‹ Molière musicien; notes sur les œuvres de cet illustre maître, et sur les drames de Corneille, Racine, Quinault, Régnard, Montluc, Mailly, Hauteroche, Saint-Évremond, Du Fresny, Palaprat, Dancourt, Lesage, Destouches, J.-J. Rousseau, Beaumarchais, etc.; où se mêlent des considérations sur l'harmonie de la langue françaiseChapitre 5 sur 90 · ACTE I, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE IV

TRDFALDIK.

Et VOUS , filous fîefTés , ou je me trompe fort , Mettez, pour me jouer, yos flûtes mieux d'accord.

Les Romains se servaient d'un singulier moyen pour donner une teinte de mélancolie et de tristesse à leurs airs les plus gais : ils les attaquaient à l'octave, à la quinte basse, et ce changement de diapason suffisait pour les assombrir. La mélodie conservait son allure el son mode ; on reiécutait dans un ton plus grave, et tout le monde la trouvait alors gémissante, lugubre même. De là nous vient cette expression mélapliorique et proverbiale : Arra^ujer ses flûtes, accorder ses flûtes , ajuster ses flûtes, que Ton emploie pour désigner les précautions, les mesures prises, les démarches faites mystérieusement , afin de préparer le succès d'une fourberie dès longtemps préméditée, la réussite d'une affaire importante, ou la conquête d'une succession, d'une place largement rémunérée.

— L'affaire ne pouvait manquer, Tilus avait si bien accordé ses flûtes ! — Le coup a réussi , les voleurs avaient arrangé leurs flûtes avec tant de prévoyance et d'artifice I » Voilà des locutions familières dont on use chaque jour sans en connaître l'origine .et la véritable signification : un musicien vous les révélera.

Les anciens n'avaient pas des théâtres oii Ton admît journellement le public pour de l'argent. Leurs comédies, que ion représentait deux ou trois fois, quatre au plus, dans leur

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nouveauté, lorsqu'elles excitaient les transports d'un enthousiasme universel , comme r Eunuque de Tcrence , que Ton joua deux fois en un jour, bis die; honneur décerné dix-neuf cent trente ou quarante ans après au Matrùnonio segretto de Cimarosa (1); leurs comédies faisaient partie des divertissements offerts au peuple à l'occasion des fêtes religieuses, des jeux du cirque ; elles figuraient parfois aux réjouissances publiques, et même aux funérailles que les familles opulentes et patriciennes célébraient au décès d'un de leurs membres illustres.

S'il s'agissait d'une fête de Cybèle, de Bacchus, ou de toute autre réjouissance publique, ces comédies étaient récitées au son des flûtes égales-gauches, tibiœ sarranœ, flûtes de Tyr (2), dont la voix aiguë éclatait d'une manière brillante et gaie. On avait recours aux doubles flûtes droites ou lydiennes, dont le son était grave, pour accompagner ces mêmes comédies, lorsqu'on les exécutait dans des jeux funèbres. Il fallait donc que Térence, le poète, assisté de sou musicien Flaccus, affranchi de Claudius, accordât, changeât» ajustât ses flûtes selon les circonstances, afin que sa pièce fût toujours accompagnée et représentée d'une manière convenable.

Nous voyons en tête des Adelphe»^ que cette comédie sonna d'abord sur le ton des flûtes lydiennes aux funérailles de L. iEmilius Paulus (Paul Emile), et que les flûtes de Tyr, les flûtes brillantes et joyeuses, remplacèrent ces instruments de deuil, en d'autres occasions, où lé drame devait faire éclater sa gaieté la plus vive. Térence a pris soin de nous avertir de ce changement par les trois initiales M. M. G. po-

(l) jikxandref tragédie de Racine, fut représenté deux fois dans la même soirée, lors de sa nouveauté , mais sur deux théâtres différents. Ce double triomphe coûta cher à Racine, puisqu*il lui fit perdre l'affeciion de Molière.

(9) Tyr était anciennement appelé Sar (aujourd'hui Sour), d'où vient le mot de Sarra»in. Virgile a dit Sartano dormiai os(ro.

