‹ Molière musicien; notes sur les œuvres de cet illustre maître, et sur les drames de Corneille, Racine, Quinault, Régnard, Montluc, Mailly, Hauteroche, Saint-Évremond, Du Fresny, Palaprat, Dancourt, Lesage, Destouches, J.-J. Rousseau, Beaumarchais, etc.; où se mêlent des considérations sur l'harmonie de la langue françaiseChapitre 40 sur 90 · DON JIAIV OU LE FESTIN DE PIERRE · texte numérisé non relu

DON JIAIV OU LE FESTIN DE PIERRE

MOLIÈRE y 1665.

// Comitato dipietra, le convié de pierre, le convié statue, la statue invitée à souper, telle est la véritable signification du titre de cette pièce italienne, la première qui fit connaître aux Parisiens le caractère et les aventures de don Juan Te- Dorio, la première qui produisit sur une scène française celle statue animée d'un effet si dramatique et si nouveau. Partie de TEspagne, la statue du commandeur Gonzalo de Uiloa devait faire le tour du monde. En imitant la tragicomédie de Tirso de Molina, les Italiens en avaient traduit correctement le second litre : il Convitato di pietra reproduisait d'une manière on ne peut plus fidèle el Combidado de pWra..Dorimon, comédien exerçant sa profession à Lyon, en 1658, voulut ^donner au théâtre de cette ville une pièce que tout Paris allait voir à sa Comédie-Italienne, la pièce favorite du public, il Convitalo di pietra^ vrai talisman, attrait irrésistible, dont il fallait s emparer au plus vite.

Dorimon traduisit à la hâte ce drame italien, et le fit représenter à Lyon avec le plus grand succès. Le Festin de Pierre au le fils crimiml^ telle fut l'annonce fautive, erronée de sa tragi-comédie, titre dans lequel Dorimon substituait le festin au convié, la statue de pierre au personnage nommé Pedroy dans la pièce italienne* Celte erreur qui nous semble grossière, manifeste, pouvait être excusée alors ; la preuve, c'est que la première réclamation élevée à ce sujet ne parut que dix-neuf ans après, dans le Mercure galant. De Visé, qui la fil, aurait dû l'accompagner des observations suivantes, il pensa peul-Ctre qu'elles seraient inutiles pour ses contemporains.

Les Français, en 1658, traduisaient encore par convdvey le mot latin conviciumy dont les Espagnols ont fait eombido^ et les Italiens conT?ito. A Vépoqtie où Dorimon écrivait, conmte «gnifiait festin et non pas cmvié^ celui que l'on invite à venir s'asseoir au festin. Convive et festin^ présentant une parfaite synonymie aux yeux des écrivains arriérés, Dorimon a pu choisir festin comme plus bref et plus harmonieux. Il s'est trompé, j'en conviens, mais son erreur était d'autant plus excusable, qu'il était plus dif&ofle de s'en garantir. On lisait d'ailleurs encore YHistoire convitale, de Poggio.

— Lycurgue dédia la petite image du Ris qui est à Lacédémone, ayant voulu entremêler le rire parmi leurs convives et autres assemblées. » Plutarque, Vie de Lycurgue^ traduction

d'Amyot.

— Ahl monsieur, ne vous fâchez point, dit Hortensius, qui n'avait pas tant bu qu'il ne reconnût bien son principal^ j'ai fait io|> un convive à quelques-uns de mes amis^ avec lesquds je m'ébaudis un peu. ..|» Charles Sorel, Francien^

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