doué, Molière n'ait pas discerné le point fragile de la conception, et le peu de crédit, l'absence d'autorité d'un Sganarelle en pareille matière. Il faut

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