‹ Molière musicien; notes sur les œuvres de cet illustre maître, et sur les drames de Corneille, Racine, Quinault, Régnard, Montluc, Mailly, Hauteroche, Saint-Évremond, Du Fresny, Palaprat, Dancourt, Lesage, Destouches, J.-J. Rousseau, Beaumarchais, etc.; où se mêlent des considérations sur l'harmonie de la langue françaiseChapitre 4 sur 90 · ACTE I, SCÈNE V · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE V

Avant Lulli, les instruments à souffle, que plusieurs appellent fort improprement imtruments à vent, ne faisaient point partie de l'orchestre. Lulli ne les employa qu'en chœurs séparés, ou bien en les réunissant à Tunisson aux parties des violons. Les hautbois et les trompettes doublent les \iolonsdans/sts, Armide; on peut faire la même observation en lisant IS Te Deum de Lalande. Ces trompettes, pour lesquelles Cavalli, Lulli, Lalande notaient des traits inexécutables maintenant, étaient des trompettes à trous, décrites par le père Marin Mersenne. Nos cornets à pistons les remplacent avantageusement aujourd'hui. Le solo de trompette dialoguant avec la voix dans VEritrea de Cavalli (1), bien qu'écrit en 1652, ne serait point au-dessous de l'habileté des Forestier, des Dufresne, des Arban et de leurs dignes émules.

On ne reconnaissait alors de parfaite harmonie que dans une réunion de sons homogènes. Les dessus de violon étaient accompagnés par les hautes-contre, les tailles, les quintes de violon, les basses de viole, e( plus tard par les basses de violon, dites vMoncelles, et les contre-basses de violon, que j'ai nommées violonars, depuis que les contre-basses de toutes les espèces abondent en nos orchestres. Le second cor, Tophicléide, la très-longue clarinette, etc., sonnent souvent contre la basse, et sont des contre-basses d'un genre

(l) Frodi air armi.

différent. Les hautes-contre, tailles, quintes de violon, étaient désignées sous le nom de parties, l'adjectif médiaires sousentendu. — Son amant est partie à TOpéra. » Celte phrase, que vous rencontrerez dans plus d'une farce de la foire, signifie que cet amant exécutait la partie de haute-contre, de taille ou de quinte de violon à Torchestre de TOpéra.

Comme les hautbois, les flûtes (1), les trompettes devaient être entendues par groupes séparés; on imagina de former aussi pour ces instruments une famille, en leur donnant des systèmes harmoniques complets, pareils en tout à la famille, au système du violon. Il y eut donc des dessus, des tailles, des quintes, des basses, des contre-basses de flûte (2), de hautbois, de trompette. Les instruments d'espèce différente ne sonnant jamais ensemble. On donnait un contert de violons, un concert de flûtes, de hautbois ou de trompettes, de luths ou de guitares. Les voix ne marchaient qu'avec le clavecin, les luths, les téorbes, les basses de viole dans ces réunions musicales.

Saint-Évremond, dans les Op^as,.comédie, acte II, scène 4, dit, en parlant de la Pastorale en Miisiqv£y opéra de Perrin et Cambert: — On y entendait des condferts de flûtes, ce que Ton n'avait pas entendu sur aucun théâtre depuis les Grecs

(f) Fiâtes à bec, du genre de nos flageolets. La flûte allemande ou iraversière sonoa pour la première fois à l'orchestre de 1* Académie royale de Musique, le f7 décembre 1697, dans Jssé, de Deslouches.

(9) Ces contre-basses de flûte, renflées depuis le bec jusqu'à rexlrémité de riostrument, avaient la forme et la taille d'une grosse massue. On peut en voir l'image dans les Faits et gestes de Vempereur Maximilien , page 78, planche 38.

Lorsque François I*', duc de Bretagne, fit assassiner son frère Gilles, après avoir tenté vainement de l'empoisonner, de le laisser mourir de faim, l'infortuné prince Gilles se défendit contre neuf gentilshommes qui l'attaquèrent dans sa prison. Il n'avait d'autre arme qu'une flûte assez forte pour lui servir de massue. Il succomba , mais après avoir cassé la tête d'un de ses bourreaux. 25 avril t450.

Dans la partie inférieure du tableau de Uaphaol qui représente sainte Cécile, on voit aussi des flûtes à bec de forte dimension.

et les Romains, » Les fanfares, ou pour mieux dire les symphonies de nos régiments de cavalerie sont de véritables concerts de trompettes. Leur répertoire s*est immensément agrandi, leur effet est d'un intérêt plus puissant, d'une harmonie plus riche et plus variée, leur exécution a bien plus de charme, depuis que Adolphe Sax a régénéré la famille des trompettes en donnant à chacun de ses membres des sons homogènes. Allez entendre Texcellente symphonie du neuvième régiment de dragons, quai d'Orsay ; quarante instruments de Sax y concertent merveilleusement.

En exécutant les quatuors, les quintettes de Mozart» de Beethoven, d'Onslow, les frères Tilmant» les frères Dancla, nous font entendre aujourd'hui de charmants concerts de

violons.

