AUX DAVIS
Belles, TOUS direz en ce jour, Si vos seotimeDts sont les nôtres.
Qu'être yainqaear du graod Soyecourt C'est être vainqueur de dix autres.
QuinauU (Jean-Baptiste Maurice], de la Comédie-Française, refit la musique du quatrième et du cinquième intermède lors de la reprise do la Princesse cFÉlide, en janvier 1722. Le samedi 14 février, les musiciens du roi, les acteurs de rOpéra, se joignirent à ceux de la Comédie-Française pour représenter ce mélodrame sur Timmense théâtre des Tuileries.
La PriTKme (PÉlide, opéra-ballet de Pellegrin, calqué sur la pièce de Molière, musique par de Villeneuve, parut, six ans après, le 20 juillet 1728, sur la scène de l'Opéra.
Guérin d'Estriché, fils du second mari de Grésinde Béjart, veuve de Molière, avait fait représenter à Nantes, en 1688, Méiicerte, pastorale de Molière, qu'il avait ajustée en livret d*un opéra dont la musique était de sa composition.
M. de Vertron, maître d'holel du roi Louis XV, que sa majesté venait de nommer ambassadeur en Moscovie, ayant à son service deux Allemands fort habiles sur la trompe ou cor de chassp, voulut bien permettre qu'on les fît entendre au public. Coypel écrivit une pièce : les Amours à la chasse, imitation de la Princesse cCÉlidey pour amener dramatiquement cette nouveauté musicale sur le théâtre de la Comédie* Italienne: 10 juillet 171 8.
Une comédie, une tragédie doivent marcher gracieusement, avec ér)ergie et d'aplomb sur leurs cinq pieds. 11 faut que l'œuvre soit entière, complète, de là dépend son existence d'abord et sa durée ensuite. C'est le vase de cristal avec soin travaillé; si les auditeurs mécontents le font tomber à terre, il se brise ; ses morceaux ne servent à rien, tout est fracassé, détruit, c*est à recommencer. Une belle exposition, une scène admirable, un récit plein de chnleur^ un dénouement parfait, ou bien un acte excellent d'un bout à l'autre, ne
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sauveront pas un drame dont le public aura condamné les autres parties. Quelquefois un très beau rôle, qu'un acteur du premier rang affectionnera, rôle qui doitameneren scène, à chaque instant, le virtuose favori, fait remettre en lumière un drame abandonné, comète qui disparaîtra bientôt pour ne revenir qu'à de longs ioiervalies, et peut-être jamais. Didon, Béréniee^ Ariane, Médée, Nicomàde, UÈêuei, C Obstacle, le MéchatUf l'Homme à bowrm Fortunes, l*ÉeoU des Bourgeois, le Glorieux, kSédueteurfQicsoai rangés dans cette catégorie.
Les écrivains qui se sont embarqués sur la mer orageuse du théâtre, n'ont jajnais sauvé du naufrage que des unités complètes; les fragments admirés, les détails applaudis, sont restés sur le champ de bataille; et si quelques rhéteurs les (Hit cités ou reproduits en abrégé» si les colligeurs les ont insérés en entier dans des recueils à Fusage des écoliers, ces débris n'en seront guère pluscoonus» ils n'auront fait que changer de sépulcre. C'est reiécution, la mise en scène qui seule peut donner acte de Texistence d'une œuvre dramatique. Il n'est pas de plus cruel abréviateur que le Répertoire du Théâtre-Français, de trois cents volumes il en fait trois ; ne conservant que la Mélromaim, Venceslas, Manlius, le Phi-- Unie de Molière^ le Vieux CéHboàaÀre, k$ Riitaux d'euxmêmes, etc., etc. , unités choisies dans les ouvrages de cent auteurs, ayant produit chacun plusieurs douzaines de pièces.
