‹ Molière; la critique idéale et catholiqueChapitre 8 sur 36 · DEUXIÈME COURS · texte numérisé non relu

DEUXIÈME COURS

Les Précieuses ridicules.

Le bonhomme Gorgibus a une filUe, Madelon , et une nièce, Cathos. Il les veut marier à deux honnêtes prétendants, Du Croisy et La Grange. Les deux minaudières ont l'air de donner la préférence au marquis Mascarille et au vicomte Jodclet, qui sont des valets déguisés par la vengeance des prétendants éliminés. Leurs maîtres les font battre , sous leurs yeux , par des spadassins, et sous les yeux des précieuses elles-mêmes , confuses et punies. C'est dans la maison de Gorgibus que se passe l'action.

Mais d'abord, qu'est-ce qu'une précieuse? Imnginez une boîte à bijoux dont vous voulez faire connaître les merveilles à quelque visiteur ou visiteuse. Avec quelles précautions vous l'ouvrez ! Avec quel soin délicat vous en faites sortir l'objet précieux, diamant, rubis, or ciselé, que vous proposez h l'admiration! Ainsi

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d'une personne précieuse; elle semble sortir d'une boîte à bijoux. Son pas , sa démarche , son attitude, sa physionomie, son œil, son sourire, sa coiffure môme, et le pli de sa robe, tout est composé, compassé, raffiné, subtilisé. Que votre rire, devant elle, ne dépasse pas la mesure exquise du bout des lèvres , si vous ne voulez point voir ses sourcils froncés se rapprocher d'un air majestueux et sévère, et sa bouche renforcer le courroux dédaigneux de son regard.

Une variété de la précieuse , c'est la précieuse littéraire ainsi nommée à Paris, et pecque en province (1), toujours ridicule, en province comme à Paris. Molière prétendit cependant n'avoir voulu peindre et « berner » que les « mauvais singes » d'une excellente chose. Mais personne ne s'y trompa, ni Ménage, ni Scudéri, ni sa sœur Madeleine, ni son platonique ami, M. Pellisson, qui assistaient à la représentation avec bien d'autres fidèles d'une Ecole frappée à mort, en un clin d'œil , à la lumière des chandelles du théâtre.

(1) Chapelle et Bacbaumont, dans leur Voyage, nous font assister à une conversation ridicule des Précieuses de Montpellier.

Un homme du parterre cria-t-il de sa place à l'acteur : « Courage 1 Molière, voilà la bonne comédie » ? La foule a de ces inspirations soudaines. Mais peu nous importe. Il fallut, et rien n'est plus certain, « brûler ce qu'on avait adoré, adorer ce qu'on avait brûlé. » Le roman était fini, ou plutôt il allait subir une nouvelle transformation. C'en était fait de la carte du royaume d'Amour, du fin du fin, du fleuve d'Inclination, de la mer d'Inimitié, du lac d'Indiff*érence , du village de Billets-Galants, du hameau de Billets-Doux, du châlcau de Petits- Soins qu'il fallait traverser, assiéger, prendre ou forcer , avant d'arriver devant la ville de Tendre , et de s'y consumer en longs efforts pour la conquérir. La Clélie, Cijrus, Ciéopâtre, ne tardèrent pas à tomber dans l'oubli , et à s'ensevelir dans la poussière des bibliothèques. Le roman toutefois ne se désintéressa pas du cœur humain ni de l'amour; il prit un air nouveau et plus simple en apparence , avec M™^ de Lafayette , auteur de La Princesse de Clèves, Son livre est une étude trop délicate de la passion de l'amour. Le style en est sobre, les descriptions de la campagne y sont rares, courtes, avec des traits bien choisis. On a eu

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tort de dire absolument que le grand siècle , absorbé dans l'étude de l'âme, avait oublié la nature. Jamais ouvrage ne fut plus loué, même de notre temps, que La Princesse de Clèves. « C'est du Corneille , » a-t-on dit. Résumons et voyons :

Une jeune personne, c'est la princesse de Clèves, inspirée par la sagesse d'une mère positive , épouse un homme admirable , riche et bien doué, pour lequel elle n'a senti que de l'indifférence. A peine mariée , le commerce de la cour lui présente , dans la personne d'un certain duc de Nemours , l'idéal de son cœur. Je passe les détails. Tout ce que la passion a de satanique délicatesse, Nemours séduit l'emploie pour séduire la princesse. Elle n'est pas coupable au sens vulgaire du mot; mais Nemours a son cœur, et sou mari ne l'a pas. Effrayée, elle se décide, un jour, à se jeter à ses pieds, en lui faisant l'aveu de ce qu'elle éprouve. L'époux généreux n'a que de l'indulgence pour le martyre de sa femme; mais il meurt de chagrin. Sa veuve refuoe d'épouser Nemours et se retire dans un cloître.

« Voilà qui est cornélien, dit la critique agenouillée devant la passion ; elle pouvait

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rpouser Nemours, elle ne l'a pas fait! « Quoi! celle femme ne devail-elle pas, en vraie chrétienne, repousser, dès l'abord, par la prière, les premières insinuations de l'amour? Elle a fait de son mari une victime, en somme, et parce qu'elle n'a point épousé celui que j'appellerais volontiers un meurtrier, vous la trouvez admirable ! — La Clélie a immortalisé le ridicule littéraire de son auteur; elle a pu chasser l'insomnie, elle n'a tué personne. Mais CCS psychologiques finesses et délicatesses de l'amour dont nous n'avons que faire, oi!i M'"" de Lafayctte nous initie, sous un air de vertu, me font l'effet d'un poison délicieux et mortel.

Malgré tout, ce livre un peu monotone, intéressant et fin, avec son air aristocratique et langoureux, sera lu plus d'une fois encore , et son faux brillant me fait songer à ces lueurs phosphorescentes qui sillonnent l'abîme de l'Océan, pendant les belles nuits d'été. — Mais celte digresï.ion ne nous a pas tellement éloignés des précieuses. Revenons à celles de Molière.

Rien de moins précieux que Gorgibus , père de Madelon, oncle de Cathos :

4f) MOLIÈRE

« Où sont VOS maîtresses?

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