£e Menteur, de Pierre Gorneille, me fournit une preuve bien curieuse de la diversité des concerts de l'ancien temps. Pour ajouter encore à la magnificence de sa prétendue fête, Dorante y place tous les instruments alors en usage, mais en chœurs séparés, que l'on entend l'un après l'autre.

Comme à mes oliers amis, je veux ^ous toot coDter« J'avais pris cinq bateaux, pour mieux tout ajuster : Les quatre cootenaieot quatre chœurs de musique Capables de chanuer le plus mélaucolique. Au premier, violons ; en l'autre lutbs et voix; Des flûtes au troisième; au dernier des hautbois, Qui tour à tour en l'air poussaient des harmonies Dont on pouvait nommer les douceurs infinies.

Cependant que les eaux , les rochers et les airs Répondaient aux accents de nos quatre concerts.

En appliquant à la musique, à son exécution du moins, le verbe pousser, qui désigne un effort, nos anciens ne prévoyaient pas qu'un jour le plus grand nombre de nos chanteurs s'évertueraient à pousser leur voix avec une telle énergie, que tous ces pousseurs, poussants, deviendraient bientôt poussifs.

Dans le sixième intermède des Amants magnifiqtm, Molihre emploie le même mot dans le même sens.

Poussons à sa mémoire Des concerts si touchants , Que du haut de sa gloire Il écoule nos chants. • •

D'autres veulent faire monter leur harmonie jusqu'aux voûtes élhérées, Molière ne pousse pas Thyperbole jusqu'à ce point: il s'arrête au soleil, en plein midi, représentant naturellement Louis XIV; ou, si vous l'aimez mieux, Louis XIV représentant le soleil.

Loret, faisant la description d'une fête donnée au duc de Mantoue, par le cardinal Mazarin, le 15 septembre 1655, dit:

T compris les airs et les sons De vingt et quatre violons, Et quantité de symphonies , Dont les célestes harmonies Donnaient des plaisirs merveilleux  messeigneurs les cordons bleus.

Avec la beauté des paroles , Les voix, les luths et les violes, £t les clavecins mêmement Agirent tous divinement.

L'incomparable La Varenne

Y chanta comme une sirène

La seignore Anne, d'autre part,

A Tauditoire aussi fit part

Des merveilles dont elle enchante

Quand elle parle on qu'elle chante.

Outre quelques particuliers,

Tous gens triés et singuliers ,

Ceux de la musique royale,

Dont l'excellence est sans égale,

Tant les voix que les instruments,

Firent des accords si cli armants,

Qu'on leur devrait, comme aux Orphées,

Ériger d'éternels trophées.

Enfin Ton fil quatre concerts, Tous admirables, tous divers, Et tels que monsieur de Mantoue Y songeant tous les jours, avoue Tant autre part qu'en son hôtel, Qu*il n'ouït jamais rien de tel.

0 La Barr^, 6 charmante fille.

Qui dans le Nord maintenant brille, Là comblant de joie et d'amour.

Une heureuse et royale cour.

Et toi qui chantes comme un ange,

Mon cher Berthod (l), qu'un coup étrange

A mis en un état piteux,

11 ne manquait là que vous deux I

La réunion des violons aux instruments à souffle rendit inutiles, pour Torchestre, la plupart de ces dérivés d'une même famille. Ceux que l'on n'a pas supprimés ont acquis dans la symphonie une parfaite indépendance. On y considère le basson comme basson, et non comme basse de hautbois; le cor anglais y figure en sa qualité de cor anglais et non comme quinte de hautbois; le trombone comme trombone et non comme basse de trompette. La clarinette ne perdit rien puisqu'elle n'était pas encore venue au monde ; Donner, de Leipsick, l'inventa vers 1700. Elle est restée sans famille pendant plus d'un siècle; Adolphe Sax vient de lui donner une parenté complète : addition précieuse pour la musique militaire.

Parmi les détails donnés par la Gazette de France^ du 30 novembre 1634, sur la première représentation de la Comédie des Comédiens^ de Scudéry, faisant partie du spectacle offert à la reine, à l'Arsenal, on lit : — Le sujet de la comédie en prose fut la comédie même... Celle qui fut représentée en vers, fut la MélUe de M. Corneille, oîi vingt violons jouèrent aux intermèdes.

(0 Sopraniste artificiel.

» Entre la comédie et la farce, il y eut un concert miraculeux, par écho, de 16 luths. Celte farce fut excellente, et commença par une gentille sarabande à l'espagnole. »

— Je changeai de logis et vins demeurer en la rue de La Harpe, chez un joueur de luth, où je pris connaissance de M. Bourdelot. Cet excellent homme aimait passionnément la musique ; il venait souvent en ce logis, pour entendre les concerts de luths que l'on y faisait, » Marolles, Mémoires.

M"« de Sévigné nous fait le récit d'une fôte dont la disposition s'accorde parfaitement avec les discours du menteur Dorante, et la rimaille de Loret — Le maître du logis nous reçut dans un lieu nouvellement rebâti, le jardin de plainpied de l'hôtel de Condc (1), des jets d'eau, des cabinets, des allées en terrasses, six hautbois dans un coin, six violons dans un aufre, des flûtes douces un peu plus près, un souper enchanté, une basse de viole admirable, une lune qui fut témoin de tout. » 16 juillet 1677.