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sées au bas des noms des personnages, et qui signifient fnutalis nwdibtAS cantionum. Ce qui veut dire en d'autres termes: Nous avons arrangé nos flûtes pour les représentations ordinaires, et quitté nos habits de deuil, notre ton d'enterrement.

Peut-être vous semblera-t-il étrange qu'une comédie, telle que VEunuqve, le Heanton^timorumenos, récitée à voix grave, pût se mettre en harmonie avec les déploralions d'une cérémonie lugubre? Vous ajouterez sans doute que rÉtourdé, k Légataire^ Turcarety dits sur le ton d'une oraison funèbre, d'un psaume de la pénitence, n'en seraient pas moins drolatiques, et grimaceraient d'une manière infiniment grotesque; le ton ne s'accordant pas du tout avec les lazzi et la chanson. A cela je vous répondrai, que j'accorde mes flûtes sur le ton des vôtres, et que je fais rouler la boule de mes obéissances dans la vallée de vos commandements.

Térence et Flaccus, son musicien, avaient combiné leurs flûtes pour le Heauton-timûrumenos et les Adelphes d'une manière semblable, avec cette différence que la première de ces comédies fut d'abord exécutée gaiement. Les flûtes lydiennes vinrent l'attrister ensuite. VAndrienne et l'Eunuque réunirent constamment pour leur mise en scène les flûtes égales, droites et gauches.

Et vous , filous fieffés, ou je me trompe fort, Mettez, pour me jouer, vos flûtes mieux d'accord.

En parlant ainsi, Trufaldin s'adresse à Lélie, à'Mascarille, qui, l'un et l'autre, pourraient avoir en poche une flûte. Mais Lélie eût-il été seul, le malin vieillard ne se fût pas exprimé d'une autre manière. Mettez vos flûtes mieux d'accord, aurait-il dit, et non pas votre flûte. Ce pluriel obligé, dont le proverbe ne s'est jamais dessaisi, prouve, démontre, que le dicton nous vient des anciens. Leurs flûtistes ne marchaient pas sans une collection d'instruments de toutes les tailles; ils

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avaient même des flûtes doubles, une pour chaque main, et qu'un même iibicen embouchait.

Ehria nos madidis rumpit Hbtcina huceis , Sœpè ducts pariter, iœpè monaukts habei,

— Dans les premiers siècles, on n'admettait que Thonnète et le beau ; les cantiques ne recevaient que les ornements qui leur convenaient. Il y avait pour chacun d'eux, ainsi que pour les divers jeux publics, des flûtes qui leur étaient propres, accordées aux tons de ces chants... Pronomus fut le premier qui varia les modes suivant la variété des flûtes.

Athénée, livre xnr, chapitre 8.

Les Égyptiens modernes ont conservé toutes ces espèces de flûtes, qu'ils appellent nây. Nos flûtes longues ou courtes, sonnant la tierce ou l'octave, jouant en ta, en ré, lorsque les clarinettes jouent en ui, en fa, lorsque les bassons et les trombones jouent en si bémol, enmibénwl, ne représentent qu'une seule flûte, puisque leur résultat sonore est le même pour l'oreille, et qu'elles figurent naturellement dans tous les orchestres. La diversité que l'on remarque dans la tonalité de ces instruments n'existe que pour Tœil, son utilité précieuse est de joindre une plus belle qualité de son à des combinaisons de doigté moins compliquées : nous arrivons au parfait accord, en suivant des voies différentes qui tendent toutes au même but.

Si nous donnons le nom de flûtes aux navires destinés h porter des vivres, des munitions, et que l'on arme eu guerre au besoin, nos anciens les appelaient luths. — Voyez cy près nostre nauf deux lutz, troys flouins, cinq chippes, huyct voluntalres, quatre gondoles et six frégates, par les bonnes gens de cesle prochaine isle envoyées a nostre secours. » Rabelais, Pantagruel, livre iv, chapitre 22.

En 1703, à la première représentalicui de VAndrienne^ M"' Dancourt parut en robe longue, ouverte, abattue, déshabillé commode pour Glycérie qui relève de couches* Ce vêtement peu grec et de fantaisie plut infiniment, prit le

nom û'andrimne^ et la mode le fit succéder aux robes troussées et rattachées que les dames portaient auparavant.

