‹ Molière; la critique idéale et catholiqueChapitre 7 sur 36 · VI K I)K MO LIÉ H F · texte numérisé non relu

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chrétien, si elle vivait en nos temps heureux, devrait pour se parfaire, entrer dans un lycée de jeunes filles , et Molière a contribué à les ouvrir.

Poursuivons. Qu'est-ce que Georges Dandin? Un homme de la campigne qui a eu le malheur, étant riche, de vouloir s'élever jusqu'à la fille d'un noble devenu pauvre. Il est trompé par sa traîtresse de femme , mais d'une si comique façon que nous ne pouvons ne point rire , au moins du bout des lèvres , tant l'impure Angélique a d'esprit et de désinvolture, tant son époux, mis adroitement à la porte de chez lui, par la vraie coupable , et convaincu de passer la nuit , on ne sait où, a de lamentations grotesques. Finalement , Georges Dandin ne peut rentrer dans sa propre demeure qu'après avoir demandé pardon à ses beaux-parents, les plus ridicules gens du monde, et à sa femme adultère.

Quand le but de Molière aurait été honnête , l'impression dernière ne l'est pas ; car cette femme intéresse notre nature , plus que son triste mari, déjà vieux, assez sot, linement dupé, et comiquement humilié. Sous un faux semblant de morale , la concupiscence a tous les profits dans cette comédie où sont joués les droits du mariage, où l'on pardonne tout à l'esprit.

Et le Médecin malgré lui ? Que dire de ce Sganarelle , fait médecin, contre son gré, par une vengeance très naturelle de sa femme , et qui aide je ne sais quel amoureux de théâtre à tromper l'autorité paternelle , à voir celle qu'il aime , en se revêtant des fausses apparences d'un pharmacien appelé à soigner une malade qui ne l'est point? Sur ce fond dégoûtant l'auteur a brodé force plaisanteries obscènes; et, sous prétexte que Molière a parfaitement imité la nature, de siècle en siècle , jusqu'aujourd'hui, nous applaudissons. Que notre comique ait fait parler à chacun le langage de son état ou de sa condition, rien n'est plus vrai. Ce qui est encore plus exact, c'est que son génie a fait servir notre gaieté française à rendre l'immoralité immortelle.

Il nous faut parler, ne fût-ce qu'en passant, du Mariage forcé. Un vieux célibataire, riche, et c'est là son seul mérite, Sganarelle , en un mot, s'avise d'aimer une jeune fille, Dorimène, qui ne demande pas mieux que de Tépouser. Celle-ci n'est pas muette, comme sa voisine du Médecin malgré lui; au contrtiire, elle est franche jusqu'à Timpudence et console son véritable amant, coram populo y en lui faisant savoir qu'elle l'épousera avec les écus du vieux, une

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fois trépassé , « car il n'en a pas pour six mois dans le ventre. » Le vieux qui a conçu , mais trop tard , certains doutes sur la vertu do sa fiancée, hésite et recule; il voudrait bien éviter l'autel du mariage , qui lui semble devoir être celui de son sacrifice. Il n'est plus temps, un spadassin s'avance, Alcidas, le frère de la jeune première, qui annonce à Sginarelle , en relevant les crocs de sa moustache, qu'il faut ou épouser ou se battre. L'ancien amoureux, qui n'est pas brave, épouse. II ne se battra pas. Puisse-t-il n'être que battu ! Je vous fais grâce des détails. Le fond est grossier ; de l'esprit il y en a. Quand il serait toujours lin , il ferait penser à un point de Venise sur une soie fripée.

Pour VAmour médecin , un père dupé , (l'éternel Sganarelle), sa fille Lucinde qui le trompe, de concert avec son amant Clitandre, deux médecins, dont l'un bredouille et dont l'autre bégaie, en font tous les frais. J'oubliais une certaine Lisette qui joue un rôle prépondérant. Elle soutient les droits de l'amour contre les droits paternels; sa morale facile, sous les dehors charmants de la franchise, fait le bonheur de Lucinde. Lucinde est guérie, les médecins moqués, Sganarelle aussi.