La viole était alors l'âme de tous les concerts, c'était l'instrument favori des dames de la cour de Louis XIV. On voit l>eaucoup de portraits de femme qui tiennent sur leurs genoux la viole d'amour, le par-dessus de viole dont elles jouent Des cinq espèces de viole, celle d'amour était la plus petite : un peu plus grande qu'un violon, elle n'en a pas précisément la forme. Rodolphe Kreutzer, Urhan, nous ont fait entendre des solos de viole d'amour dans le Paradis de Mahomet^ opéra comique, et les Huguenots, où Meyerbeer, toujours imitateur, a calqué sa romance de la Blanche hermine^ et son accompagnement de viole obligée, sur la délicieuse romance d'Euriante de Weber, ornée aussi de dessins exécutés par la viole. Il est juste de dire que le Sosie s'est tenu respectueusement à dix-huit cents lieues de son mo* dèle. '

On voit au Musée du Louvre un joli tableau de Nestcher, représentant une dame qui joue de la basse de viole ; à coté

(1) C'est la place que le ihéàlre de TOdéon occupe aujourd'hui^

d'elle est un jeune garçon qui tient à la main un par-dessus de viole. La sainte Cécile du Dominiquia joue de la basse de viole , et les musiciens que Paul Véronèse a placés dans son immense et superbe tableau des Nocts de Cana^ font sonner la viole bâtarde et la contre-basse de viole. Le prince Nicolas Esterhazy jouait très-bien du baryton, viole d'amour plus grave d'une octave. Haydn écrivit plus de cent cinquante morceaux de musique, où le baiyton était employé comme partie principale ; ils étaient destinés aux concerts de l'illustre amateur.

VAlmanach musical de 1783 signale encore deux maîtres de par-dessus de viole : Decaix et Doublet ; un maître de viole d'amour : Corsin ; six maîtres de mandoline, et cinq de vielle, professant à Paris.

S'il faut en croire les historiens du XVII* siècle, la viole produisait des miracles. Maugars, Hottmann, Sainte-Colombe, le père André, bénédictin, le savant Tanneguy Lefèvre, père de M"^ Dacier, Alarius, et beaucoup d'autres virtuoses du même genre, enchantaient la cour et la ville. Jean Rousseau, dans l'excès de son enthousiasme, nous dit que — si Adam avait voulu faire un instrument, il aurait fait une viole, et s'il n'en a pas fait, il est facile d*en donner les raisons ; » et l'auteur du TfuiU de la Viole (1687) se livre à ce sujet aux conjectures les plus drolatiques.

A la cour d'Henri IV, le musicien Granier, jouant devant la reine Marguerite, chantait le ténor en s'accompagnant de la contre-basse de viole; tandis qu'un page, enfermé dans l'instrument» concertait avec lui en exécutant la partie de soprane en duo. La même facétie fut renouvelée devant Louis XIY. Le comédien Raisin fit entendre un clavecin dont les sons, obtenus au moyen des cordes, accompagnaient un jeu de flûtes d'une mélodie ravissante. Ce concert eut lieu plusieurs fois sans que l'on pût deviner la cause d'un effet anssi merveilleux. Le roi voulut enfln la connaître ; Raisin ouvrit le clavecin, il en sortit un joli petit garçon» dont la voix imitait la flûte.

LE UJSNTEUK. 43

M. de Saint-Montant» chef d'une famille du Yivarais, était amateur passionné de musique; il jouait admirablement de la viole, de m6me que ses fils et ses fîlles. Vers la fm de la régence de Philippe d'Orléans, il lui survint un procès porté devant le présidial de Ntmes. Il fallut aller solliciter; et le virtuose plaideur imagina que la musique était le meilleur moyen de se concilier l'esprit de ses juges. Il part en troubadour, accompagné de ses élèves, se rend à Nîmes, voit ses juges l'un après Tautre, leur expose son affaire en quelques mots, et fait entendre iin concert de violes en manière de péroraison. Jamais avocat ne parut plus divertissant; la musique servit à merveille ces aimables solliciteurs, et le procès fut gagné.

Une contestation du même genre avait été jugée de la même manière en i686.Campra (Joseph), frère du compositeur de ce nom, dirigeait l'orchestre du théâtre lyrique de Marseille, lorsque l'entrepreneur Gaultier refusa de payer les symphonistes sous le prétexte qu'ils n'étaient point assez habiles. Ces musiciens Je firent assigner devant le tribunal compétent, et Gampra demanda qu'il leur fût permis de plaider eux-mêmes leur cause. Les juges accordèrent cette licence; armés de leurs instruments, les symphonistes se rangèrent en bataille dans la salle de l'audience, et Gampra leur fil jouer une ouverture de LuUi, dont Texécution fit tant de plaisir, que le tribunal, d'une voix unanime, condamna le directeur à payer ce qu'il devait à son orchestre. Après avoir proclamé^ce jugement digne de Salomon, le président voulut bien déroger à sa gravité de magistrat, et se permettre cette innocente plaisanterie : — Huissier, appelez une autre cause, vous voyez bien que les parties sont d'accord, jd

PHILOCLiON.