Le Mystère de la Passion avait mis en lumière les robes à l'Ange (1), à la Vierge, dont lés femmes se paraient encore eu 1640, et dont nos couturières ont conservé des souvenirs. M"* Marthe le Rochois, représentant Arcabonne dans Amadis, opéra de Quinault et Lulli, se fit tailler de longues manches à la Persienne, pour cacher ses bras qu'elle ne trouvait point assez beaux; et les manches ama(f(« compteront bientôt deux siècles d'existence. Après la victoire de Sleinkerque, cette virtuose parut en scène dans le rôle de Thétis, avec une cravate de dentelles jetée sur son habit de théâtre, et négligemment attachée à son cou; voulant imiter ainsi nos officiers, qui, surpris de grand matin par leurs adversaires, n'avaient pas eu le temps de songer à leur toilette, et s'étaient vu forcés d'aller, en négUgé, les combattre et les vaincre. Cette allusion spirituelle et patriotique fut saisie, vivement applaudie, et tout le monde s'empressa de jeter une steinJierque sur son cou.

Une couronne de fleurs noires, surmontée du croissant de Diane, accompagnée d'un voile qui flottait en arrière, telle était. la coiffure à Vlphigénie. Cet ajustement lugubre d'une victime prête à marcher à l'autel, était joyeusement porté : Louis XV venait de mourir au moment oii l'opéra de Gluck brillait de tout son éclat. Mai \llk.

Les deux incendies de l'Opéra firent adopter la couleur riow, en 1763; la couleur Opéra brûlé, pendant l'été de 1781.

M"*' de Camargo, première danseuse, avait un joli pied, toujours admirablement chaussé. Le cordonnier de cette virtuose fit une grande fortune.

(I) .— Mademoiselle sa femme avait une jupe de salin jaune , une robe à l'Ange si bien mise, un collet si bien monté , que je ne puis mieux la comparer qu'à la pucelle Saint- George, qui est dans les églises , ou à ces poupées que les atourneresses ont à leurs portes. » Charles Sorbl, Francion , i633.

es L'ÉTOURDI.

Les représentations d'Athalie^ que TOpéra, la Comédie- Française, donnaient à la cour en 1780, firent adopter la tunique des lévites par les femmes et par les hommes. M"* Dugazon parut dans Biaise et Babei avec une jupe de soie bleue, tramée de rose, et cette couleur changeante fut préférée à toute autre. Pour être à la mode, il fallait porter une robe, une veste Biaise et Babet. Les chapeaux à la Nina, à la Primerose, ont eu la vogue comme les bonnets à la Fiancée et la coiffure d la Neige, les robes à Clphigénie, Jean de Paris, Solitaire comme les robes à la Dame blanche, à la Robin des Bois. Celte dernière combinaison, rouge el noir, s'appelait, en 1785, à la Malbrou: Danaïdes, en 1820.

Paul et Virginie, opéra comique de Kreutzer, mit en faveur la coiffure â la créole, où figurait un mouchoir de Madras, coquettement ajusté. Le Laboureur chinois dut sa réussite à la coiffure de M"* Albert, fort jolie femme. Elle représentait Nida; ses beaux cheveux relevés à la chinoise avec des épingles d'or, à perles d'or pendantes, sa figure entièrement découverte, et que cette parure étrange rendait plus gracieuse encore, produisirent un effet magique sur le public. Les applaudissements éclatèrent au moment où M'"^^ Albert se montra. On rendit hommage à l'actrice avant qu'elle eût dit uu seul mot. Les autres virtuoses de l'Opéra voulurent essayer de ce moyen de succès ; et, sans avoir égard à la qualité des personnages qu'elles repr-ésentaient, méprisant toutes les convenances théâtrales, on vit Psyché, Vénus, Iphigénie, Anligone même, en 18131 paraître en habit grec, coiffées à la chinoise, à grand renfort d'épingles d*or, à perles d'or flottantes. Elles s'aperçurent bientôt qu'elles faisaient de l'esprit, de l'anachronisme en pure perte. Cet ajustement était périlleux, il ne convenait pas à toutes les figures. Fidèle à ses amours, le public n'applaudissait, ne fêtait qu'une seule Chinoise : M"' Albert. La coiffure chinoise se répandit aussitôt dans le monde galant, et s'y maintient encore à petit nombre d'exemplaires.

