PERSONNAGES. ACTEURS
Don laan. ... ; # La Graugb Gkffrot.
DoB Louis, son père. Béiart MAimriELLE.
Sganarelle • ••••.*•«.• MouiRE. Samson*
Brindeau. Leroitx*
La stattte du Commandeur • ••••.. Maijbant.
M. Dimanche , marchand. • nv Croisy Provost.
Pierrot , paysan Horbrt .••..«• Régnier.
Francisque, pauvre • Li&isR.
Gusman , écuyer d'EIvIre. • Chéry.
La Ramée , spadassin. • • De Brie Fonta.
La Tiolette. } , . j r^ t (Got.
' > valets de Don Juan. { » ,
Ragotin, ) {RicHii
Eivire, femme de Don Juan M"« Duparg. . « . UF^ Yolnïs.
Charlotte, ) c M"« Molière... M"« A. Brohan.
Mathurine, 3 P»y»«>«e» { M"» De Brie. . • M"« Anaïs.
Un spectre M"^^ Rihblot.
Suite de Don Juan.
Suite de Don Carlos et de Don Alonze » frères.
L Ombre de MaUère^ prologue en vers d'Auguste Barbier^ fut dit, aux premières r^résentatiois de cette reprise, par
Molière Prôvobt*
Un Jeune poète Mauxart.
Hereuve •• • ••.••••••«•..« .«..Got.
La Comédie sérieuse * M"< Rachel.
La Comédie légère M"* A. Brouan.
Don Carlos, |^,^^,g,^ |
Don Alonze, ; l
Dorimon , de Villiers s'étaient réglés sur 11 CanviUUo di pietra, imitation italienne du drame de Tirso. En 1669, une excellente compagnie d'acteurs espagnols vint s'établir à Paris ; Sébastian Prado la dirigeait. El Burhdcyr de Smlla était une des perles de leur répertoire ; et l'original brillait au milieu de ses copies , depuis cinq ans , lorsque Molière produisit son admirable Don Jtuin, Nos auteurs dramatiques avaient déjà fait une infinité d'emprunts au théâtre espagnol; ils recommencèrent de plus belle quand il leur fut loisible de passer en revue ce répertoire opulent, dont les meilleures pièces défilaient sur la scène. Ils pouvaient juger de l'efiét qu'elles produisaient sur le public, et choisir avec connaissance de cause. Nos auteurs de comédies étaient dans l'heureuse situation où plus tard se trouvèrent nos traducteurs d'opéras lorsqu'en 1752-54, 1778-79, 1789-92, 1801 à 1842, des sociétés italiennes ou bien allemandes leur firent entendre, au théâtre I les chefs-d'œuvre de Pergolese et de JomeUi, de Piccinni et de Paisiello, de Gimarosa et de Sarti, de Mozart et de Paèr, de Weber, de Beethoven et de Rossini. Fortunés fiirent êbux cpii mirent la* main sur un Barbiere di Siviglia de Paisiello ou de Rossini. C'était jouer cartes sur table, à coup sûr. Aussi vojons-nous , en 1660, une même comédie espagnole être imitée ou traduite à la fois par deux, trois ou cinq auteurs, par exemple : le Gardien de soi-mime , FÉcolier de Salamanquey le Moqiiewr de Sétille et le Convié de pierre.
Une grande troape ou famille De OMBiédieiif de Castille Se soat éublis à Paris, Séjour des jeux, danses et ris.
Pour considérer leur manière, 3'ailUî voir leur pièce première, Domiftnt à leur portier, tout frunCy La somme d^oii ï>el écu blanc.
Je n'entendis point leurs paroles ; Mais tant Espagnols qu'Espagnoles, Tant comiques que sérieux, FiroitdmcMi tout de leur mieux,
Et quelques-uns par excellence, A juger selon l'apparence.
Ils chantent, ib dansent ballets, Tantôt graves, tantôt follets.
Leurs femmes ne sont pas fort belles.
Mais paraissent spirituelles; Leurs sarabandes et leurs pas Ont de la grâce et des appas.
