PREFACE IX
l'écrivain , soit doublé du chrétien , je dirais presque du théologien.
Nourrie, en effet, du Verbe divin, la théologie le commente , l'explique , le développe avec cette enviable indépendance que limite seulement la voix infaillible de l'Eglise. Quelle ressource pour dilater le cœur et la pensée! Et qu'est-ce que le Dieu théorique de Descartes pour alimenter mon esprit, pour m'aider à donner un corps à la vérité, auprès de ce Dieu qui s'est fait homme, et dont je vois les traits, la vie, l'agonie, la mort, la triomphante résurrection? Ce Dieu de la croix, le théologien qui l'étudié ne l'aimerait pas? il ne saurait le faire aimer? Ecrivain de génie, il ne saurait le faire vivre et palpiter? J'en prends à témoin saint Thomas, le métaphysicien de l'Eucharistie, et dont l'amour cherchait la vérité dans les traits de Dieu crucifié. J'en prends à témoin saint Augustin qui plongea si avant son regard dans les insondables mystères de la foi. A-t-il, pour cela, rien perdu des qualités extérieures de son génie? C'est un poète. Mais quedis-je? Le Dante a-t-il rien perdu de la magie de son style, pour avoir célébré, en s'inspirant de la théologie, le ciel, le purgatoire, l'enfer? Corneille n'esl-il plus Corneille, quand il peint et définit la grâce dans Po/j/^icte.'Bossuet