— Si le comédien OEagre est cité devant le tribunal , il faat qa*il amnse les juges en leur récitant quelque tirade harmonieuse de sa tragédie de Niobé, Si nous faisons gagner le procès à un joueur de flûte , quand nous sortons il ne manquera pas d'exécuter sur son instrument une belle marche guerrière. Si un père, en mourant, laisse ses biens à sa fille,

et lui désigne ud mari dans son testament, nous nous moquons de sa volonlé dernière» nous brisons le sceau posé sur le testament, nous donnons la fille el l'hérilage à celui qui sait le mieux Tari de nous graisser la patte, et quand nous avons insulté de cette manière aux lois comme k la justice , nous n'avons à rendre compte de notre conduite à personne : prérogative unique et précieuse qui n*appartient qu^à nous. » Aristophane f les Guipes , comédie satirique.

TRAGÉDIE LYRIQUE, PAROLES ET IKUSIQUE DE l'ABBÉ BIAILLY, 1646;

Premier opéra français.

Une des bévues les plus solennelles de dos auteurs dramatiques, c/esl de vouloir être plaisants, facétieux au moyen d'un nom de ville choisi sur la carte de France. Ces messieurs d'un esprit superflu, d'une sagacité parfaite, ont décidé que tout individu serait frappé d'une stupidité phénoménale, s'il avait le malheur à nul autre second de naître à Brive-la- Gaillarde, à Pézénas, à Gigondas , à Tartas, à Yalréas , à Bazas, à Garpentras surtout. N. B. Ayez soin de prononcer Carpentrasss à la parisienne, au lieu de Caiyentra, comme disent les naturels du pays : ces naturels en seront plus ))étes de trois s.

Si nous étions au temps d'Abélard, où le savant réel, l'artiste réel, l'homme d'esprit réel, se campait dans une chaire, et, c€Tam populo, battait en ruine les prétentions d'un troupeau d'ambitieux sans études, les arguments des cuistres, les inventions burlesques des charlatans; où le fougueux orateur, le dialecticien ferré jusqu'aux dents, abattait les pygmées par centaines, et les fourrait dans le sac comme des lapins éteintes; si le droit d'interpellation était accordé, comme autrefois, aux savants, aux artistes français, je planterais un Carpentrassien en face de toutes vos académies ; et là, devant ce concile oecuménique, mon paysan de l'Auzon, faisant mieux encore que le paysan du Danube, changerait de gamme, de note, à mesure qu'il changerait d'interlocuteur. Croyez qu'un bon nombre seraient fourrés dans le sac.

46 AKÉBAR , ROI DU M060L.

De la théorie la plus ardue, passant à la pratique la mieux éprouvée^ mon paysan saisirait le compas d*EucIide ou les pinceaux, le style de rhislorien ou Tastrolabe, la loupe du botaniste, du géologue, du numismate, l'archet de Servais ou l'archet de Vieuxtemps, disputerait même avec les bibliophilesT et terminerait la séance par une brillante improvisation sur Torgue.

Voilà pourtant comme on se gouverne dans cette mare de canardSy dans ce nid d'oisons appelé Carpentrasss. Voilà comme on s'évertue dans la rue de l'Ange, en face du cabaret de l'Ange, sans maîtres, professeurs et démonstrateurs d'aucune espèce. Cet institut vivant, cet homme d'arts et desciences, n'obtiendra cependant jamais une petite place dans aucune de nos académies; tant le savoir-faire l'emporte sur le savoir I

Dans la jonchère' que l'on nomme Institut, on plante parfois quelques palmiei^ féconds, d'une taille él^ante et ma*jestueuse. L'ordre des Minimes, les frères coupe-choux, formant une majorité puissante et décisive, aimeraient bien mieux que ces palmiers incommodes fussent relégués au loin ; mais la politique, une certaine vergogne, commandent l'admission de ces voisins redoutés. D'ailleurs, la concession que l'on vient de faire à l'opinion publique, permettra d'ouvrir impunément la porte à de nombreuses nullités, depuis vingt ans parquées dans les entours du temple*

Parmi ses recettes plus ou moins ingénieuses , la Cuisi" nièft bourgecnse devrait nous donner la manière d'accommoder un pauvre d'esprit en académicien. Bien que le secret, le pro« cédé, soit connu des prétendants de ce genre, le public ne l'apprendrait pas sans plaisir. Voici commentse fait cette cuisine.

Prenez un de ces pauvres , et le conduisez chez la dame de charité de service, matrone ayant gagné jadis ses éperons dans le monde galant , invalide mise à la retraite, occupant ses loisirs aux intrigues littéraires , faute de mieux ; sibylle proclamant des oracles avec soin recueillis par l'ordre des Minimes, que la reconnaissance a retenus en sa cour, à ses pieds. Elle va les catéchiser, les chauffer, les dresser, et

àKÉBARi roi du MOGOL. 47

maquignonner» de longue et persévérante main » rélection désirée. Les palmiers auront beau prolester en secouant leurs panaches indignés^ la sibylle soufflera sur les joncs , celte majorité baissera sa tôle flexible, et le tour sera fait.