Gomme nouveani ils divertissent, Et leurs castagnettes ravissent :
Enfin je puisse être cocu Si je leur plaignis mon écu. . .
Les eomédiens de Paris,
Bien loin d*étre contre eux marris
D^entreprendre sur leur pratique,
D^un souper ample et magnifique.
Où chacun parut ébaudi.
Les régalèrent mercredi.
LoBET, la Mme historique, S 4 Juillet 1660.
Antonio de Solis avait composé pour le directeur comédien Prado une loa , prologue chanté , qu'il répétait danS toutes les villes, et qu'il a sans doute adressée aux Parisiens» le jour de son début. Ce prospectus, qu'il faisait moduler sur la scène , indique , avec le personnel de la compagnie , la classification des genres.
— Nous Pedro de Frutos, garçon de bon air et de malheur, gracioso par la grâce de Dieu et des bonnes gens , à vous , noble ville qui répandez un si grand éclat sur l'Espagne, et dont la splendeur ne peut s'éclipser sans obscurcir la sienne ; salut ! Apprenez que Prado vient vous offrir ses très humbles services, Prado (Sébastian) dont la voix et l'action ont donné la vie à tant de vers , et dans le cœur duquel il n'y a pas de poésie qui ne trouve une ame. Il vient pour vous divertir avec la promptitude qui le caractérise , et la compagnie que vous allez connaître, compagnie excellente, digne de vous, digne de lui et digne d'elle.
» La grande Marianne Baca joue les premiers rôles , et si
naturellement» qu'on dirait qu^elIe les compose. La Gongora tient les seconds emplois avec tant d'art, que le public voudrait la voir dans les premiers. La troisième est Dorothée. Que vous dirai*je de ma femme ? Lorsqu'elle chante, on est sûr qu'elle ravit tous ceui qui l'entendent. Ce que je puis assurer, c'est qu'elle pleure encore mieux, et qu'il est impossible de n'être pas attendri. Deux Louises chantent aussi, et leurs voix ont la suavité du miel. Maximilien est second rôle, Prado est premier, et, Dieu merci, il mérite de l'être. Quant au petit Lorenzo Prado, qui n'est encore qu'un poussin, c'est déjà un phénix. Le bon Juan d'Icoriquela est notre barbon ; vous le verrer; il n'y a pas de troupe barbue à laquelle il ne puisse faire la barbe. Macana fait les séraphins; Matuo les Portugais, les cavaliers galants , les princes, les hidalgos; Salvador, les vieillards; moi, je le répète, je fais les boufiTons. Regardes^-moi rire, et je vous défie de ne pas rire aussi. Qu'on le sache bien , je suis un Frutos, natif de Ségovie, et je veux passer pour fils indigne, si je ne maintiens pas intact l'honneur de ma mère qui me Ta recommandé plus de quatre cents fois. Avec nous est un poète , le plus empressé des poètes à vous être agréable ; faites-nous donc bon accueil. Que votre indulgence nous soutienne , que votre concours nous seconde, que votre argent nous soit en aide ; mais, de peur d'équivoque, permettez-moi de vous rappeler très res* pectueusement que les hommes applaudissent , et que les serpents siffient, etc., etc. (1).
Rigoureux sur l'étiquette, les Espagnols avaient huit noms pour désigner les différentes espèces d'associations d'acteurs ; à partir du hulula , qui, manœuvrant tout seul dans la rue, répond à notre bobkhe, ils s'élevaient jusqu'à la compania^ en
(i) Pofisiai varias de D. Antonio de Solis. Madrid 168t. Loapara la primera comedia, que representaba en cada ciudad la compania de PradOy page 820. Tr;iduite et rapportée par Adolphe de Puibasqae dans son Hieiovre eomparé^des Utiératuree espagnole et française^ ouvrage d'QD grand inlérét. Paris, Denta, 1848, tome II, page 467.
passant successivement par les naque, gangariHa^ camboleo, gamacha^ boxiganga, farandula. Ce dernier mot est un des nombreux emprunts qu'ils ont faits à notre langue d'oc. Ne disons*nous pas un bobèche^ un cabotina^^ un tfxmftaUhn^ une troupe, une compagnie ou société ? Nos écrivains qui se respectent emploieraient*Us aujourd'hui le mot troupe , en parlant de la Comédie-Française, de l'Opéra, de l'Opéra-Italien et de nos grands théâtres ?
