BU BOURGEOIS QUI AIMA UNE BAUE
— Certaine dame, épouse d'un chevalier puissant, devint veuve. Quoi qu'on en dise, ce chagrin est de tous ceux qu'une femme peut éprouver celui qu'elle oublie le plus volontiers. Pour un homme qu'elle perd, elle en retrouve vingt qui la consolent, qui rappellent leur dame, leur amie, et s'empressent d'essnyer ses larmes. Celle-ci néanmoins se corn* porta bien différemment. Jeune et très aimable, beaucoup de galants vinrent la solliciter en vain ; renonçant au ma-
riage, elle vécut dans la retraite, uniquement occupée de celui qu'elle avait perdu.
» Parmi les soupirants était un gentilhomme de ses voisins, riche, plein de courage et d*une belle figure. Il vint chez elle et se présenta même en qualité d'épouseur : mais il fut contraint de se retirer, la dame lui déclara qu'elle voulait rester veuve. Après un aveu qui lui laissait aussi peu d'espoir, au lieu de renoncer à Tobjet de son amour il n'en fut que plus épris : on eût dit que les obstacles animaient son ardeur. Bientôt il ne lui resta que le plaisir de voir sa mie quand elle allait à Féglise, ou celui de penser à elle quand il ne la voyait point Insensiblement il perdit l'appétit et le sommeil, devint triste et farouche, et prit la vie en aversion.
» Dans cet état il entendit parler d'un juif, renommé pour sa science occulte, grand astrologue et nécromancien. Beaucoup de gens se louaient d'être allés consulter cet habile homme; notre amoureux y voulut aller aussi. Un malade ne croit-il pas que tous les remèdes dont il entend parler doivent le guérir? Il chercha d'abord à se concilier le magicien par un présent, lui conta l'histoire de ses malheureuses amours, et finit en le priant de lui procurer la jouissance de la belle veuve ; promettant une somme considérable s'il obtenait ce bonheur tant désiré. Le juif en donna sa parole; mais, avant tout, une condition préliminaire, dure, il est vrai, néanmoins indispensable fut exigée : c'était de renoncer à Dieu, à la Vierge, à tous les saints du paradis. — Alors, » dit le circoncis, j'emploierai pour séduire votre maitresse »un charme sûr ; je la rendrai plus ardente que la braise, > et je veux qu'elle-même accoure se jeter dans vos bras, d
»A cette proposition, le gentilhomme hésita quelque temps. D'un coté, damner son ame... Mais de l'autre aussi, coucher avec celle qu'il aimait tantl... Prenant enfin son parti, le galant offrit de renier tous les saints et Dieu luimême, sans vouloir renoncer en aucune manière à Notre- Dame. En vain le sorcier lui représenta que dans un march(^
d'une telle importance» une vierge de plus ou de moins ne devait point Tarréter ; le bon gentilhomme continua de ré* sister, parce qu'il savait bien que s*il se conservait la Vierge pour amie, il obtiendrait un jour par elle son pardon. Au moyen de ce subterfuge, il espérait attraper le diable, en se réservant une porte de salut ; mais sa ruse fut devinée, il sortit saos rien obtenir.
9 Avant de rentrer en son logis, il entra dans une ^lise pour se plaindre à celle dont l'amitié venait de lui faire man« quer sa maîtresse, et pour la supplier de réparer au moins le malheur qu'elle avait causé. Il s'approcha donc d'une image de Notre-Dame, et lui dit tout haut : — Douce mère )) de Dieu, donnez-moi celle que j'aime, ou faites que je ne )D l'aime plus. » Sa prière fut exaucée, et l'image inclina même la tête, en signe d'approbation. Néanmoins il ne vit pas ce signe, tant il élait préoccupé de son amour, et continua toujours ses génuflexions et ses révérences. Mais la veuve était aussi dans l'église, quoiqu'il ne l'eût point aperçue. Celle-ci remarqua très bien l'action de la Vierge : elle vit qu'à chaque génuflexion du gentilhomme, la statue faisait une nouvelle inclination de télé. Alors elle comprit que ce chrétien était aimé de sainte Marie, et qu'elle avait eu tort de ne pas l'aimer elle-même.
» Elle le suivit donc au sortir de l'église, et lui demanda pourquoi son visage élait si changé, dans quels lieux il était allé depuis qu'ils ne s'étaient vus. Pour toute explication, il raconta naïvement l'histoire entière de ses amours, depuis le premier refus qu'il avait éprouvé jusqu'à sa prière à la Vierge. — Marie vous a récompensé de son attachement pour » elle, reprit la dame ; je serai votre épouse quand il vous
» plaira. »
» Ils se marièrent quelques jours après, et servirent tous deux Notre-Dame, tant qu'ils vécurent. »
LeGRâND D'AuSSY, Contes dévots tirés et tradaits des manuscrits du XII* siècle.
