‹ Molière musicien; notes sur les œuvres de cet illustre maître, et sur les drames de Corneille, Racine, Quinault, Régnard, Montluc, Mailly, Hauteroche, Saint-Évremond, Du Fresny, Palaprat, Dancourt, Lesage, Destouches, J.-J. Rousseau, Beaumarchais, etc.; où se mêlent des considérations sur l'harmonie de la langue françaiseChapitre 53 sur 90 · Acte I, scène · texte numérisé non relu

Acte I, scène

Don Juan tient-il un autre langage que Joconde , lorsqu'il dit:

Ah I la mia lista !

Doman moltna, D'una dozzina S^aumenterà?

Si VOUS ne rencontrez la traduction de ces vers qu'à la fin du couplet suivant, c'est que je veux vous le donner en entier, proposer à nos poètes lyriques un modèle à suivre » et leur prouver, une millième fois, qu'on peut faire des vers même en français.

Va qu'une fête, Vite s*apprêle, Puisque leur tête Faiblit déjà.

Si, vers la place, Fillette passe, Fais boDoe chasse.

Amène-la.

Liberté grande, El qu'on demande La sarabande, Valse, aUemande, Farandoula.

Endors les mères, Grise les pères.

Grise les frères, Remplis les verres Taut qu'on voudra.

Ou blonde ou brune, Ce soir plus d'une Au clair de lune M'éooutera.

Demain, sans peine, D'une douzaine, Ma liste pleine S^augmentera.

Avec des paroles de la sorte ajustées, des vers cadencés, rhy thmés, affranchis, désossés de toute syllabe dure, sifflante, sourde ou mal sonnante , Touragan de Mozart peut défiler avec la rapidité de l'éclair, sans que le chanteur ait à redouter le moindre écueil. Lorsque la voix s'élance à fond de train, à toute vitesse, il faut balayer avec soin le chemin, il faut

éloigner les menus obstacles qui pourraieni la forcer à dérailler. Les morceaux de chant d'une grande rapidité , ces airs, ces duos, où chaque note enlève une parole, abondent, pullulent dans les opéras bouffons italiens, ils nous ont charmés à toutes les époques. Si nos musiciens n'ont jamais pu les introduire sur nos théâtres, c'est que ces airs, ces duos, ne sauraient marcher, courir, voler, qu'à l'aide précieuse de la mesure et de la cadence du vers ; et nos paroliers n'écrivaient qu'en prose. Je les ai mis sur la bonne voie en leur donnant le précepte et l'exemple; plusieurs se règlent aujourd'hui sur mes vers dont tous s'étaient moqués avec l'aplomb de la sottise. On rencontre maintenant de bonnes strophes dans les livrets de M. Sauvage, de M. Scribe même, et M. Paul Touchera produit, en 1844, Richard en Palestine^ drame lyrique en trois actes , écrit en vers mesurés , sans mélange de prose rimée.

CaCalinon, valet que Tirso deMolina donne à son héros, est une ébauche de l'excellent Sganarelle de Molière. Arlequin s'est emparé des facéties de Gatalinon5 mais il les a brodées, chargées de lazzi de clown, dont l'effet devait être puissant, merveilleux.

Les Italiens terminaient à peu près leur comédie au moment où la statue entraîne le rebelle don Juan dans l'enfer. L'auteur espagnol ne regardait pas son drame comme fini ; ce dénouement ne' lui suffisait pas- Après la catastrophe , il ramène tous ses personnages, excepté dona Anna. Isabella , Tisbea, Aminta, que leurs amoureux accompagnent, viennent demander justice au roi ; ce prince permet que le coupable soit mis à mort par les victimes de ses perfidies. Le vieux Tenorio sollicite la faveur de périr à la place de son fils, lorsque l'arrivée de Catalinon, annonçant la vengeance céleste , frappe de terreur l'assistance. — Puisque la cause de tant de désastres est morte, dit le roi, chacun fera bien d'épouser sa chacune. » Ce qui n'éprouve pas la moindre opposition. Enchanté que don Juan lui-même ait justifié pleinement Anna, le marquis de la Mota , second amoureux de la belle,

s'empresse d'aller prendre possession de sa fiancée , la seule dont Thonueur soit resté dans un état parfait de conservation. Gatalinon veut se faire moine, et le roi commande que le tombeau de Gonzalo de Ulloa soit transféré de Séville à Madrid » dans une autre église de Franciscains , afin que la mémoire de l'illustre revenant soit plus grande : por memoria mas grande.