Nous retrouvons l'emphase burlesque, les aveux naïfs de la ioa espagnole dans le programme que les chanteurs italiens, appelés en France par Mazarin, publièrent à Paris à leur arrivée, dans les premiers jours de janvier i645, avant de commencer leurs exercices par l'exhibition de la Finta Paxxa. Ce programme nous dit : — Flore sera représentée par la gentille et jolie Gabrielle Locatelli, dite Lueilêy qui, avec sa vivacité, fera connaître qu'elle est une vraie lumière d'harmonie. »
La page 7 de l'imprimé porte : — Cette scène sera chantée, et Tbétis sera représentée par la signera Giulia Gabrielli» nommée Diane, laquelle, à merveille, fera connaître sa colère et son amour, d
Même page : --> Le prologue sera exécuté par la très excellente Marguerite Bertolazzi , dont la voix est si ravissante que je ne puis la louer assez dignement. »
Tout n'était pas chanté dans la Finta Pazxa, témoin la note suivante, empruntée au même programme : — Celte scène sera tonte sans musique, mais si bien dite qu'elle fera presque oublier l'harmonie passée. »
Nous avons aujourd'hui la réclame qui surpasse en charlatanisme tous les programmes et les loasdes Italiens et des Espagnols. Elle coûte un peu cher, mais elle fait encore des dupes, témoin le succès en regain qu'elle a fabriqué pour le Prophète, Elle coûte fort cher ! mais qu'hnporte lorsqu'on a reçu de la nature les trésors du financier Meyerbeer.
«^ Il arriva dans le même temps (1672) .une chose qui me fit bien du plaisir. Le courrier qui portait le paquet de M. de
Golbert , pour lors en Flandre auprès du roi, fut arrêté par les ennemis. Entre plusieurs ordonnances pour les bftti* ments du roi, qui montaient à de grandes sommes, il s'en trouva une pour le paiement du second quartier des gages des comédiens espagnols. Quelle mine faisait, je vous prie, le général de Tarmée ennemie, en voyant ses soldats presque nus, pendant que le prince qu'il avait à combattre faisait payer des comédiens espagnols , qu'il n'avait retenus que pour la satisfaction de la reine, et à condition de ne leur voir jamais jouer la comédie. » Perrault, Parallèk des Anciens et des Modernes^ dialogue il».
A Sébastian Prado , qui fit retraite après s'être enrichi , succédèrent deux autres entrepreneurs du Théâtre-Espagnol de Paris.
— La grande Marianne fiaca joue les premiers rôles et si naturellement, qu'on dirait qu'elle les compose, d chantait le héraut de Prado , en débitant sur le théâtre même , le programme d'annonce, le prospectus. Il est probable, je puis dire certain, que le proclamateur dut substituer, au nom de cette virtuose, celui de Francisca Vezon (1); la Ghampmesié de l'Espagne, qui tint à Paris, pendant onze ans, le premier emploi féminin de la manière la plus brillante s elle y fit une belle fortuna La loa, louange, prologue d'ouverture, était une selle à tous chevaux ; on la récitait dans toutes les villes, en ayant soin de changer les noms d'après les mutations Aites dans le personnel. Vous avez vu que tous les acteurs, depuis les premiers jusqu'aux derniers, avaient leur part de cee éloges rédigés d'avance, invariablement stéréotypés. DaM Pamela mavitaia^ de Farinelli (1802), je trouve un air bouffe» Era il ciel sereno e bello, que chantait Pellegrini , monologue écrit, à Venise, dans le goût de la toi des Espagnols. Cet air présente un gracieux compliment à la ville, aux dames de Venise, que le personnage touriste estime les plus belles et
* ■ ■ I I" III ■ ■ HhH ■■.■■- Il I
(1) Plusieurs ont écrit Seson, Besson, en se réglant sur la prononciation espagnole de fViron.
les plus aimables qu'il ait rencontrées dans le cours de ses voyages.