VAteista /ulmif Muf o , atUo sacramentali mystère» drame,
tragi-comédie ou ce qui tous plaira^ représenté dans les couvents d'Espagne, dans le moyen âget atUoreincerto, ignoUh
El Burlador de Semlla y conMdado de jnedra^ oomedU famoM dei BMMtro Tirso de Molina (Gabriel Tellez) ; 1620 ou
// ConvUaio dipietrat imitation de la comédie espagnole de Tirso de Molina, représentée à Paris, au théâtre du Petit-. Bourbon, par les comédiens italiens, en 1657. Cette pièce était calquée sur la comédie en prose d'Onofrio Giliberti, de Solofra, mise en scène àNaples, en 1652.
Le Festin de Pierre^ ou le fils criminel^ tragi-comédie en cinq actes, en vers, de Dorimon, représentée à Lyon en 1658; à Paris, sur le théâtre de la rue des Quatre-Vents, par la troupe de Mademoiselle, en mars 1661.
Marotte Âuzillon, femme de Dorimon, faisait des vers; et, par allusion à ce fils criminel, adressa les rimes suivantes à son mari :
Encore qae je sois la femme, El que lu me doives ta foi, Je ne te donne point de blâme D^avoir fait cet enfant sans mm; Cependant ne me crois pas buse.
Je oonoaisle sacré Talion, Et si tu vas trop voir ta muse.
J'irai caresser ApoUon.
Dorimon avait représenté son -Festtn de Pierre devant une partie de la cour de Louis XIV, à Lyon, lorsque -ce roi vînt en celte ville, en novembre 1658, pour y rencontrer la princesse Marguerite de Savoie.
— J'oubliais de dire qu'il y avait à Lyon deux troupes de comédiens, dont Tune était très bonne. Ils affichèrent les Comédiens de Mademaisellef et avec raison. Ils avaient joué trois hivers de suite à Saint-Fargeau (1). Monsieur y alla
(0 Jolie petite ?îlle du département de l'Yonne, où M"* de Montpens<er possédait le château bâti par Jacques Cœur, et qu'elle babiia pendant son exil, après les guerres de la Fronde.
280 DON iUAN.
aussitôt qu'il fut arrivé ; pour moi, j'attendis au lendemaio. » h"* de HONTPENSIER, Mémoires^ 1658.
Le Festin de Pierre, ou le fils criminel, tragi-comédie en cinq actes, en vers, traduite de l'italien, par de Villîers, représentée à Paris, sur le théâtre de THotel de Bourgogne, en 1659.
Don Juan^ ou le Festin de Pierre, comédie en cinq actes, en prose, de Molière, représentée sur le théâtre du Palais-Royal» le 15 février 1666.
— Molière vit et vivra jusqu'à la fin des siècles dans ses ouvrages. On croit tous les jours n'avoir pas perdu le fameux Poisson, quand on voit son fils. M"** Desmares rappelle toutes les idées de M"* Gfaampmeslé, son illustre tante, quand elle joue dans la tragédie, et de M"* Beauval quand elle a des rôles comiques. Mais le charmant, le gracieux, l'inestimable Raisin; mais Brécourt, La Grange, de Villiers, si bon dans les rôles de Gascon, d'ivrogne, de marquis ridicule ; et Rosimond, l'idole de la rue aux Fers et lieux adjacents; d'Auvilliers, à qui sa voix séduisante dans la déclamation avait fait tant de partisans. Qui fera connaître tous ces acteurs, je ne dis pas seulement h nos neveux, mais même à la jeunesse de nos jours ? Qui leur rappellera les merveilles de l'inimitable Arlequin Dominique, les charmes de la nature jouant elle-même à visage découvert sous les traits de Scaramouche (Tiberio Fiurelli)? Il n'est point jusqu'à Gherardi, à Mezzetin (Angelo Gostantini), qui, en comparaison de ces grands comédiens, n'ont été que fort médiocres, dont on ne voulût connaître les jeux, et ce que les Italiens appellent tom; ainsi que plusieurs autres Italiens et Français, qui ont eu de très bonnes parties pour leur métier. Tout cela commence de n'être plus connu des personnes de vingt ans ; jugez de ce qu'ils seront à la cour de monseigneur le ducdeBretagne(l)I..
(1) Arrière-pelît-fils de Louis XIV. Co duc de BreUgae était alors âgé de quelques mois.
D Je crois qu'on aurait moins de peine à être éclaifci de ce qu'était la comédie sous Tempire de Jules César, que de ce qu'elle a été sous le règne de Henri IV, et cependant j*ai trente expériences pour me prouver qu'on écouterait avec plus d'attention une personne qui en raconterait les circonstances du temps de ce grand et de ce bon roi, qu'on ne lirait un historien faisant un détail bien circonstancié de toutes les actions les plus particulières de la bataille de Goutras.
» La peinture des divertissements des temps passés a une gr&ce de nouveauté pour ceux qui ne les ont pas vus, et ne manque jamais de réveiller une agréable réminiscence de ceux qui en ont été les témoins...
