‹ Molière musicien; notes sur les œuvres de cet illustre maître, et sur les drames de Corneille, Racine, Quinault, Régnard, Montluc, Mailly, Hauteroche, Saint-Évremond, Du Fresny, Palaprat, Dancourt, Lesage, Destouches, J.-J. Rousseau, Beaumarchais, etc.; où se mêlent des considérations sur l'harmonie de la langue françaiseChapitre 42 sur 90 · CORO · texte numérisé non relu

CORO

Mai !

» Apaisez-Yous, questionnaires éternels de rAverne I par pitié, dites*moi quand finiront mes tourments. — Jamais ! »

Cet ensemble était digne de terminer un drame lyrique de la plus haute portée. Je suis étonné que Lorenzo Da Ponte ne l'ait pas reproduit pour Mozart.

L'exclamation d'Arlequin, Mes gages ! mes gages ! que Molière a donnée au Sganarelle de son Don /uan, et qui termine ce drame français, fut une des choses qui scandalisèrent le plus les spectateurs. Le fanatique Rochemont , zoïle de Molière, attaqua violemment ces mots dans le libelle qu'il publia sous le titre d'Observations sur u Tm^-nm m Pcom. Où l'on aurait dû voir seulement le prqpos naïf d'un valet qui ne pouvait être attaché que par l'intérêt à ce méchant patron, qui depuis longtemps s'attendait à le voir périr sous les coups. de la vengeance céleste , et qui , témoin de ce miracle , ne devait regretter que la perte d'un salaire gagné bien durement, on voulut voir le mot d'un impie, qui loin d'être frappé d'une religieuse terreur à l'aspect d'un prodige si terrible, le contemple de sang-froid, en fait presque un objet de dérision. Et cependant ces mêmes critiques , ces envieux prompts à s'alarmer, avaient entendu, trois cents fois au moins, l'Arlequin des Italiens, le Gatalinon des Espagnols, répéter, sur les théâtres de Paris, la même exclamation que Ton réprouvait au moment où Molière la traduisait en français. Noire illustre poète fut obligé de changer le passage à la seconde représentation , et les éditeurs de ses œuvres, publiées en 1682, n'eurent pas la liberté de le rétablir tel qu'il avait été dit à la première.

Il Convitato di pietra est une copie abrégée, arrangée du -

drame espagnol , ayani pour titre m

CoMsiDiu>o DE risDiiA , comcdui faiïiosa del maestro Tirso de

Molina; le Moqueur de Séville et le Convié de pierre. En indiquant

les points sur lesquels rimilalion difïere de l'original , je pourrai me dispenser de donner l'analyse de l'œuvre espagnole, divisée en trois journées.

La duchesse Isabella , séduite à Naples , abandonnée par don Juan, dès la première scène, est supprimée dans le drame italien. Isabella, arrivant ensuite à Tarragone avecFabio, son valet, pour y chercher son infidèle, reparaîtra sous le nom d'E^tèV^, accompagnée du bonhomme Gusman, dans la comédie de Molière. Dona Anna, fille du commandeur Gonzalo de Ulloa, crie au secours lorsque don Juan s'est introduit chez elle. Anna le poursuit , le saisit, dit à son pèfe de le tuer, et voilà tout ce qu'elle fera pendant les trois journées. Isabella, Anna, sont des personnages seulement indiq^ofe. les beaux rôles de femme sont ceux de Tisbea, qui pèche h la ligne, d'Aminta, la paysanne. Tisbea dit une centaine de fort jolis vers, comparant à l'agitation des flots de la mer, la paix de son cœur, non encore atteint , piqué par TAmour, aspic empoisonneur.

Par une combinaison très bien justifiée, don Juan supplante le duc Oltavio , à Naples comme à Séville , auprès dlsabella et d'Anna. Avant de se faire tuer, le commandeur, arrivant de son ambassade à Lisbonne, a le temps de discourir longuement, de conter au roi ses campagnes, ses voyages, de lui donner môme la statistique la plus détaillée du Portugal. Un seul couplet de celle leçon de géographie contient cent trente-cinq vers très harmonieux.

Tisbea, Aminla ne s'abandonnent à leur épouseur que sous bonne cautèle : l'une et l'autre exigent la foi du serment le plus solennel. — Si lu manques à ta parole , que Dieu te punisse , » lui dit Tisbea. — J'ai du temps devant moi , » pense tout haut don Juan. La crédule Tisbea dit, à trois reprises dift'érenles : — Plaise à Dieu que tu ne mentes pas !»

DON JUAN. aaS

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