Il est membre de l'Institut I c'est-à-Kiire qu'il va toucher 3fr. 50 c. par jour, honnête récompense lorsqu'on n'a rien fait pour la mériter. 11 va porter Tépée et Thabit brodé, plaisir fort innocent, quand même une croix d'officier pendrait à la boutonnière de ce costume solennel. Tout cela peut et doit ôlre pardonné.

Il est membre de l'InetitiU I Songez à ce que ces mots inscrits sur le front d'un tas de gacheux, ignorants comme des carpes, et, qui plus est, fainéants avec délices comme Figaro, seul rapport qu'ils aient avec l'ingénieux barbier ; songez à ce que ces mots vont causer de ravage dans les administrations, les commissions, les conciles et synodes, où Thabit qu'ils ont le droit de porter va les introduire sans examen, et sans avoir de nouveau recours à la baguette de leur sibylle. Argante, élu médecin comme on élit à Tlnstitut les frères coupe choux^ Argante, dignus intrare^ n'a-t-il pas acquis toute licence toitlandi , coupandi , et occidendi , impunè per totam terram f Les savants réels et spéciaux né seront-ils pas repoussés de partout, afin de céder la place aux charlatans de l'Institut? 11 est vrai que ces derniers s'abstiendront avec prudence des fonctions qui leur sont mal à propos confiées; si vous leur donnez une bibliothèque à diriger, ils n'y paraîtront pas six fois en douze ans.

— M. de Champagny est toujours propre à toutes les places qu'on lui destine , la veille du jour oîi on l'y nomme, » disait le ministre Talleyrand. Les premiers emplois deviennent alors des sinécures ; vos chanteurs sans voix et sans talent se font remplacer par des doubles, et le public déplore que ces doubles, d'un mérite souvent reconnu, soient retenus dans une position indigne de leur savoir, et se voient forcés de traîner le boulet pendant toute leur vie, sous la tutelle de leurs pitoyables chefs.

/{ est membre de P Institut , donc il enseignera dans nos écoles publiques ce qu'il n'a jamais su ; donc il obtiendra des pensions, des souscriptions du gouvernement pour toutes les fadaises qu'il publiera ; donc» sur l'étiquette du sac , les ministres vont lui confier des charges qu'il est incapable de remplir, eta, etc. Voilà le mal, et nos gouvernants devraient au moins distinguer le poussier du bon grain, et les talents réels du sertum pecusy de la bande moutonne qu'un jury complaisant a fait agréger.

StultoTum infinitus est numsrus ; la règle des probabilités veut donc que la majorité d'une académie soit frappée d'imbécillité. Les sociétés de ce genre choisissent elles-mêmes leurs recrues; et, soit politique adroite ou tendre sympathie, les pauvres d'esprit sont et seront toujours préférés. Permettez à l'Assemblée nationale d'user du même genre de recrutement , elle sera bientôt d'une couleur parfaitement uniforme ; à quelques rares exceptions, introduites avec adresse ou perfidie, vous aurez un institut politique modelé sur celui que vous savez.

// est membre de r Institut! donc il a voix au chapitre; et l'espoir d'obtenir un jour celte voix pour une élection à venir, imposera silence à bien des critiques. Les éloges pompeux des gens du métier ne suffisant pas, nous verrons de temps en temps surgir des journalistes amateurs, cauteleux aspirants au fauteuil, prompts à se dévouer, à couvrir de lauriers toutes les rapsodies de l'académicien. Ils emboucheront leur trompette de bois pour signaler, célébrer de prétendus triomphes, qui, dans huit jours, doivent se changer en déroules honteuses. // a mix au chapitre I il faut le caresser, le flatter, l'encenser, l'exalter, quand même; il faut conquérir par tous les moyens, permis ou non, c^ précieux suffrage; c'est ce qu'en leur argot énergique et burlesque les voleurs appellent noM?'Wr le poupard. Ilélas! trop souvent ce poupard n'est qu'un dériseurl II se laisse nourrir, choyer, encenser, et refuse sa voix qu'il a promise, sa voix qui devait être le prix de tant de soins, de tant de menteries.

Et qu'a- 1- il fait ce poupard, ce rhizotome, ce frère coupe-choux, pour mériter ces honneurs, ces flatteries, ce pouvoir? imbécile et pédant, il s'est donné la peine de se faire élire par une majorité de pédants et d'imbéciles.

— Parce que vous êtes un grand seigneur, vous vous croyez un grand génie!... Noblesse, fortune, un rang, des places, cela rend si fierl Qu'avez-vous fait pour tant de biens? vous vous êtes donné la peine de naître, et rien de plus : du reste, homme assez ordinaire 1 » Beaumarchais, le Mariage

de FigarOy acte Y, scène 3.