Pantalone Bisognosi, personnage de l'ancienne Comédie-

.Italienne» et l'un des quatre qui portaient le masque, était vêtu d'une simarre vénitienne, ouverte par-devant, et d'un baut-de-cbausses collant de tricot de soie, d'une seule pièce, couvrant les pieds, les jambes, et s'attachant à la ceinture. Emprunté d'abord à Pantalone, pour la cbambre, ce hautde-chausses à double usage fit ensuite partie du costume de ville, et prit Je nom de pantalon. Les premiers pantalons que j'ai vu porter en 1792, étaient collants, en tricot de soie, à peu près transparent Aux pantoufles du marchand vénitien, les lions du siècle dernier substituaient des escarpins fort élégants. Cette pièce du costume accusait les formes avec trop de naïveté» pour que la mode en devint générale. On tailla bientôt des pantalons en étoffes, en drap, plus larges et plus discrets, que les jambes de coq s'empressèrent de . chausser. Le pantalon était en usage du temps de François P', mais il n'avait pas encore reçu le nom qu'il tient du théâtre.

Gilles nous a donné, légué son gilet. Les gertmdes, grande et petite, et les autres bonnets à la clochette^ à la sultane^ au doux sommeil, les moissonneuses , les glaneuses, coiffures si bien portées de 1768 à 1786, durent leur naissance et leur vogue aux drames, lyriques ou non , que le public affectionnait ; tels que Isabelle et Gertrude, la Clochette, les Trois Sultanes, Aiys, es Moissonneurs. Al"* Buffault, rue de la Monnaie, Aux'Traiis galants, faisant le commerce de la soie et des modes, inventait et lançait dans le monde une bonne part de ces jolies choses. Lorsque son mari devint un des administrateurs de l'Académie royale de Musique , on le représenta, dans une caricature, mesurant avec une aune l'étendue des voii de ses chanteurs ; et s'exerçant avec les symphonistes sur Us modes majeur et mineur. C'est alors, en 1782, qu'il ouvrit et fit bâtir en partie la rue qui porte son nom.

Il est inutile de vous désigner la comédie qui fournit le nom de la sauce à pauvre homme , sauce piquante, faite sur table pour assaisonner un homard , du rôti froid, une salade appétissante de poisson ou de volaille.

— Nantes, 16fc8, 23 avril. Ce jour est venu au bureau le sieur Molière, l'un des comédiens de la troupe du sieur Dufresne» qui a remontré que le reste de ladite troupe devait arriver un jour en celle ville, et a supplié très humblement Messieurs leur permettre de monter sur le théâtre , pour représenter leurs comédies (1). Sur quoi l'avis commun du bureau a été arrêté que la troupe desdils comédiens tardera de monter sur le théâtre jusqu'à dimanche prochain, auquel jour il sera avisé ce qui sera trouvé à propos d'être fait. » Extrait des registres de la municipalité. CAMILLE Mellinet, de la Musique à Nantes, 1837.

M. Mellinet fait observer que depuis l'ouverture du théâtre de Nantes en 1639 jusqu'à nos jours, tous les entrepreneurs de spectacles s'y sont complètement ruinés. La chance est belle pour un nouveau-venu.

— Quelque désir que j'eusse de passer les monts, dont je pouvais à toute heure contempler les croupes blanchissantes, je ne pus résister aux caresses que je reçus du beau monde, qui fit tout honneur et tout accueil à mes muses. J'y vis (à Lyon) M"* de Saint-Pierre, qui me donna sa musique, après lui avoir donné la mienne. Je la donnai encore à tous les convents des religieuses chantantes, à qui je savais le meilleur gré du monde : car il n'y avait pas une de ces filles dévoles qui n'eût déjà une copie (exemplaire imprimé) de mon Ovide en belle humeur. Mais ce qui m'y charma le plus, ce fut la rencontre de Molière et de messieurs les Béjart. Comme la comédie a des charmes, je ne pus si tôt quitter ces charmants amis. Je demeurai trois mois à Lyon parmi les jeux, la comédie et les festins^ quoique j'eusse bien mieux fait de ne m'y pas arrêter un jour; car au milieu de tant de caresses, je ne laissai pas d'y essuyer de mauvaises rencontres. »