Un opéra meurt rarement tout entier. On peut le rayer du répertoire , le séquestrer dans les cartons des bibliothèques pendant un siècle, il ne cessera pas de vivre dans la mémoire des amateurs et même du populaire , si quelque fragment notable, que dis-je ? un couplet, une ritournelle s'y fait remarquer. Si les chanteurs do salons , de cafés, ont négligé de recueillir ces opuscules vagabonds, le vaudeville s'en est emparé, la Clé du cUveau nous les montrera notés, quelquefois de travers et non pas tout à fait méconnaissables. Les musiciens, les acteurs à flonflons ne connaissent point l'origine de ces vieilleries, souvent très originales , qu'ils exécutent ; mais quelque renard de l'ancien temps assistera parfois à
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leurs exercices ; et , comme Leporello , dans le dernier acte de DmJuMj il tour soufflera :— Menuet de DuCaurroy, lS70; Bilournelle d'un choeur d7m, de Lulli, 1676; GavoUe do Coronis, de Gervais, 1693 ; Air de Campra, de Mouret , de Rameau, de Du Fresny, d'Albanese, de Haydn, de Paîsiello, de Sacchini, de Beaumarchais, etc. » Croyez que plusieurs en garderont le souvenir.
Des musiciens de notre temps, craignant sans doute que ces perles, ensevelies dans une infinité de partitions délaissées, ne se perdissent enfin, ont eu soin de les exhumer, de les montera neuf, en les introduisant dans leurs opéras. Vous avez retrouvé dans rAmani jaloux une romance délicieuse que la Juive , ou son père Ëléazar, avait déjà mise à Tabri des iiyures du temps. L'anathème lancé par Bonzi, le cardinal» dans le même opéra, se trouvait déjà noté dans le sublime duo de la Fosse, du second acte du FideUo de Beethoven. Le duo spirituellement grotesque des bassons de la scène d'évocation de Robert le Diable aurait été perdu , poar les Français du moins, ai Meyerbeer n'avait eu Theureuse idée de remprunter au Docteur et C Apothicaire ^ opéra bouifon de DittersdorI, 1786. Ualtegro du trio du Barbier de SéoUle^ Noire écheUe e$t tonte prik^ reproduit note pour note Tair de basse que chante Simon dans te Saisons de Haydn. Dans le premier et le dernier duo de Tancredi nous rencontrerons de notables et précieux fragments de VAgnese, de la Sofonisba de Paër. Si j'entamais un peu sérieusement cette matière, et si je faisais mention de tous les coups de ch64)eau que j'adresse à mes vieilles connaissances de ce genre, je serais obligé de vous mener trop loin.
Vous voyez que les fragments d'opéras quelque minimes qu'ils soient, lorsqu'ils renferment une idée mère, ne périssent jamais; soit que le vaudeville nous les conserve en leur forme primitive , soit que la métempsycose nous les représente mutato nomme.
Le vase de cristal du poète dramatique tombe à terre, et se brise si complètement que tout est détruit. Le vase du musi-
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cien dramatique est d'une autre matière : c'est un pâté. Vou5 pouvez le fracasser, mais les truffes resteront , s'il y en a. Croyez que d'autres cuisiniers auront le nez fin, l'œil subtil^ la patte leste pour les saisir à la volée.
Des fragments admirables et de la plus haute importance, des morceaux d'un mérite reconnu , capital , d'une assez grande étendue pour former un tout, bien qu'on les ait séparés de la partition qu'ils n'ont pu sauver du naufrage, ont passé du répertoire des théâtres à celui des concerts, dont ils sont le plus bel ornement Démophon (Yogel ) , le Jeune Henri, Adrien (l), iinacr^on (Cherubini), V Hôtellerie poriugaisey en expirant sur la scène lyrique nous ont laissé leurs ouvertures; Médéef Élisa^ Lodmska (Cherubini) , Anacréon [idem)^ Uthalf Phro&ine et Mélidore , VAvberge de Bagnêres, l* Hôtellerie portugaise y etc. , leurs airs, duos, trios, quatuors, chœurs et finales. Sémiramis (Catel) nous a légué sa pyrrhique d'une rare énergie. Tous ces opéras ont disparu, l'affiche des théâtres a cessé d'en eslamper les litres, le total nous en est dénié, mais les détails sonnent victorieusement dans les grandes et les moyennes réunions musicales.