// n'a rien fait! et ses amis doivent l'en féliciter. // n'a rien fait du tout! pour lui quel bonheur, quelle fortune! Sera-t-il assez prudent, assez malin, pour ne pas saisir la plume ou les pinceaui; afin d'imiter ses dignes confrères coupe-choux, en pubUant, sous l'estampille de l'Institut, des œuvres pitoyables, honteuses; certificats accusateurs, témoins d'autant plus accablants qu'ils sont irrécusables; des productions enfin brossées de telle manière, que si mon valet en brossait de pareilles, il n'aurait plus Thonneur de rendre le même service à mes guêtres?

Il est wiewèrc de l'Institut I il va donc ajouter à son budget 3 fr. 60 c, qui lui seront comptés chaque jour. Toute mince qu'elle soit, cette prébende éveille, excite des ambitions, tente la cupidité d'une bande politique ou patricienne de farceurs dont le seul but probable, en se fourrant à l'Institut, est d'ajouter les 3 fr. 50 c. sus-mentionnés, aux montagnes d'or qui sont en leur possession. Il ne faut pas négliger les petits profils, dût-on sans vergogne usurper, envahir jusqu'au denier de l'artiste. Croyant se frotter d'un peu de gloire, ils se frottent d'un peu d'argent, et d'un ridicule immense, indélébile. Mancy pour eux doit être impitoyable ; il a déjà buriné les qualités de ces intrus sur ses tables révélatrices ; et leurs noms, d'âge en âge, à tous les changements de fauteuils, seront outrageusement salués par un nouveau concert de sifflets. Frelons de l'Inslilul, qui dévorez sans

produire, je tous chanterai ce vers prophétique d*un de tos confrères :

Tremblez, vous êtes immortels!

Je vous répéterai ce que Montesquieu disait de je ne sais quel académicien infirme et bourdonnant comme vous : — Il veut que sa sottise triomphe de l'oubli dont il aurait pu jouir comme du tombeau ; il veut que la postérité soit in* formée qu'il a vécu, et qu'elle sache à jamais qu'il a été un sot. rf

— Le titre d'académicien peut flatter quelque grand que ce puisse être; mais, s'il n'a aucune des qualités qui le justifient, ce n'est pour lui qu'un ridicule, et un sujet de reproche pour ceux qui l'ont choisi. r> Duclos, Histoire de tAcademie française.

Auri fœda famés! Croirait-on que l'appât de 3 fr. 60 c. suffit pour entraîner un millionnaire à ternir une vie qui pouvait finir honorablement?

Le ministre Colbertne voulut point attacher de traitement aux places de TAcadémie des inscriptions et belles-lettres, de peur^ disent les mémoires du temps, que les œurtisans ne voulussent y mettre leurs tulets.

Mais, illustre Sappho, faut-il qae je le die?

11 est de ces pédants , même en l'Académie ,

Et ce corps si célèbre et plein d'hommes prudents ,

Depuis peu se relâche et reçoit des pédants.

Tant il est vrai, qu'enfin il n'est rien qui n*empire|

Et sur quoi le hasard n'exerce son empire.

Que le fameux Balzac à mon gré jugeait bien

D'un indigne confrère académicien I

Il disait, raisonnant sur celte synagogue,

Où l'esprit le plus bas est souvent le plus rogue ,

Qu'on y devrait placer chacun selon son prix ,

El meure différence entre ces beaux esprits :

Qu'aucuns d'eux ne sont bons qu'à moucher les chandelles,

Balayer, éclairer, donner des escabelles ,

Être portiers , enfin être frères servants ,

Honorés plus ou moins selon qu'ils sont savants :

AKÉBAR , ROI DO M060L. »1

Qa'aacans ^ ce beau corps pourraient servir de membres , Ainsi qu'au Parlement les buveliers des chambres, Ou comme les bedeaux , peuple toujours croUé, Sont réputés du corps de TUniversité.

ScAR^ON, à J/'fe de Scudéryy épttre chagrine ou satire /.

Vous enrégimentez la sottise; vous lui donnez ainsi le droit de gouverner un corps savant qui pourrait rendre aux arts d'éminents services, et qu'une majorité d'eunuques passe-volants poussera dans les voies les plus fausses. Jaloux des hommes de talent, leur intérêt va constamment les liguer contre une exquise minorité qu'ils délestent. Hé 1 ne savezvous pas que les Spartiates, môme dans leurs plus grands périls, dédaignaient le secours des ilotes? Passe encore si vos ilotes n'étaient que nuls, mais ils sont nuisibles.

On me dira qu'un fauteuil à l'Institut est un éperon qui pique l'amour propre des prétendants , et leur inspire une louable émulation. D'accord ; mais attendez au moins que cette émulation ait donné des résultats plus que satisfaisants; autrement votre éperon, changeant de nature, va devenir un de ces éperons que les ingénieurs cramponnent au bord des fleuves pour en détourner le cours, et pousser ainsi vers la rive opposée, tout ce qu'on voudrait apporter, débarquer sur le point défendu. Si les Anglais n'ont pas d'académies, c'est qu'ils n'en ont pas besoin ; ces judicieux insulaires voient avec plaisir que l'éperon des nôtres leur pousse une infinité de choses admirables et précieuses, que les Français ont découvertes. Nos frères coupe-choux, nos ilotes, sont vigilants et prompts surtout à croiser la baïonnette sur la poitrine do leurs compatriotes, dangereux parce qu'ils sont habiles, pour les forcer à l'émigration. Us leur braillent en chœur :

Allez , allez dan^ une autre patrie.