Le souper cbez le commandeur a lieu dans l'église des Franciscains. On y sert des ragoûts de scorpions et des plats de vipères^ sur une dalle de marbre noir enlevée au tombeau. Ce qui fait dire à Gatalinon : — Celte table vient de Guinée, ou bien il n'est personne ici pour la blanchir. »

Gonzalo demande que l'on chante. Un chœur mystérieux fait entendre ces paroles menaçantes : — Que tous ceux qui jugent la justice de Dieu sachent qu'il n'est pas de délai qui n'arrive à son terme , et pas de dette qui ne se paie. Jamais un vivant dans ce monde ne doit dire : Tai du temps detant maiy quand l'échéance est si courte. »

Molière veut aussi que l'on chante à la table où figure le commandeur ; mais c'est à Sganarelle que don Juan demande une chanson, que le valet ne dit point.

Dans l'opéra de Mozart , un orchestre d'instruments à souffle j posté sur le théâtre, fait entendre des morceaux de divers caractères. Tous les airs que les symphonistes de don Juan exécutent pendant son repas, ont été choisis par Mozart dans les opéras en faveur à cette époque (1787), tels que la Cosa raroy Frà due LitigarUi terzo gode^ i PretenienH burlati^ il termine la série par un air des Nozze di Figaro. Leporello signale ces morceaux empruntés, à mesure que le petit orchestre les attaque. Lorsque les clarinettes jouent Non più andraif farfallom amoroso ^ il s'écrie : Questo lo conoseo pur troppo ! Leporello ne le connaît que trop, et pourtant c'est le plus nouveau des airs qui viennent de défiler. Pour rintelligence de ce propos, il faut savoir que Non pi/à andrai avait été sifflé Tannée précédente , à la première représentation des Nozze di Figaro , donnée à Vienne. Cette eipression d'un

souvenir douloureux , ce reproche d'injustice que Mozart voulut adresser au public allemand par la bouche de Leporello, fut regardé comme un trait de malice spirituelle. Tous les airs que la parlition de Don Jimn traîne à sa suite, et que les Viennois préférèrent à ceux de Mozart , ne seraient pas venus jusqu'à nous sans cette remorque satirique d'abord, et précieuse ensuite, puisqu'elle a pu les sauver de l'oubli.

Tirso de Molina et ses imitateurs ont fait chanter un chœur fuuèbre ou bien une joyeuse chanson dans la scène si fameuse du souper. Molière se borne à faire demander cette chanson par don Juan, et Mozart la supprime, sans qu'il en soit même parlé dans son ouvrage. Il remplace très judicieusement la musique vocale par un concert de haulbois, clarinettes^ cors et bassons. Le chant est le langage adopté pour le drame lyrique, tous les personnages y parlent en chantant ; il faut donc s'abstenir, surtout dans une scène capitale, de les faire chanter au repos un air, un duo, qu'ils diraient seulement pour chanter. A moins que cet air, ou ce duo, ne soit, comme la romance d^Richurd Cœur-de-Lion, un ressort ingé* nieux que l'auteur introduit pour amener un bel effet de scène. D'ailleurs le héros de Mozart n'avait*il pas déjà chanté sous la fenêtre d'une camériste, la sérénade ravissante que la mandoline accompagne ?