» Boscius est plus connu de moi quand je lis son portrait dans Cicéron, que ne le sont de cette jeune moitié de Paris qui entre dans le monde, Floridor, Montfleury, La Tborillière, La fleur, La Thuillerie, Champmeslé, etc., encore passe pour ceux-là : quelque mérite qu'ils aient eu, ceux qui sont morts sont morts, comme on dit vulgairement* Mais combien y a*t-il de gens qui ne connaissent pas même M. Rosélis, tout plein de vie qu'il est, aussi bien que cet unique et incomparable acteur (1), qui, comme lui, n'étant mort que pour le public, semble tous les jours redoubler aux yeux d'un petit nombre de personnes augustes et délicates les prodiges de ses talents, pour faire mieux sentir à ce public la perte qu'il fit le jour de sa retraite? » Palaprat, Préfouje de
Uê OEuvrts^ Paris, Briasson, 1693, deux volumes in-12.
Après un tel prélude, une semblable déploration, on attend que Palaprat s'empresse de réparer la faute de ses devanciers, en nous donnant les détails les plus complets
(I) Baron (Mîchd Boyron, dtl), père d'Éiîenne qui mourut élant encore authéJitreen 171 1. Michel, né à Paris en 1653, paraît en février 1666, dans la troupe des petits comédiens de Mgr le Dauphin et débute à celle du Palais-Royal en 1670, passe k THotel de Bourgogne en 16TI, revient à l'fiotel Guénégand en 1 660, se relira en ICOI, rentre en 1720» meori étiniaiieofe an thèâtM, le a) déoembrt 1716.
sur les bons acteurs de son temps ; point du tout ; à peine s*il en fait mention en accompagnant leurs noms d'une ou deux phrases : li counseyaire sountpas U pagaire; les conseilleurs ne sont pas les payeurs.
De Villiers, gentilhomme, unit sa carrière dans une terre qji'il avait acquise près de Paris. C'était un petit homme, ayant la voix claire et légère, il mettait beaucoup d'esprit et de finesse dans son jeu.
le NouveauFestin dePierre^ ou F Athée foudroyé, tragi-comédie en cinq actes, en vers, de Rosimond, représentée sur le théâtre du Marais, rue Vieille-du-Temple , avec danses» machines et décorations, en novembre 1669.
Le quartier du Marais est le berceau des pièces à grand spectacle, à machines ; depuis 1640 jusqu'à ce jour, on a vu le mélodrame établir ses pompes dans les entours du boulevart du Temple. Avant l'établissement de FOpéra, c'était li que la mise en scène se montrait avec tous ses prestiges les plus surprenants. Les premiers drames lyriques représentés à Paris en 1 645 et 1647, par les Italiens que le cardinal Mazarin avait appelés en France, augmentèrent chez nous le goût des pièces à machines et décors ; on les offrit d'abord au public sans acteurs chantants, par la raison que nous n'en avions point encore ; mais on y mêlait de la symphonie, et parfois quelques airs chantés par des virtuoses placés dans des loges treillissées. La Festa teatrale délia finta Paxxa, k Nozze di Teti e di Peleo^ donnèrent l'idée de V Andromède^ de Pierre Corneille, mélodrame à grand spectacle, mis en scène avec pompe sur le thé&tre du Petit-Bourbon, en 1650. Bûsaura^ impératrice di CostatUinopoli, représentée par les Italiens, sur le même théâtre, le 20 mars 1658, avec plus de luxe et de variété dans ses tableaux (l), fit éclore la Toison
(l) Avec des plus agréables et magnifiques vers, musique, décorations, changements de théiitre et machines : entremêlée, entre chaque acte, de ballets d'admirable invention. (Extrait du programme distribué dans la salle. La rédaction de ce programme curieux éuit de Trivelin.)
d^ÛTy de Pierre Corneille, que le marquis de Sourdéac produisit, en 1660, à ses frais, en son chaleau du Neubourg, en Normandie, près de Bernay.
Après ces premières et brillantes épreuves, le mélodrame alla s'établir au théâtre de la rue VieilIe-du-Temple. Tandis que les acteurs de THotel de Bourgogne se contentaient de quinze sous pour montrer les chefs-d'œuvre de Rotrou, de Corneille, au public parisien, les comédiens du Marais faisaient payer très souvent un louis d'or, il fr. 50 c, le droit d'assister à leur spectacle, aux balcons, et 3 livres, sans siège, debout au parterre. Quand l'Opéra français fut établi par Perrin et Gambert, en 1671, les prix de ce spectacle somptueux n'excédèrent pas ceux du théâtre du Marais, dans ses jours extraordinaires.
Ne TOUS a-l-elle pas charmés, Notre AmariUis adorable?
N'est-il pas vrai que vous l'aimez Au moios autant qu'elle est aimable...
Venez donc tous les curieux, Venez apporter votre irogne.
Dedans notre Hôtel de Bourgogne, Venez en foule, apportez-nous Dans le parterre quinze sols»
Cent dix sols dans les galeries.
De Yilliers, annonçant au public la deuxième représentation d'iitnartï/à, pastorale en cinq actes, en vers, de Rotrou, que Tristan l'Hermite avait retouchée.
— Je ne saurais regretter les quatre louis (46 fr.} que je donne pour une logea l'Opéra; et je ne regarde pas autrement l'argent que je mets sur une carte. Je le crois perdu quand je l'expose, et l'espoir de le retirer avec quelque profit, ne produit en moi qu'une curiosité, qui me sert d'amusement agréable. x> En^ivliens galants, lb jbu, tome ii, page 188. Paris, Jean Ribou, 1681.