Les privilèges furent toujours établis au profit et dans le seul intérêt de la sottise. Le vrai talent n'a pas besoin d'ôtre coiETé de trois cornes et de s'attacher à la moindre rapière ;

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on sait le distinguer bien qu'il soit privé de ces insignes. Il est malheureusement cerlain qu'il se voit aussi privé des 3 fr. 60 c que vous savez ; mais peut-être est-il assez industrieux, et même assez philosophe pour s'en passer. Notre république n* 1 avait fait preuve d'une haute et profonde sagesse en abolissant tous les privilèges, et par conséquent les académies. Les sommités de la science et du talent, se disait-elle , seront toujours prêtes à m'offrir leurs utiles secours , et pourront agir vivement , fortement» librement , puisque je les ai délivrées d'une séquelle traînante, inepte et trac^ssière.

Si vous voulez absolument réunir en corps les frères coupe-choux, créez pour eux un séminaire, un gymnase, salle des pas perdus où s'exerceront les novices, en attendant qu'ils soient dignes d'entrer dans la maison professe. Ayez vos pupilles de l'Institut comme Napoléon avait ses pupilles de la garde. Séparez la paille du bon gram, en établissant une académie de pauvres d'esprit animés du noble désir de s'enrichir un jour. En 1669 , François de Beauvilliers , duc de Saint- Aignan, n'avait-il pas formé, dans la ville d'Arles, une académie, qui, d'après ses statuts, ne devait être composée que de gentilshommes ? L'idée était assez originale ; pourquoi faut-il qu'on laisse perdre ainsi les institutions les plus précieuses ?

Les musiciens sont en général d'excellents citoyens, doux, affables, conciliants, aimables, joyeux, bons compagnons, les meilleurs fils du monde ; et pourtant je me verrai forcé de vous parler des haines envenimées, des atroces perfidies, des inimitiés constantes de ces émules d'Orphée et d'Arion. Qui peut ainsi changer leur naturel excellent 7 Qui peut les armer, les déchaîner ainsi les uns contre les autres ? Qui ?... le privilège.

Pays de liberté pour tous ses autres enfants, la France est, pour les musiciens, Tlle des Esclaves; bien pisi c'est le radeau funèbre de la Méduse ! où des amis se disputaient à coups de poignard un citron vingt fois sucé. Trente-six millions d'ha*

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bilants n'ont que deux théâtres privilégiés, sur lesquels cinq ou six musiciens aussi privilégiés, en verlu de traités patents ou secrets , ont seuls le droit exclusif de produire en scène des opéras. Choisissez un millier de nobles épagneuls, les plus caressants, les plus gentils que vous pourrez trouver ; enfermez-les dans un parc ; ayez soin d'en armer une demi* douzaine en guerre au moyen de larges colliers à pointes, faites-leur endosser la cuirasse inattaquable du privilège, et soyez attentif à ne donner à manger que pour six à toute la bande ; la douceur fera bientôt place aux grincements de la haine , la bataille commencera dès le premier jour, et dans un mois les privilégiés cuirassés auront digéré leurs cama.rades livrés sans défense à la dent ennemie.

Si les musiciens français se détestent, s'abominent, s'entredévorent , hélas I ce n'est pas leur faute, mais bien celle de l'odieux, de l'inique privilège. Pourrai-je faire croire à nos voisins, que dans une république où 1 on entretient les écoles de musique les plus illustres , où l'on distribue tous les ans des couronnes, des prix, des pensions aux jeunes lauréats de l'Institut national, il soit défendu sous peine d'être dévoré, digéré, de composer et de mettre en scène la partition du moindre opéra français ?

Nous voilà bien éloignés du Gomtat Venaissin; hâtonsnous de revenir à sa capitale.

Dans une farce, un vaudeville, une comédie, un opéra même, s'agit-il de couvrir de ridicule un parolier, un musicien, une cantatrice, un acteur, croyez que l'infortuné viendra de Carpentrasss. Qu'il ait été sifflé, qu'il ait été salué par des bravos unanimes sur le théâtre de Garpentras, il n'en sera pas moins l'objet de la risée publique : c'est l'usage, et les auteurs l'ont ainsi voulu. Croyez qu'ils seront enchantés, au comble de la béatitude, quand ils auront mis en tête de leur drame grotesque : La scène est à Carpentras. Mais, imprudenfs que vous êtes, tncauti^ scimuniti^ votre usage est une sottise que son grand âge rend encore plus rebutante. Il est possible, probable même que l'opéra, la comédie de

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Carpentras ne vaillent pas les spectacles de la capitale, bien que nos virtuoses les plus renommés soient venus chercher les applaudissements des Carpentrassiens. Vous ignorez sans doute qu'en accablant ces honnêtes et riches citoyens de vos sarcasmes dénués d'esprit et de sel, en ne ménageant pas mieux leur antique cité, vous agissez comme des marmots qui battent leur nourrice. Respectez au moins le berceau de l'opéra français. Oui, le berceau de notre drame lyrique!