Plusieurs musiciens, voyant que des moyens empruntés à leur art, étaient employés avec bonheur dans certains drames parlés, ont imaginé que les tragédies, où les voix et les instruments figurent, deviendraient sans effort des livrets excellents pour la scène lyrique. Ils se sont mis à l'œuvre imprudemment, et Texpérience leur a prouvé que les effets de chant et de symphonie sur lesquels ils comptaient le plus n'ont produit aucun résultat Le cor à!Her?uini, le De profundis en plainchant de Lucrèce Borgia, qui frappent de terreur l'assistance lorsqu'ils sonnent sur un théâtre, où l'on n'a jusqu'alors entendu vibrer la moindre note musicale, seront voilés, offusqués, effacés par les ensembles de voix et d'instruments, qui depuis trois heures ont rempli l'oreille, et continuent de

sonner avec la même énergie. Tout est musique dans un opéra ; donc un nioyen emprunté maladroitement à la musique restera dans l'obscurité la plus complète. Trésor de clarté dans le fond d'un cachot, la chandelle cesse de briller si vous l'exposez au grand jour. Quelle sensation produira le cor d'Hemanij poussant timidement sa note suave et ronde, son délicieux soupir de chouette, lorsque trois trombones, deux paires de cors, deux trompettes, deux cornets, soutenus par les jappements d'un ophicléide, vous auront donné du cuivre, pendant trois heures, par-dessus la tête ? Qu'espérezvous de ce mortuaire faux-bourdon qui, se croisant, se mêlant avec le chœur bachique exécuté sur le théâtre, n'est deviné, compris qu'au moment où les moines entrent en scène ? Son eflet n'est-il pas ruiné de fond en comble ? Le souvenir des représentations de Lucrèce Borgia , données sur nos théâtres de comédie , pourra seul vous guider, vous dire le mot de l'éniçme ; et si vous comparez les résultats, l'opéra ne sera point l'objet de votre préférence. Bien mieux encore , bien mieux ! la belle scène des Huguenots^ où les cloches sonnent avec accompagnement de chœur et d'orchestre, cet ensemble harmonieux, colossal et justement applaudi, ne vaut pas, bien s'en faut ! le tocsin de Charles IX^ tragédie de Chénier. Ce glas lugubre, qui se faisait entendre, même après la chute du rideau, pendant tout le dernier entr'actes, inspirait une terreur constante, nul ne disait un mot dans la salle, on respirait à peine, tant ce tocsin dépouillé de toute espèce de fioritures de violons, de cymbales et de grosse caisse, avait de tristesse poignante et solennelle I

Revenons au Burlador de Setilla.

Don Juan a tiré la barbe de la statue , en l'invitant à souper. Ce geste, injurieux jusqu'à l'outrage, est supprimé par les imitateurs du drame espagnol.

Dans la sérénade que le marquis de la Mota fait donnera sa Qancée Anna, les musiciens chantent :

El que un bien gozar espéra, Quando espéra désespéra.

En feuillelant el Burlador de Setilla^ Molière n'aurait-il pas rencontré la pointe du sonnet d'Oroqte?

Belle Philis, on désespère Alors qu'on espère toujours.

Dans le Roman de la Rose, Jean de Aleung avait ébauché cette idée, que je pourrais même faire remonter jusqu'à r Enéide.

Amours si est paix haineuse, Amours est haine amoureuse ; C'est loyaullé U desloyalle^ C'est la desloyaulté loyalle ; C'est la paour tonte asseurée, Espérance désespérée.

Avant d'aller plus loin» il faut que je revienne sur mes pas, afin de remonter à la source de tous les Don Juan. Il faut que mon arbre généalogique soit complet; on ne sera pas surpris de voir la fable servir de prélude à l'histoire.

Don Juan, voluptueux sans amour, brave sans générosité, ne pouvait appartenir aux temps de loyauté chevaleresque, temps qui prirent le Gid pour symbole ; il est né beaucoup plus tard, pense M. de Puibusque (1) ; une légende populaire nous a conservé le souvenir de son origine.