La belle et bonne musique existe encore après des siècles.
En 1837, Rossini me disait ainsi qu'à d'autres dévots écoutants : — U n'y a maintenant qu'un musicien dont l'imagination soit assez féconde, l'haleine assez longue pour accomplir l'œuvre immense d'un drame lyrique en cinq actes ; et ce musicien c'est Donizelli. D'autres, naturellement asthmatiques, pourront continuer à faire des morceaux d'un grand mérite, des fragments applaudis, mais trop clair-semés dans •une parlilion rembourrée de foin et de paille. Une partition n'est point un opéra ; cinq actes bien équipés, bien nourris,
(l) Celle ouverture, écriie par Méhul, en 1795, pour Timoléon^ Iragédie avec chœurs de Cliéiùer, fut adaptée par son auteur au drame lyrique ajant pour litre fforatiui Coclès^ et servit plus tard de prélude à Topera ù' Adrien,
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sont nécessaires pour le constituer, comme cinq points doivent être pris et marqués pour qu'une partie d'écarté soit gagnée. Si vous marquez un point aujourd'hui , un autre dans cinq ans, un troisième je ne sais quand, il est possible que cette bienheureuse partie ne soit ni gagnée ni perdue en 1899. Tel joueur de ce genre , tel musicien de cette espèce travaillera pendant toute sa vie, sans parvenir à marquer les cinq points, à compléter le nombre do morceaux acceptables et requis pour former la somme, le total exigé pour un opéra réel. Si le bon Dieu lui prête de longs jours, notre musicien, trop rarement inspiré, pourra, dans un demi-siècle, battre le tambour, faire un rappel de tous les fragments notables qui vagabondent en ses partitions » et dire avec orgueil à ses rivaux : — Enfin, j'ai terminé, complété mon opéra i »
— Maître, vous ne demandez que cinq points, dis-je alors à Hossini, je suis plus exigeant que votre seigneurie : il m'en faut six. Vos cinq actes ne doivent-ils pas être nécessairement précédés, annoncés par une belle et bonne, large et brillante ouverture ? Notez, s'il vous plaît, que nos jouteurs à courte haleine s'obstinent à ne balir que des capucinières.
— Capucinières 1 ah ! de grâce, trêve de personnalités 1 Nous parlons en général , et n'allez pas évoquer des capucins à propos de chorals et de faux-bourdons.
— Ce n'est pas du tout mon intention, et je vais le prouver, si vous me permettez d'expliquer une métaphore lancée imprudemment. Cette dissonance n'aurait pas effarouché vos oreilles, si j'avais eu soin de la préparer. Amateur passionné, fanatique dilettante, maniaque peut-être de musique, je rapporte, ramène tout à mon art favori. Le bon vin me paraît d'une excellente facture, certains ragoûts me semblent discordants, j'aime une sauce bene legaui, il me pluît d'entendre tomber les dragées sur*une assiette staccato^ a puïUa iVarco; une girouette qui tourne aigrement sur son axe me rappelle à l'instant les efforts des chercheurs iVut de poitrine; de beaux yeux ouverts sur une piquante physionomie me présentent un ensemble harmonieux ; j'admire Yallegreito con brio
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d'une jolie femme, et sollicite la faveur de pratiquer Tappogiature sur un ihèrae des plus attrayants.
» Si je vois défiler, dans un opéra-franconi, des toiles, des châssis merveilleusement peints et de riches costumes, tandis que les chanteurs et Torchestre s'accordent pour nous dJre de bruyantes bêtises, je crois assister au triomphe de Cimabue, lorsque son tableau, suivi d'un immense et noble cort^ge, où les ménétriers sonnaient à plein tuyau, raclaient h tour de bras , fût promené dans les rues de Florence, et pompeusement installé dans la plus belle église de cette ville. La peinture de Cimabue nous est restée, on l'admire encore aujourd'hui; mais a-t-on garde le moindre souvenir des ménétriers, des choristes qui bourdonnaient une musique banale auprès du tableau couronné de lauriers et chargé de guirlandes ?