Autrefois» en arrivant aux bureaux de distribution des
9M DON JtJAN4
théâtres, on recevait pour son argent une marque^ morceau de carton imprimé qui désignait» marquait ]a place que vous aviez choisie et payée. Si, pendant la durée du spectacle, il TOUS plaisait de sortir, vous receviez au contrôle un autre morceau de carton, passe-port nécessaire pour votre rentrée, nommé contre-marque^ attendu qu'il vous avait été donné pour remplacer \a,marque déjà déposée. Maintenant la marque a pris le nom de billet, et Ton dit toujours œntre-marque^ au lieu de corure-bUlet. Lorsqu'un mot est changé complètement ou corrompu, ses dérivés font retrouver facilement son origine. Les coupes ont disparu de nos tables, mais il nous reste les soucoupes»
Le mot de marque était encore en usage au commencement du dix-huitième siècle, témoin ce passage de Gil Bios de Santillane, livre vu, chapitres. — Sitôt que j'arrivai à la porte de la comédie, et que je me dis frère d'Estelle, tout me fat ouvert. Vous eussiez vu les gardes s*empres$er à me faire un passage, comme si j'eusse été un des plus considérables de Grenade. Tous les gagistes, receveurs de marques et de contre-marques que je rencontrai sur mon chemin, me firent de profondes révérences. »
Le divertissement dramatique n'était point alors à prix fixe comme il l'est aujourd'hui ; on payait double aux premières représentations. De là vient cette locution : pièce donnée au double pendant trois, cinq, trente représentations. Pour la deuxième et les suivantes, il fallait obtenir l'autorisation du lieutenant civil du Ghàtelet. VInconnuy comédie héroïque de Thomas Corneille et de Visé (1675), eut une longue série de représentations, dont vingt-huit consécutives ^ren^ au cfam6fe. Circé , de Thomas Corneille , produisit d'immenses recettes pendant un plus grand nombre de représentations au double. Ces deux pièces étaient des mélodrames à grand spectacle,avec jeu de machines. Le Mercure galant^ comédie en cinq actes, de Boursault, privée de tous ces brillants accessoires, dont laComédie-Française avait cru devoir s'emparer afin de conserver Taffidction du public i h Merewte g«bmi| exécuté bourgeoise-
ment dans un salon, fut au double pendant plus de huitante représentations consécutives, en 1683, lors de sa nouveauté.
Les comédiens du Marais augmentaient leurs prix suivant la marchandise qu'ils offraient au public, et certes, le mérite littéraire n'était considéré pour rien dans cette augmentation. Molière écrivait son admirable Don Juan^ que l'on acceptait avec indifférence, en 1665. Quatre ans après, Rosimond fabriquait à coups de serpe le Nouveau Festin de Pierre^ ou V Athée fbudrayiy pour le théâtre du Marais, s'y produisait avec tous les agréments du décor, des costumes, des machines, et la foule courait applaudir l'informe tragi-comédie de Rosimond, équipée à la mode, et parée d'une infinité d'ornements séducteurs. Le Don Juan de Rosimond était pourtant le sixième que l'on offrait aux Parisiens, coup sur coup, depuis quatorze ans; mais nulle entreprise dramatique ne s'était encore avisée de donner à ce drame fantastique le luxe de mise en scène qu'il réclamait
Le brave Rosimond se rend pleine justice dans sa préface, la plus humble que je connaisse, et digne d'un père de l'Église qu'il était.
— Lecteur, ce n'est pas d'aujourd'hui qu'on t'a présenté ce sujet. Les comédiens italiens l'ont apporté en France, et il a fait tant de bruit chez eux, que toutes les troupes en ont voulu régaler le public. M. de Viliiers l'a traité pour l'Hôtel de Bourgogne, et M. de Molière l'a fait voir depuis peu avec des beautés toutes particulières. Après une touche si considérable, tu t'étonneras que je me sois exposé à y mettre la main, mais apprends que je me connais trop pour m'étre flatté d'en faire quelque chose d'excellent, et que la troupe, dont j'ai l'honneur d'être, étant la seule qui ne l'a point représenté à Paris, j'ai cru qu'y joignant ces superbes omemerUs de théâtre qu'on voit d'ordinaire chez nous, elle pour* rait profiter du bonheur qu'un sujet si fameux a toujours eu. Tu t'étonneras des fautes qui sont en cet ouvrage ; mais excuse une première pièce, et sache qu'il est impossible de mettre celle-ci dans les règles*. •
)» Fais-moi la grâce i cependant, de ne pas confondre ce FesUn de Pierre avec un que tu as pu voir sous le nom de M. Dorimon; nos deux noms ont assez de rapport pour t'empécher de lire celui-ci , croyant que c'est le même ; et quoique le sien soit infiniment meilleur, ne me refuse pas un quart d'heure de ton temps. Adieu. »
Dorimon et de Villiers n'avaient point osé peindre au naturel un athée ; leur don Juan ne se mettait pas en prise à cet égard, et Molière fut obligé de supprimer des traits un peu trop «cérés. Rosimond devait nécessairement justifier son titre. Afin d'y parvenir sans danger, il ne produisit en scène que des personnages païens. Des païens en Espagne en 15001 des païens avec la cape et Tépée, en mantille et en basquine! Don Juan put alors professer hautement l'athéisme, sans le moindre scandale; mais aussi, convenonsen , sans le moindre efifet A force d'avoir des dieux, les païens n'en avaient pas du tout. Il faut nécessairement qu'un athée soit placé parmi des chrétiens, que lui-même il ait été baptisé, pour que son reniement de la Divinité puisse inspirer de l'horreur. Les Grecs et les Romains se souciaient bien peu que l'on fAt athée ou croyant; plusieurs de leurs sages tenaient école publique de matérialisme.
