‹ MoliereChapitre 33 sur 253 · SCÈNE PREMIÈRE PHILINTE, ALCESTE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE PHILINTE, ALCESTE

PHILINTE

Qu'est-ce donc? Qu'avez-vous?

ALCESTE

Laissez-moi, je vous prie.

PHILINTE

Mais encor, dites-moi, quelle bizarrerie...

Laisez-moi là, vous dis-je, et courez vous cacher.

PHILINTE

Mais on entend les gens au moins sans se fâcher.

ALCESTE

Moi, je veux me fâcher, et ne veux point entendre.

PHILINTE

Dans vos brusques chagrins je ne puis vous comprendre, Et quoique amis enfin, je suis tout des premiers....

ALCESTE

Moi, votre ami? Rayez cela de vos papiers.

J'ai fait jusques ici profession de l'être;

Mais après ce qu'en vous je viens de voir paroître,

Je VOUS déclare net que je ne le suis plus,

Et ne veux nulle place en des cœurs corrompus.

PIIILINTE.

Je suis donc bien coupable, Alceste, à votre compte?

ALCESTE

Allez, vous devriez mourir de pure honte;

Une telle action ne sauroit s'excuser.

Et tout homme d'honneur s'en doit scandaliser.

Je vous vois accabler un homme de caresses ,

Et témoigner pour lui les dernières tendresses;

De protestations , d'offres et de serments ,

Vous chargez la fureur de vos embrassements;

Et quand je vous demande après quel est cet homme,

A peine pouvez-vous dire comme il se nomme :

Votre chaleur pour lui tombe en vous séparant.

Et vous me le traitez, à moi, d'indifférent.

Morbleu! c'est une chose indigne, lâche, infâme.

De s'abaisser ainsi jusqu'à trahir son âme;

Et si, par un malheur, j'en avois fait autant.

Je m'irois, de regret, pendre tout à l'instant.

,-'■ PHILINTE

JejBfèvois pas, pour moi, que le cas soit pendable, Et je vous supplierai d'avoir pour agréable / Que je me fasse un peu grâce sur votre arrêt, / Et ne me pende pas pour cela, s'il vous plaît.

/ ALCESTE

Que la plaisanterie est de mauvaise grâce !

PHILINTE

Mais, sérieusement, que voulez-vous qu'on fasse?

ALCESTE

Je veux qu'on soit sincère, et qu'en homme d'honneur, On ne lâche aucun mot qui ne parte du cœur.

PHILINTE

Lorsqu'un homme vous vient embrasser avec joie. Il faut bien le payer de la même monnoie,

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Mademoiselle MARS

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