MOLIÈRE DÉFUNT
Un homme qui avoit accoutumé de venir dans cette ruelle, parla de la mort de Molière dont on s'étoit déjà entretenu quelques jours auparavant. Il estoit illustre de plusieurs manières, et sa réputation peut égaler celle du fameux Roscius, ce grand comédien si renommé dans Tantiquité, et qui mérita du prince des orateurs cette belle harangue qu'il récita dans le sénat pour ses interests. Le regret que le plus grand
des Roys a fait paroistre de sa mort est une marque incontestable de son mérite.
Il avoit trouvé Tart de faire voir les défauts de tout le monde, sans qu'on s'en pût offenser, et les peignoit au naturel dans les comédies qu'il composoit encore avec plus de succez qu'il ne les récitoit, quoy qu'il excelât dans l'un et dans Fautre. C'est luy qui a remis le comique dans son premier éclat ; et depuis Térence personne n'avoit pu légitimement prétendre à cet avantage. Il a le premier inventé la manière de mêler des scènes de musique et des ballets dans les comédies, et il avoit trouvé par là un nouveau secret de plaire, qui avoit esté jusqu'alors inconnu, et qui a donné lieu en France à ces fameux opéras^ qui font aujourd'huy tant de bruit, et dont la magnificence des spectacles n'empêche pas qu'on ne le regrette tous les jours.
J'eus à peine achevé de parler du mérite de cet auteur, qu'une personne de la compagnie tira quelques pièces de vers qui regardoient cet illustre défunt.
Plusieurs en lurent haut, et les autres bas. Voicy ce qui fut entendu de toute la compagnie.