Le paganisme que Rosimond prête à ses personnages élait d'une facile exécution. Au moyen d'une x, Dieu devenait dieux^ et don Juan, ses compagnons pouvaient alors braver la censure, la hart et même le bûcher. N'avons-nous pas vu l'adroit Arlequin invoquer Jupiter dans son apologue du petit cochon?
LéoNOR,
L*ingral me promettait qu'il serait mon époux.
CARRILLB.
Mon mattre épooaeraît, je crois, tonte la terre.
L^ONOB.
Mais quoi, ne craint-il pas les éclats du tonnerre ; El qu^il ne soit pnni de son manqae de foi ?
CARBILIB.
Vous le connaisse! mal, il n'a ni foi ni loi.
Madame, et n^admet point de dieux que son caprice» Et sans cesse du dei il brave la jusiice. , .
LÏONOR.
Après ta lâcheté, le ciel ni son courroux Ne t'intimident point ?
non jUAir.
]1 songe bien ii nous.
LiONOE.
Va, suis l'eroporiement de ton ame infidèle. Les dieux embrasseront cette juste querelle, Et.,.
Ne les réglez point suivant votre intérêt. Laissez-les, sMl en est, agir comme il leur platt.
— - CùrUuîeUorey H proieita Vauloret che servendoêi délie voei fato, forlnna, cielo, deii^, e simili, non initnde êiano prese in senso di verità, ma solo corne mère espressioni poetiche; stante che sgli vive soUoposlo al relia giudizio délia caltolica ehiesa. Fivi fèlice.
Cet avertissement est mis en tête du Convtuto «î pietra, opéra regia ed esemplare, édition de Trévise, sans date. De semblables protestations précédaient autrefois toutes les pièces de théâtre italiennes dans lesquelles figuraient les mots de destin, fortune^ divinité^ ciel et d'autres semblables. L'auteur, vrai chrétien, catholique zélé, prenait ses précautions afin que ces expressions poétiques ne fussent point prises dans leur sens littéral, ce qui les aurait fait suspecter de paganisme.
Rosimond a soin de donner le nom de Pierre tin commandeur de UUoa , dont l'épitaphe , gravée sur son tombeau , commence par ces lignes :
Don Pierre, par la main d'un traître»
Dans Séville a reçu la mort.
La Statue d'un trépassé que l'on nomme Pierre vient s'asseoir à la table de don Juan; Pierre y doit souper, c'est donc le festin de Pierre. Rosimond justifie en quelque sorte le titre de sa pièce, et corrige la faute excusable de ses devanciers.
Claude La Rose, sieur de Rosimond, auteur de sept pièces de théâtre^ comédien tenant les premiers rôles d'une manière
DONlUAIf.
très remarquable, puisqu'il fat jugé digne de succéder à Molière, au théâtre du Palais-Royal, en 1673; Rosimond avait publié , chez Guillaume Desprez, et sous le nom de J.-B. du Mesnilf un volume in-4 portant ce titre : Vies desSainti pour tous les jours de Pannée, 1680. Ce livre très bien fait, revêtu de rapprobation des autorités ecclésiastiques, avait eu beaucoup de succès. Le comédien, père de l'Église pseudonyme, n'en fut pas moins enterré sans prêtres ni luminaire, sans aucune prière. On refusa les honneurs de la sépulture chrétienne à l'auteur d'une légende estimée autant qu'elle était édifiante.
Le nom de Tirso de Molina (1} cachait un religieux de la Merci, commandeur du couvent de Soria, s'exerçant à composer des drames très profanes. Le nom de /.-R du Mesnil abritait le comédien publiant les Vies des Saints. Rapprochement singulier! et pourtant l'un et l'autre étaient forcés de
recourir à ce déguisement littéraire.
Mange.
CARRILLI.
Je ne ùarais, j'ai perdu Tappélît,
Bois doue.
CARRILLB.
Ah I mon gosier, seignear, est trop petit,
Chante,
CARRILLB.
Vons moquez-vous? Hélas! ma chanterelle Est prête à se casser.
Danse.
CAMULLB.
Point de nouvelle^ Nous allons trop danser le branle de la mort.-
(l) Tirso de Molina, petite ville de la Castille nourelle. C'est la seule explication de ce pseudonyme à laquelle on doive s'arréler ; plusieurs ont voulu le traduire par Thyrse du Moulin et même par Thyrse de Laine» Voyez le Journal des Débats dn 4 juin i849,
DON lUAN.