— 11 advint un jour, disent les Chroniques de V Andalousie, qu'un jeune écervelé, don Juan Tenorio, rejeton d'un des vingt-quatre de Séville, tua d'un coup d'épée le vénérable commandeur UUoa, dont il avait enlevé la fille. On ensevelit cet illustre guerrier dans le couvent de Saint-François, où sa famille avait une chapelle ; une statue lui fut érigée. Les frères Franciscains, voyant que le meurtrier trouvait dans les privilèges de sa naissance une protection assurée contre la justice, résolurent de suppléer à l'impuissance des lois, l'attirèrent la nuit dans leur couvent, et le mirent à mort,

(i) ffisloire comparée des liUêralures espagnole et française. î vol, in-8, Paris, tSiS.

puis ils répandirent le bruit que don Juan avait osé braver, insulter le commandeur jusque sur sa tombe, et que la statue s'animant tout à coup, avait précipité Timpie dans les flammes de Tenfer. »

Un auteur inconnu versifia ce conte populaire, que Ton Joua de tradition dans les couvents sous le titre de el Ateista fiilminado, rAthée foudroyé. Gabriel Tellez , père de la Merci, docteur, maître en théologie, prédicateur de la Nouvelle- Castille, et, plus tard, commandeur du couvent de Soria, Gabriel Tellez, que tant de charges ecclésiastiques engagèrent à se servir du pseudonyme Tirso de Afojma, fit le premier une comédie régulière sur ce sujet, et IHntitula le Moqueur de Séville et le Convié de pierre*

Si don Juan Tenorio, le héros de Tirso, de Giliberti, de Molière, de Mozart n'appartient qu'aux derniers temps du moyen âge, ainsi que le pense AL de Puibusque, la statue du commandeur UUoa, l'uom disc^so, Thomme de jaspe, de pierre, qui marche, se promène, parle, agit» menace, accomplit les vengeances divines, en se laissant tomber sur les coupables, qu'il écrase de sou poids; ou bien en leur brisant la main dans l'étau de son gantelet, pour les ratrainer ensuite dans l'abtme infernal ; ce marbre, ce bronze animé

Poar reflh>i de la terre et Texemple des rois,

avait quitté son piédestal depuis quelques milliers d'années, lorsque les Franciscains de Séville imaginèrent d'emprunter aux Romains, aux Grecs, aux Égyptiens mêmes, cet ùtra ou ce moyen fantastique, d'un effet alors incisif et certain. Quelques fails historiques, puisés aux meilleures sources, m'aideront à prouver, sinon les actions de la statue déambulante et vengeresse, du moins la croyance que les peuples et même les sages de l'antiquité la plus reculée, professaient à l'égard de ce prodige.

Les habitants de Sinope, ville du royaume de Pont, s'opposaient vivement à l'émigration de la statue du dieu Serapis, qu'un Plolémée voulait faire transporter en Egypte.

La Statue, s'animant tout à coup aux yeux de la foule assemblée pour Tarréter, descendit gravement de son piédestal» marcha jusqu'au port, et d'elle-même, alla se placer dans le navire des Égyptiens.

Benjamin de Tudèle» espèce de Juif errant, qui parcourait le monde en 1173, affirme qu'il a vu près du lac Asphaltite la statue de sel en laquelle fut changée la femme de Loth.-* A la vérité, dit-il, elle diminue à force d'être léchée parles animaux; mais elle reprend aussitôt sa première grosseur. » A la pompe funèbre de Ptolémée Soter, il y avait une figure de douze pieds de hauteur, représentant la nourrice de Bacchus. Cette statue^ montrée assise, se levait de son siège, sans que personne y touchât, versait du lait contenu dans un vase d'or, et se rasseyait à sa place. R0U.IN, Histoire ancienney édition de 1743, tome VU, page 340.

Le squelette qui se meut de lui-même, selon Pétrone, Festin de Trimalcion^ prouve que les Romains construisaient de ces mécaniques ingénieuses, ainsi que les Égyptiens et les Grecs.

Le poète Claudien parle d'une statue de Mars, entièrement de fer, et d'une Vénus aimantée» construites de manière, que lorsqu'on voulait les mettre en action , elles venaient aussitôt s'embrasser.

— Si je n'ai pas le talent de vous persuader, j'espère que vous serez plus sensible aux instances de ma femme Apéga, » disait Nabis, tyran de LacMémone, à ceux qui lui refusaient de l'argent. Il entrainait, l'un après l'autre, ces infortunés dans l'appartement de sa prétendue femme, qu'il prenait aussitôt par la main, la levait de sa chaise, pour la conduire h sa victime. Couverte d'habits magnifiques, cette imaga d'Apéga, très ressemblante, et que des ressorts cachés faisaient agir, avait les mains, les bras, la poitrine hérissés de pointes acérées, imperceptibles, qu'elle enfonçait dans le corps du malheureux en l'embrassant. Il ne résistait point à de semblables étreintes, et la douleur le forçait bientôt d'abandonner une partie de sa fortune au tyran.