Sachez que douze ans avant que Tabbé Perrin, encouragé par le cardinal de la Rovère, nonce du pape, et secondé par le bénéficier organiste Cambert, eût essayé la Pastorale en Musiqtie dans ]e yiWage dlssy, près de Paris, en 1659; un autre abbé, Mailly, poète et maître de chapelle, encouragé par un autre cardinal, nonce du pape, avait fait représenter à Carpentras, en 1646, Akébar, roi du Mogol, tragédie lyriquo, avec un succès merveilleux. Parolier adroit, compositeur excellent en musique, dont il avait publié des traités estimés, Mailly s'était signalé doublement en cette entreprise. Le palais épiscopal de Carpentras, alors habité par Alessandro Bichi, prince de l'Église, fournit la salle où l'on applaudit pour la première fois un opéra français.

Les papes s'étaient depuis longtemps déclarés les protecteurs généreux, les propagateurs zélés du drame lyrique, et Clément IX se plaisait à rimer des livrets d'opéras. Justement scandalisés de ce que la France n'avait pas encore suivi l'impulsion donnée par l'Italie musicienne, les souverains pontifes (il est permis de le croire] bâtèrent notre civilisation dramatique, en nous faisant notifier par leurs ambassadeurs les invitations les plus pressantes. Urbain VIII envoie à Louis XIII Alessandro Bichi, et ce nonce apostolique, joignant le précepte à l'exemple, démontre qu'il est possible d'avoir des opéras français. Point essentiel, progrès immense, effort prodigieux à cette époque , où l'anathème , plus tard répété par J.-J. Rousseau, frappait de proscription notre langue nationale , et semblait devoir l'éloigner à jamais de toute composition lyrique de quelque importance. Il fallait

détruire un préjugé, si profondémeDt enraciné qu'on le croyait inattaquable.

Le premier essai , fait à Carpentras eji 1646 , n'ayant pas eu le retentissement, les résultats désirés, Innocent X envoie à son tour le cardinal de la Rovère. Cet autre nonce apostolique, après avoir dit à Louis XIV, sur plusieurs tons persuasifs : Ayez donc enfin des opéras français , donne le sujet d'un drame lyrique à Tabbé Perrin, qu'il associe au bénéficier Cambert organiste, et, de son archevêché de Turin, continue à veiller sur l'œuvre entreprise à Paris. Témoin la lettre en douze pages , que Perrin adressa , le 30 avril 1659 , au cardinal de la Rovère, archevêque de Turin : premier feuilleton écrit sur la représentation d'un opéra français.

Le Gallia christiana se tait à l'égard des prouesses dramatlco-musicales de Bichi , de Mailly, secrétaire et maître de chapelle de ce cardinal ; mais il me donne quelques détails précieux sur le fondateur de l'opéra français : je dois les rapporter ici.

— Bichi ( Alessandro ) , de Sienne , cardinal , abbé de Saint-Pierre de Mont-Majour, près d'Arles , etc. , évoque de Carpentras en 1630 ; décoré de la pourpre, le 26 novembre 1633, par Urbain Vlll. Pendant qu'il était nonce apostolique en France, il fit démolir le palais épiscopal de Carpentras, qui tombait en ruines , et le reconstruisit en grande partie avec l'argent qu'il obtint de la munificence royale de Louis XIII ; de telle sorte qu'il en fut plutôt le fondateur que le restaurateur. »

Ce palais-cardinal de Carpentras, encore tout brillant de pompe et de jeunesse, est devenu le palais de justice ; l'opéra de cette yille. tient aujourd'hui ses assises dans un manoir beaucoup moins somptueux ou Marcà di Vedeou, Hœndel n'at-il pas fait sonner des opéras, des oratoires sublimes, dans

Hay-Market^ le Marché au Foin ?

En 1646, lipessugau et lipefmtliny les pinceurs (chippeurs) et les pouilleux, les nobles et les prolétaires, se faisaient une guerre acharnée. Chef du parti de la noblesse, entouré de

ses clercs et de ses chevaliers, Alessaudro Bichi tenail à Car- })entras une cour splendide. Un escadron léger el galant où les plus jolies corn tadines s'étaient enrôlées, avait son quartier général au palais deTévêque. Les victoires que cet autre Mazarin remportait contre ses frondeurs, étaient célébrées par des bals, des tournois, des comédies, des festins, des ballets. Faut-il s'étonner qu'un opéra français, nouveauté charmante et sans rivale, ait surgi dans cet alcazar des plaisirs, dans ce séjour enchanté, qu'un prince de TEglise opulent» ingénieux, inventif, voulait enrichir de toutes les magnificences des cours de lltalie ?

LÉTOURDl.

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