La eJumteréUe est celle des cordes du violon, et des instru* ments semblables, dont le son est le plus aigu.
Comme les motifs du chant des instruments sont placés le plus souvent dans les hautes régions de leur diapason, et que, par cette raison, le solo de violon, de viole ou de violoncelle s'exécute en majeure partie sur la corde la plus aiguë, cette corde a reçu le nom de ehanierelkf corde destin née au chant, tandis que les autres semblent être réservées plus particulièrement à l'accompagnement.
La plaisanterie de Garrille est de très bon goût, lorsqu'il compare sa voix à la chanterelle d'un violon prête à se casser. Elle prouve que le mot dumUrelle était en usage depuis longtemps en 1669, puisque Rosimond l'employait dans une pièce de thé&tre. Cet auteur se serait gardé soigneusement de hasarder une facétie que tout le monde n'aurait pas comprise à Tinstant.
Groira-t-on que le plus grand nombre de nos journalistes se mêlant d'écrire sur la musique ne comprennent pas aujourd'hui ce que le populaire parisien comprenait à merveille en 1660? Le feuilleton musical I d'une immense feuille quotidienne livrait naguère à ses lecteurs cette phrase phénoménale ! — Qu'est-ce que jouer du violon ? C'est promener une chanterelle sur un boyau. » L'auteur anonyme de cet article croyait naïvement que Ton avait réuni les crins de l'archet pour former ce qu'on nomme une chanlÊfelk. On ne saurait expliquer autrement sa phrase énigmatique, amphigourique. Si c'est le boyau que nous appelons chanterMe^ il faut bien que nous transportions ce nom à l'archet puisque c'est lui qui se promène, afin d'arriver à comprendre ce que le journaliste a voulu dire. Un de ses confrères adressait des compliments affectueux au statuaire Milo sur la beauté de sa Vénus. Ce même critique nous a vanté la ville de Cannes, doublement célèbre, disait-il, par la victoire d'Ânnibal et le débarquement de Napoléon. Hérault de Séchelles était en quête des Lois de Mincê (titre d'une tragédie de Voltaire), pour lui servir à rédiger notre première constitution; M** de
i46 DON lUilN.
Genlis n'embarque-t-elle pas. ses héros de roman sur la ritiin de Gènes ? L'auteur d'un Voyage en Orient, mis au jour en 1851, ne prend-il pas les vignes bénies de Constance (Suisse)» pour les vignes de Constance du cap de Bonne* Espérance?
Ces jours derniers, un érudit, rendant compte du pèlerinage scientifique de M. de Saulcy dans la Palestine, a sérieusement écrit trois ou quatre fois U royaume de Judas. — - On dit : Henrirle-Grandt Louis4e'Grand^ NapoUon-le-Grand^ pourquoi donc refuser le môme titre d'honneur à notre empereur Gharlemagne ? N*a-t-il pas fait d'assez belles choses pour mériter d'être nommé Charlemag^ne-le-Grani? j^ Ce mot d'un comédien qui s'est distingué dans son art, ne serait point hors de la portée de certains journalistes.
Vous me direz que ces écrivains, ne siégeant pas du tout à l'Institut, on doit aisément leur pardonner de légères méprises. Aurons-nous la même indulgence pour un membre de l'Académie française, quand il imprimera cette phrase mémorable ? — Les vaisseaux du roi d'Espagne arrivèrent chargés de galions, » Ces galions^ que Yatout, l'académicien, prend pour des lingots d'or, valent bien la chankreUe que vous savez, et la ville de Milo changée en homme. Le singe de La Fontaine est tout aussi judicieux quand il met le Pirée au nombre de ses amis.
Voilà pourtant comme on écrit sur la statuaire, sur la marine, sur l'histoire, sur la musique, hélas I sur la musique, en notre siècle de lumières et de progrès I Quels musiciens, bon Dieu, quels académiciens I Voyez- vous les galions huches sur des vaisseaux, navires sur navires, comme les diligences que l'on amarre sur les trucs d'un ferrin ?
Affuyer sur la chantereUe, est une expression métaphorique et proverbiale, qui signifie donner plus d'énergie, de vivacité, de chaleur à son discours, qu'il s'agisse d'une sollicitation, d'une réprimande ou bien d'une menace.
— Anèn^ ardi sus la cantarellaf Allons, hardiment sur la chantenelle I » C'est-à-dire, dépéchez-vous, procédez vive-
DOK JUAX. lli
ment, comme un violoniste qui s'évertue à jouer des traits rapides sur la chanterelle. Ce dicton provençal est arrivé depuis peu dans le nord de la France.
Auteurs et comédiens, Dorimon, de Villiers, Rosimond réussirent très bien dans le rôle de don Juan qu'ils s'étaient réservé. Molière se contenta de celui du valet Sganarelle, qu'il joua dans la perfection. La Grange, Sébastian Prado, Romagnesi, connu sous le nom d'Orazio, représentèrent admirablement le personnage si brillant de don Juan, dans les pièces de Molière, de Tirso de Molina, de Giliberli. Dominique Locatelli, fameux sous le nom de Trivelin, et Thomassin (Tomaso-Antonio Vicentini dit) s'illustrèrent dans le rôle d'Arlequin du Convitato di pietra.
