CLITANDRE, HENRIETTE
Mais, puisqu'il m'est permis, je vais à votre père, Madame...
Invraisemblance peut-être nécessaire à l'art dramatique, mais d'autant plus grande ici que Clitandre est courtisan, et que la première habitude de cette classe d'hommes est de distinguer avec beaucoup de finesse, dès le premier jour qu'ils vont dans une maison, la manière dont l'autorité y est distribuée. Il est ridicule qu'il ne sache pas encore que le père est mené par le nez.
CLITANDRE
Je consens qu'une femme ait des clartés de tout : Mais je ne lui veux point la passion choquante De se rendre savante afin d'être savante ;
Si cela était exact, ces dames voudraient s'attirer le respect ou l'amour par leur science ; leur ridicule serait le désapointement de cette prétention.
CLITANDRE
Et j'àime que souvent, aux questions qu'on fait, Elle sache ignorer les choses qu'elle sait.
Fort bien. La qualité de savante détruit net la grâce, l'extermine partout. Voilà vingt-deux vers sans amour, mais non pas sans pédanterie. D'ailleurs les sentiments de Clitandre sur cet objet doivent être connus d'Henriette. Ces vingt-deux vers-là sont un morceau de satire.
CLITAKDRE
Son monsieur Trissotin me chagrine, m'assomme; Et j'enrage de voir qu'elle estime un tel homme, Qu'elle nous mette au rang des grands et beaux esprits Un benêt dont partout on siffle les écrits,
Moyen de ridiculiser Philaminte en lui montrant ce mépris qu'un public éclairé a pour son héros, et l'estime, que ce même public fait d'un autre écrivain du même genre.
CLITAXDRE
Qui fait qu'à son mérite incessamment il rit, Qu'il se sait si bon gré de tout ce qu'il écrit, Et qu'il ne voudroit pas changer sa renommée Contre tous les honneurs d'un général d'armée.
Toujours satire et pas d'amour, quoique Henriette l'eût remis sur la voie.
CLITANDRE
Que, rencontrant un homme un jour dans le Palais, Je gageai que c'étoit Trissotin en personne, Et je ris qu'en effet la gageure étoit bonne.
HEXRIETTE Quel conte !
Cette repartie a la vivacité moderne.