Vrai troubadour, poète et musicien, chantre et joueur de luth et de téorbe, d'Assoucy voyageait en compagnie de deux

(l) Ces représeotalions, où figurait Molière, furent données, h Nantes dans ie jeu de paume de la rue Saint-Léonard.

pages» PierroUn et Valentin, sopranes, et donnait avec eux des concerts. Jaloux de Pierrotio, dont il sentait la supériorité, Yalentin s'était donné des soins beaucoup trop officieux pour le faire noyer dans la Saône, et s'était dérobé par la faite aux résultats que pouvait amener son espièglerie. Le trio concertant était réduit à deux parties, et la bourse du maître venait d'être singulièrement allégée par les chances défavorables de trois dés. Le pèlerin démonté, dévalisé, reprend le cours de son voyage, et pique vers le sud au lieu de se diriger du ooté de l'aurore, afin d'aller à la remonte.

— Comme un précipice attire l'autre, ayant ouï dire qu'il y avait dans Avignon une excellente voix de dessus (soprane) dont je pourrais facilement disposer, au lieu de suivre, par le col de ses mcmtagnes, cet agréable torrent qui mène à Turin, je m'embarquai avec Molière sur le Rhône qui mène en Avîgn<m, où étant arrivé avec quarante pistoles de reste du débris de mon naufrage, comme un joueur ne saurait vivre sans cartes, non plus qu'un matelot sans tabac, la première chose que je fis ce fut d'aller à l'académie. J'avais déjà ouï parier du mérite de ce lieu, et de la capacité de plusieurs galants hommes qui divertissaient galamment les bienheureux passants qui aimaient à jouer à trois dés. »

Cours au tripot, brigand ; je suis enchanté de t'y voir perdre argent, pistoles, bague, manteau, pourpoint, chausses, baudrier, chemises. Braves les juirs qui t'ont dépouillé I braves Melchisédech, Moïse le Cornu, Simon le Lépreux, et surtout Mourdakaî, dont tu défigures le nom, en écrivant, de dépit, Merdaea. Les MonipeUioeks, MofUpelUois, MonlpdUm» ou JfoiUpellierenêf ceux de Montpellier (1) enfin, comme dirait Plular-

(l) En arriftBl à Paris (1882) le dianteor eicelleat Tàmbarim se sou- VHMÎc si biMi des leçons qull avait reçues à l'égard de Vu français qu^il dSsail : — Pendanl iuU 1^ rtUe, ayant le vent en pupe, on nous servait la fiipe, elc. Les babiUnts de Montpellier, craignant sans doute d'exagérer la proDoncsiatîoB de Te, disent Monipdier an lieu de Montpélier ainsi qœ les 1/ de Monipellier l'ordonnent. Ils diront même : Un Bélier de Montpelier, quoî<|ue ieUier el MontpcUicrt ayan< la méroc orthographe, I. . ' 6

que, voulaient te brûler vif pour je ne sais quelles facéties de poète burlesque : c'est à-n-Âviguon que tu devais expier ua crime irrémissible^ un forfait à nul autre seconde Gomment ! la fortune te favorise au point de passer trois ou quatre jours, une ou deux semaines peut-être, si le vent l'ordonnait, sur le coche du Rhône avec Molière et sa bande illustre et joyeuse; avec Molière qui venait de triompher à Lyon , en y faisant connaître V Étourdi^ chef-d'œuvre dont cette ville avait eu les prémices I et tu ne nous dis pas un mot de cette insigne et première victoire, remportée sous tes yeux ! Pas une syllabe des longues et précieuses conversations d'une société de gens d'esprit que présidait le plus grand génie des temps moder* nés I toi qui viens de brosser, de noircir huitante pages pour nous conter les faits et gestes d'un cuistre, d*un mendiant et d'un ours, héros plus dignes de ta plume, et qui ftirent tes compagnons de voyage sur la Saône I tu nous déshérites méchamment des belles choses que Molière a dû te dire sur la musique 1 je ne puis supposer qu'il t'ait parlé de poésie. Tu chantais des trios pour Tébattement des hobereaux et des servantes de cabaret, et peut-être baryton et soprane, luths et téorbes ont gardé le silence pendant la descente du Rhône I c'est inimaginable.