La Suite du Festin de Pierre, comédie en trois actes, représentée parles comédiens italiens, le 1" février 1673.
La comédie, où je prétends M'aller ébaudir quelque temps, Est, si l'on voulait s'en enquerre, La Suite du Festin de Pierre, Que messieurs les Ausoniens, Alias les Italiens, DoDt nous aimons le jeu folâtre, Représentent sur leur théâtre.
L'argument en est, en deux mots.
Certain scélérat de héros.
Bâtard et parfiiite copie De ce don Juan ame impie.
Qu'en Taulre tragédie on voit Périr ainsi qu'il le devoit.
El comme dedans ceUe suite, Meurt aussi, selon son mérite.
Ce fils plus scélérat encor, Qui prend un insolent essor Dans toutes les sortes de vices, Qui de ses gens font les délices.
Car l'assassinat et le dol, L'enlèvement et le viol, L*infidélité, le blasphème, Contre la divinité même, I. 10
Sont les jeux de ce garnemeat :
Lequel enfin, pour châtiment»
£st enfoncé d'un coup de foudre Dans les enfers presques en poudre.
Or ce sujet juste de soi, Et propre à donner de l'effroi»
Par sa catastrophe italique, Paraît néanmoins si comique, Qu'on y rit d'un à l'autre bout, Et eela veut dire partout, Selon les charmantes manières D'égayer de telles matières, Propres, certe^ à ces seuls chrétiens, A ces rares comédiens, Qui feraient même un Caton rire.
C'est une chose qu'on peut dire^ Dans leurs plus lugubres sujets.
Tournés dans leurs rôles follet».
D'ailleurs, dans cette tragédie.
Ou plutôt pure comédie.
Beaucoup de spectacles l'on a, Maintes machines l'on Toit Ik :
On a de plus bonne musique.
Dont Cambert, ce scientifique, £st le compositeur charmant, Que l'on admire incessamment. HkCf une sirène aimable.
Dont la voix est fort agréable, Chante à ravir deux ou trois airs, Accompagnés de deux concerts.
Item, un baladin y danse, Lequel est un démon, je pense.
Vu l'air dont il tourne son corps.
Pour ses sauts de tous bons accords.
Scaramouche, avec sa guitare, N'y fait rien vraiment que de rare.
Arlequin, le facétieux.
Autant qu'autre part sérieux, S*y surpasse en ses gentillesses.
Qui font nos plus chères liesses.
£1 pour conclure enfin, lecteurs, £n général tons les acteurs, Les sérieux ot (es comiques.
DON JUAN. 2iS
Plusieurs en habits magnifiques, S'j signalent comme à Tenvi :
Et certainement, je le di.
Car j'ai déjà la pièce vue, Qui par moi dml être revue.
Il est permis de croire que le rimailleur Robinet aura fini par comprendre , après un certain nombre de représentations, qu'il ne s'agissait pas du tout d'une suite du Festin de Pierre, mais d'une reprise de l'ancienne pièce avec des changements, une mise en scène plus riche, des symphonies, des chants^ ajoutés pour ofDrir au pubUc les mêmes agréments qu'il avait rencontrés au théâtre du Marais, aux représentations du Nouveau Festin de Pierre de Rosimond. Don Juan est mort foudroyé dans il Convitaio di pietra, il ne peut remourir dans la suite de cette tragi-comédie sans avoir été préalablement ressuscité; Robinet, en son récit, ne nous dit pas un mot de cette résurrection. D'ailleurs, les Italiens avaient annoncé leur travail lait pour cette reprise par ces mots : Âggiunta al Convitato di pietra.
— Pendant l'année 1673, la scène fut assez longtemps occupée par la Suite du Festin de Pierre; i> nous dit l'auteur des Annales du Théâtre-Italien. D'Origny se trompe; Robinet, GueuUette , les frères Parfaict s'étaient trompés aussi. Nos anciens ne se montraient pas heureux dans la traduction des titres, des annonces des pièces. Ils avaient rendu Conmtato di pietra par Festin de Pierre, et les voilà traduisant âggiunta par suite.
Cette seconde erreur vaut au moins la première : Aggiunta signifie addition, augmentation, et non pas suite. Il s'agit ici d'un certain nombre de scènes, de phrases , de couplets, de mots, d'effets, de lazzi nouveaux, ajoutés, cousus, intercalés un peu partout, passim, dans les trois actes de il Convitato di pietra, lors de la reprise de ce drame tragico-burlesque en 1673. Il s'agit des ornements en musique, danses, décors, machines, ajoutés à l'ancien ouvrage pour le ragaillardir, et non pas d'une pièce entière et nouvelle, dans le genre de la
Suite du Menteur, comédie en cinq actes, que Pierre Corneille avait donnée en 16AS» un an après le succès de son Menteur.