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Quelques lignes , pour finir, sur Don Juan ou le Festin de Pierre. Ce Don Juan est un athée élégant, spirituel, héroïque, gai et franc, beaucoup plus Fiançais qu'Espagnol, un aimable libertin, qui nous fait rire aux dépens de la vertu, de l'honnêteté, de l'innocence et de la foi conjugale. II s'élève du haut de son libertinage, contre l'hypocrisie des dévots , insulte même la mort et Dieu , par un excès de courage que nous sommes bien près d'admirer, et tombe dans les flammes de l'enfer, sans que nous soyons bien émus d'un châtiment artificiel et convenu d'avance. Si Sganarelle tient le parti de la vertu et du ciel contre l'athéisme de son maître, c'est pour les tourner en moquerie , tant Molière l'a fait poltron, grotesque et ridicule. Ce même Don Juan, qui nous fait , ou peu s'en faut, aimer le mal et rire du bien (l), ne donne pas, dans une scène

(1) M. Despois, ancien professeur de rUoiversité de l'Etat , mort en 1876, et dont l'enterrement fut laïque, témoigne ainsi contre le Don Juan et Molière :

.... « Ce qui fut regardé comme plus scandaleux encore, ce fut l'athéisme, marqué en traits audacieux. La comédie ne semblait pas faite pour des peintures si fortes. On se demanda si, dans son irritation contre l'intolérance relig'euse, l'auteum'en était pas venu à se jouer de toute croyance en Dieu Que ne s'était-il conteuté de nous montrer, comme Tirso de Molina, un libertin frivole, qui demeure, au fond , comme tout Espagnol , un croyant, un catholique,

fameuse, ;\ un pauvre qu'il voudrait forcer à blasphémer, la charité pour l'amour du vrai Dieu qu'il méprise , mais pour Tamour d'un nouveau Dieu , l'humanité. Et cependant Don Juan nous plaît quand môme. Il devance 1789, et connaît trop bien les droits de l'homme, pour ne pas fouler aux pieds les droits de Dieu. Ces droits eux-mêmes de Dieu, si la Révolution les a méconnus, c'est que les révolutionnaires du passé, Molière ou d'autres, avaient préparé son avènement, depuis de longues années, et consommé son éducation impie, avant le jour de sa royauté. Dans celte vue rapide de plusieurs comédies, où Thonnêtclé apparente d'une fin morale cache l'impiété du fond, ce qui domine trop souvent pour l'observateur, c'est l'éloge grossier de la nature mauvaise; ce qui devait répugner au grand nombre, c'est l'ordure de la plaisanterie. Celte courte élude suffira, je l'espère, à faire connaître jusqu'où a pu s'abaisser quelquefois

et qui ofîense la religion sans la nier? Oa ne pouvait nier, non pins, que dans la catastrophe, l'impé ilence de Dca Juan, plus altière encore chez Molière, ne laissât une impression de grandeur sauvage , qui pouvait paraître dangereuse ; et que , sous le feu céleste qui l'écrase, ce Promélliée à la perruque blonde n'eût le regard trop ferme pour ne donner aucun doute sur l'effet cbeiché par l'auteur.

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l'espritde Molière humilié par Epicure et Lucrèce, sali par le commerce impur de certaines actrices, découragé par l'alliance insensée d'Armande- Grésinde Béjart, que la postérité a nommée justement la Béjart ! Sur la tombe de sa victime on aurait pu graver ces paroles de Molière lui-même àRohautl'un de ses amis! « Je fus le plus malheureux des hommes, et je n'eus que ce que je méritais. » — L'Académie lui avait fermé ses portes, pendant sa vie d'acteur, comme l'Eglise lui ferma les siennes , après sa mort.

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