Le peintre célèbre Léonard de Vinci, mécanicien du plus grand talent, fut chargé d'inventer quelques machines extraordinaires pour l'entrée de Louis XII à Milan : tels étaient alors le goût et la magnificence des fêtes les plus brillantes. Parmi les choses ingénieuses que produisit cet artiste, on remarqua surtout la figure d'un lion, remplie de ressorts d'un travail étonnant Cette figure isolée marcha quelque temps devant ie roi, lorsqu'il entra dans la salle du palais; s'arrélant tout à coup, et se tournant du coté du prince, elle ouvrit son poitrail, dans lequel étaient peintes les armes de France.

Tfaéagène, fameux athlète, avait été couronné quatorze cents fois aux jeux olympiques. Un homme de cette force ne manqua pas d'avoir des envieux. Après sa mort , un de ses rivaux malheureux insulta sa statue, en lui tirant la barbe, en la frappant de plusieurs coups. Sensible à cet outrage, la statue tomba sur le coupable et l'écrasa. Les fils de l'homme défunt la poursuivirent juridiquement, et les Thassiens, d'après la loi de Dracon sur Thomicide, ordonnèrent que la statue serait jetée à la mer. Pausanias raconte ensuite comme quoi les Thassiens furent affligés d'une cruelle famine, qui les punit de leur bizarre exécution. L'oracle de Delphes consulté, dit qu'ÂpoUou réclamait son Théagène, si brutalement noyé. Heureusement pour le peuple de Thasse, des pêcheurs ramenèrent la statue en retirant leurs filets de la mer. Le Théagène de marbre fut aussitôt remis sur un nouveau piédestal en grande pompe ; et la famine cessa pour toujours. Le bruit de tant de merveilles ne tarda point à se répandre, et plusieurs villes de la Grèce rendirent des bonneurs divins à l'athlète si bien protégé par Apollon.

La statue de Mythis, lâchement assassiné, tomba sur son meurtrier et l'écrasa.

— Dans un couventde Pile de Scyros, on garde avec beaucoup de respect une plaque d'argent sur laquelle on a grossièrement incisé saint Georges à cheval. Les habitants de Scyros attribuent à cette image des choses surprenantes.

Quand tout le monde est en prières dans l'église qui la pos« sèdiB, on voity disent-ils, l'image se remuer d'elle-même, et toute pesante qu'elle est» voler en l'air jusqu'au milieu de l'assemblée; s'il s'y trouve quelqu'un qui ait fait un vœu à l'église et qui tarde trop à l'accomplir , elle va le démêler dans la foule, se place sur ses épaules, s'y attache opiniâtrement, et lui donne de furieux coups sur le dos et sur la tête, jusqu'à ce qu'il ait payé ce qu'il a promis. Ce qu'il y a de plus étonnant, continuent les crédules apologistes, c'est que l'image n'a pas seulement celte vertu dans l'enceinle de l'église; elle s'étend également dans tout le territoire de Scyros, où elle va déterrer un homme parjure à ses engagements, jusque dans les lieux les plus cachés.

9 Voici la manière dont elle fait sa ronde : un moine aveugle la porte sur ses épaules, sans savoir où il va ; l'image le conduit, par une secrète impression, dans tous les endroits qu'elle veut visiter, et ce porteur ne fait jamais un faux pas. Le débiteur qui l'aperçoit venir de loin, a beau tâcher de se dérober à ses poursuites, en se cachant dans les réduits les plus obscurs et les plus ignorés de la maison, le moine aveugle va le trouver d'un pas ferme et sûr, monte, descend, entre partout; aussitôt qu'il a joint son homme, l'image lui saute sur le cou, le bat, et s'appesantit sur lui tellement, qu'il est piès d'en être accablé : son supplice dure jusqu'à ce qu'il ait satisfait ses créanciers. Tournefort, Voyages,

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