Âggiunta al ConvitcUo di pieîra ne signifie et ne peut signifier autre chose que Additions au Convié depierre, sous-entendu faites ou destinées. L'analyse de cette prétendue suite^ donnée par Robinet , le prouve suffisamment. D'ailleurs les scènes ajoutées, placage étranger à Taction, empruntées à plusieurs anciennes pièces , figuraient de nouveau dans il Cmvitato parce que les acteurs y brillaient singulièrement, et que le public était charmé de revoir les scènes de la sérénade, de l'échelle , du capitan , de l'enfant perdu , de l'aveugle , du philosophe, etc. La musique d'ailleurs ne pouvait être nouvelle, puisque son auteur, Cambert, qui l'avait écrite en I60T, était en Angleterre. Ce maître français y dirigeait le théâtre lyrique du roi Charles II, depuis le mois d'octobre 1672.
The Libertine destroyed , comédie imitée de Don Juan par Shadwel, représentée à Londres en 1676.
Le Festin de Pierre, comédie en cinq actes de Molière, mise en vers par Thomas Corneille , représentée sur le théâtre de Guénégaud le 12 février 1677.
T. Corneille dit qu'en travaillant à celle pièce, il ne fit que céder aux instances de quelques personnes ayant tout pouvoir sur lui. Mais un peu d'intérêt aida sa complaisance. On con- TLBXi un acquit de M"* Molière en ces termes :
— Je soussignée .confesse avoir reçu de la troupe, en deux paiements , la somme de deux mille deux cents livres , tant pour moi que pour M- Corneille, de laquelle somme je suis créancière avec ladite troupe, et dont elle est demeurée d'accord pour l'achat de la pièce du Festin de Pierre ^ qui m'appartenait, et que j'ai fait mettre en vers par ledit sieur Corneille. »
En ajoutant les personnages de Léonor et de Thérèse, sa tante, T. Corneille s'est réglé sur Tirso de Molina, dont il reproduit Aminta, que sa tante Belisa accompagne.
— Vous saurez qu'on a fait revivre une pièce dont vous n'osiez dire tout le bien que vous en pensiez , à cause de
certaines choses qui blessaient la délicatesse des scrupuleux* Elle en est à présent tout à fait purgée ; au lieu qu'elle était en prose , on Ta mise en vers de telle manière , que , loin d'avoir rien perdu des beautés de son original, elle en a gagné de nouvelles. Vous voyez que je vous parle du Festin de Pierre du célèbre Molière. On en a donné déjà six représentations extraordinairement suivies. Le grand succès de cette pièce est un effet de la prudence de M. Corneille le jeune. 11 en a fait les vers , et n'y a mis que des scènes agréables en la place de celles qu'il fallait supprimer.
X II me souvient , madame , que vous m'avez autrefois demandé pourquoi cette comédie est nommée h Festin de Pierrey n'y trouvant rien qui convint parfaitement à ce titre. Vous aviez sujet de soutenir qu'il n'y avait pas d'apparence que ce fût à cause que le commandeur, tué par don Juan, se nommait dan Pèdre ou dan Pierre, Un cavalier, qui revient d'Espagne , m'en apprit dernièrement la véritable raison. C'est là qu'il prétend que cette aventure soit arrivée ; on y voit encore, dit-il, les restes de la statue du Commandeur; mais cela ne conclut pas que cette statue ait remué la tête, et soit venue se mettre à table chez le don Juan de la comédie, comme on l'assure en Espagne. Ce qu'il y a de certain, c'est que les Espagnols sont les premiers qui ont mis ce sujet au théâtre. Tirso de Molina, qui l'a traité , lui donne ce titre : El Cambidada de piedra , ce que l'on a très mal rendu par te Festin de Pierre : ces paroles ne signifient rien autre chose que le Convié de pierre^ c'est-à-dire, sa statue de marbre œntiée à souper. » De Visé, le Mercure galant, 1677, tomol, page 32.
C'est la première réclamation que l'on ait publiée contre une erreur^ une bévue, affichée depuis dix-neuf ans, de 1658 à 1677. L'observation judicieuse, imprimée par de Visé, ne devait, ne pouvait amener aucun résultai : toute rectification était devenue impraticable.
— Le bal fut fort triste, et finit à onze heures et demie. Le roi menait la reine; M. le dauphin^ Madame; Monsieur, Mademoiselle; M. le prince deConti, la grande Mademoiselle;
%» DON JUÂN.
M. le comte de la Roche-sur-Yon, M"' de Blois, belle comme un ange , habillée de velours noir avec des diamants et un tablier et une bavette de point de France. La princesse d'Harcourl était pâle comme le Commandeur de la comédie. » M"' DE Sévigné, LeUresy 27 janvier 1674.
La princesse d'Harcourt ne s'enluminait point la figure.
Le 15 janvier 1847, seulement, la Comédie-Française abandonna la version de T. Corneille , pour remettre en scène, avec autant de soin que de pompe, le Don Juan de Molière, en prose, et tel que l'auteur l'avait écrit. Les fragments supprimés en 1665 furent rétablis. En 1841, le théâtre de rOdéon avait donné l'exemple de cette restauration tardive.