» Les roulades cruellement ébréchées de M"* Stoltz représentent à mes doigts un vieux peigne privé d'un tiers de ses dents; plus d'une image romantique, exposée au Salon, déchire mes yeux comme un accord de quinte augmentée ferait mes oreilles; et je trouve dans le punch l'harmonie énergique du rum, le rhythme acéré du limon, la délicieuse mélodie du sucre. En savourant celte liqueur si bien composée, je crois avaler une musique excellente et complète : la musique de Guillaume Tell ou du Barbier deSéville. Ce prélude va me planter devant la capucinière, objet de votre surprise, et me permettre de vous exposer mon affabulation.
» Les canons de l'Église défendent expressément d'appliquer aucun des ornements de l'architecture aux couvents des moines quêteurs ; leur temple doit être sans voûte, sans tours, sans portique; et l'ensemble du monastère n'offre à l'extérieur que la forme simple, appauvrie, rustique même d'un hangar. L'humilité chrétienne de religieux ne vivant que d'aumônes a dicté ce règlement, rationel plutôt que sévère. Lorsque Brillât-Savarin voyait avec douleur un dessert sans fromage, une très jolie femme borgne se présentait à sa pensée. Lorsque l'affiche m'a promis un opéra de la plus
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grosse espèce, et que le rideau se lève après je ne sais quels brrrrrde seconds violons et de violes, dominés par quelques déchirements de trombones, qui se mêlent à des facéties en pissicalOf représentant, si Ton veut, des puces qui vont sautillanty frétillant de tous cotés; quand le rideau se lève sur cette façade misérable de hangar, certificat d'impuissance bien avérée et non d'bumilité chrétienne; lorsqu*on me refuse le portique élégamment somptueux d'un temple de Tharmonie, je me dis : — Encore une capucinière I »
» Vous comprenez maintenant mon affabulation; elle était, j'en conviens, un peu nébuleuse. La vôtre, ingénieux Rossini, est bien plus claire, quoiqu'elle se présente sous le voile de la plus candide innocence. Le mot de votre énigme est que Meyerheer travaille depuis quarante ans à la fabrication d'un opéra qu'il n'achètera de sa vie. Ai-je deviné? »
Toute l'assistance applaudit à ma glose ; Rossini se contenta de sourire. Si le dériseur spirituel et malin assistait, en 1851, à nos spectacles lyriques, persisterait-il à dire que nous avons encore des musiciens capables d'écrire des fragments, des lambeaux d'opéras?
Là, je vis l'ombre d'an cocher Qui brossait Tombre d'un carrosse, Avecque Tombre d'une brosse,
scARRON, îe Firgile travesti, lif re VI.
Je ne puis m'empécher de réciter ces vers sotte voce, a mezio tuono, lorsque j'entends les dessins d'orchestre, les arabesques de violons et de flûtes, les imitations plus ou moins canoniques , les basses prétentieuses , que nos ouvriers en musique adaptent curieusement à de prétendus motifs insipides, vulgaires, insaisissables même. Tous ces vains ornements, ces exercices de praticiens habiles, ne sauraient nous distraire de la recherche que nous faisons d*une mélodie qui se dérobe obstinément à notre attention , parce qu'elle n'existe pas dans leurs combinaisons de notes. Quel habit
somptueux, élégant pour une figure laissée en blanc sur la toile ! Quelle sauce pour un poisson absent I pour un poisson qui nage encore en pleine merl Et pourtant, s'il faut en croire certains journalistes, jamais époque ne fut plus abondante que la nôtre en chefs-d'œuvre lyriques 1 II paraît que ces ombres d'écrivains se plaisent à brosser aussi les ombres des mélodies, des pensées, des motifs, fantastiques jusqu'à ce jour, que nos faiseurs laborieusement stériles rencontreront peut-être avant la fin du siècle.