XII PREFACE
Ces lignes contiennent l'idée première des deux essais sur le Rire écrits par Stendhal à la date de 1823 et insérés l'un dans Racine et Shakespeare, l'autre dans les Mélanges d'art et de littérature. Ce dernier essai commence ainsi :
« Qu'est-ce que le rire ? Hobbes dit que cette convulsion des poumons et des muscles de la face est l'effet de la « vue imprévue et bien claire de notre supériorité avec un autre homme i.
J'avoue que je trouve que cette définition du Rire adoptée et défendue par Stendhal fournit à l'essai un point de départ absolument faux. Le rire peut quelquefois avoir pour origine une perception imprévue et claire de notre supériorité, mais l'effet de cette supériorité produit souvent un résultat opposé. Exemple : un gamin m'écrase^ les pieds dans la rue ; je lui frotte vigoureusement les oreilles, ma supériorité est ici incontestable et bien claire, son effet était imprévu, l'enfant ne rit pas. il pleure; je ne ris pas davantage. Les pleurs sont amenés souvent par le même effet, soit moral, soit physique, qui provoque en d'autres circonstances le rire. La chose est si vraie que Ton passe souvent pour la même cause des larmes au rire et du rire aux larmes. L'imprévu n'est pas non plus une des conditions absolues du rire. Je ris autantdu jeu de Coquelin dans les Précieuses ridicules âu]ourd'hui que ']a.dis. Quand nous allons voir Daubrayou Alice Lavigne au Palais- Royal, le rire qui accueille ces amusants artistes n'a rien d'imprévu. Je dirai plutôt que le rire a pour caractéristique la spontanéité et pour cause la perception par l'un des sens ou par l'esprit d'une chose ou d'une idée en dehors des habitudes ordinaires de la vie physique ou intellectuelle. C'est dire que les causes du rire varient non seulement suivant l'individu mais aussi suivant le pays. Je ris lorsque des sauvages font des contorsions devant leurs idoles ; ils se tordent plus encore lorsqu'ils m'aperçoivent on habit noir, avec la cravate blanche et le chapeau de soie.
Petitot est pris à parti dès le début du Discours préliminaire : « Molière est admiré sans qu'on apprécie bien toutes ses beautés. » et qu'il n'a pas cité Hobbes et son morceau :
« Serait-il indiscret, écrit Beyle, de désirer que ce sot eût le mérite de son état ? qu'il fût un compilateur exact et eût imprimé le morceau de Hobbes sur le Rire, et le discours XXXV du Spectateur, la