Revenons à notre pèlerin.

— Mais comme un homme n'est jamais pauvre tant qu'il a des amis, ayant Molière pour estimateur et toute la maison des Béjart pour amie^ en dépit du diable, de la fortune et de tout ce peuple hébraïque, je me vis plus riche et plus content que jamais. Car ces personnes généreuses ne se conten* tèrentpas de m'assister comme ami, ils me voulurent traiter comme parent. Étant commandés pour aller aux États, ils me menèrent avec eux à Pézénas, où je ne saurais dire com-

doiventélre prononoésde la même mtnière. Les Parisiens écrivent cacheté^ épouisiUf eoUèie, décoUite , mais ils ont soin de prononcer fort élégam* ment eachlûf épousBUf eolUf décoUe ; tant ils craignent que leur langue ne soit pai assesK complètement sourde-muette I

L'ÉTOimDi. m

bien de grftees je regus ensuite de tonte {a maison. On dit que le meilleur frère est las au bout d'un mois de donner à manger à son frère ; mais ceux-ci, plus généreux que tous les frères qu'on puisse avoir, ne se lassèrent point de me voir à leur taUe tout un hiver, et je puis dire :

Qu'en ç«tie dooca comjmgnie Que je repaissais d'harmonie.

Au milieu de sept à hait plats, Exempt de soins et d'embarras, le paaaais doucement la vie* Jamais plus gueux ne fut plus gras; Et quoi qu'on chante, et quoi qu'on die De ces beaux messieurs des États Qui tous les jours ont six ducats, La musique et la eomédiê ; A oelle table bien garoîe , Parmi les plus friands muscats.

C'est moi qui souillais la rôtie , Et qui buvait plus d*hypocras.

w En eflbt, quoique je fusse chez eux, je pouvais bien dire que j'étais chez moi. Je ne vis jamais tant de bonté, tant de franchise ni tant d'honnêteté que parmi ces gens-là ; bien dignes de représenter réellement dans le monde les personnages des princes qu'ils représentent tous les jours sur le théâtre. Après donc avoir pa^sé six bons mois dans cette cocagne, et avoir reçu de monseigneur le prince de Conti, du généreux monsieur de Guillerargues et de plusieurs personnes de cette cour, des présents considérables, je commençai à regarder du coté des monts : mais comme il me fâchait fort de retourner en Piémont sans y amener encore un page de musique, et que je me trouvais tout porté dans la province de France qui produit les plus belles voix aussi bien que les plus beaux fruits, je résolus de faire encore une tentative, et pour cet effet, comme la comédie avait assez d'appas pour s'accommoder à mon désir, je suivis encore Molière jusqu'à Narbonne; mais n'en ayant pu trouver dans tout ce territoire aucun qui approchât du mérite de Pierre-

flt L'ÉTOURDI.

Un, je quittai Narbonne pour r^rendre'mes premières brisées : c'est-à-dire le chemins des monts» pour aller à Turin.»

Au regard des belles yoix et de leur abondance, les con« ti^ de langue d'oc avaient déjà leur réputation &iCe ; et si le troubadour ne put pas y recrutrer un second virtuose, c'est qu'il fut maladroit, ou que des parents timides ou prudents ne voulurent pas lui confier uo trop jeune garçon pour un voyage au long cours. D'Assoucy revient à-n-Avîgnon l'année suivante, 10S49 et dit :

•* Quoique je n'eusse plus de Molière ni de Béjarts pour me secourir» c'était assez qu'il y eût un Montdevei^ues, qui pour moi n'était pas moins que la Providence même en personne. Quoique ce généreux seigneur perdtt tous les jours son argent» comme c'était sa coutume, il ne laissa pas de me d<mner plus de vingt pistoles en plusieurs fois, que j'employai encore tout au profit du sieur Merdaca et de Simon le Léjweux» pource que M. de Hontdevei^es, disant qu'il y avait plus de plaisir à jouer qu'à manger, ne voulait pas que son argent me servit à manger, b D'assoucy {Atentures de M,)

lÊABCAMlUMé

Au non de Jupiter» laisMe-noos en repos» Et ne noQS cbantez plus d'impertinents propos !

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