Gran ciaà son Roma e Dolo, FknUy OriagOf Sirà e Berlino.
B MUano, neUa Ckina^ Una eoM, porUnloêa ; A Fariggi tiUto è bello.
Ma Feneua^ Vamor fnto / Non la possQ mai neoràar.
TaUo è heUo, sorprendenU, Che cordialf ehe bwma gente !
Ma U donne ! oh ! se vedeste Che maniera^ ehe grazietie !
CoeeoleUe, henedeUe, Foi aveu un certo che.,.
Che trà Vopre pià perfetie La natara mai non fi.
L'acteur avait soin de substituer Milan, Naples, Rome ou Florence à Venise, afin de ne pas se montrer moins galant envers les dames romaines, florentines, milanaises ou napolitaines, quand il chantait sa ha sur un thé&tre de Rome, de Florence, de Naples ou de Milan.
Ces Espagnols, troupe d'élite, jouant des comédies, chantant et dansant des ballets, furent admis à paraître sur le thé&tre des comédiens du roi ; Marie-Thérèse les mit en faveur peu de temps après leur arrivée , en assistant à toutes leurs représentations. Je les vois figurer à la fête donnée à la rein^ mère, par Monsieur, frère de Louis XIV, le U août 1660, à Saint-Cloud. Les comédiens français régalèrent d'un souper magnifique leurs confrères castillans, le 21 juillet 1662. M*^® de Sévigno signale encore la présence des Espagnols à Paris, dans sa lettre du 11 novembre 1671 , douie ans après leur arrivée en cette ville.
— M"* de La Fayette me mande qu'elle va vous écrire, je crois qu'elle n'aura pas manqué de vous apprendre que la Marans entra l'autre jour chez la reine à la comédie espagnole, toute effarée , ayant perdu la tramontane dès le pre-
DON JUAPT. 183
mier pas; elle prit la place de M"' Du Frénol; on se moqua d'elle, comme d'une folle très mal apprise. »
Les comédiens espagnols, protégés par la duchesse de Montpensier, furent beaucoup moins heureux que la compagnie de Prado. Établis au théâtre Ventadour le 15 avril 1847, ils avaient terminé leurs exercices le 22 mai suivant.
Bien avant la compagnie espagnole dirigée par Sébastian Prado , notre capitale possédait un théâtre espagnol , peu suivi ; notre reine était alors italienne. Malherbe nous dit, en sa lettre 127, adressée à M. de Peiresc le 24 novembre 1613 : — On a renvoyé quérir les comédiens français ; le roi ne goûte point les Italiens ; les Espagnols ne plaisent à personne : ils jouent au faubourg Saint-Germain , mais ils ne gagnent pas le louage du jeu de paume où ils jouent. Les Italiens ouvrirent hier le théâtre à l'Hotel de Bourgogne, où ils ne firent ni bien ni mal. »
— Nous avions à Saint-Jean-de-Luz des comédiens espagnols ; la reine allait les voir tous les jours , et moi assez rarement. Ils dansaient et chantaient entre les actes, et s'ha- ' billaient en ermites et en religieux ; faisaient des enterre** ments, et profanaient beaucoup les mystères de la religion. Aussi bien des gens en furent scandalisés. Les Italiens en faisaient de même lorsqu'ils vinrent en France, et on les en désaccoutuma. » M"* de Montpensieb, Mémmresy 1660.
Dans le Balkl des Mum, 1666, à la scène de la mascarade espagnole, nous voyons les rôles ainsi distribués.
Canditcteurs de la mascarade.
Le duc de Saint-Aignan, Beauchamp.
Espagnols qui dansent.
Le Roi,*M. le Grand, le marquis de Villeroi, le marquis de Mirepoix, le marquis de Rassen.
Espagnoles qtii dansent (1).
Madame, M"*»' de Monlespan, de Crussol, de La Vallière, de Toussy.
(i) Elles figuraient encore sans danser. Les dames de la cour ne furent
Espagnob qui ehantmi en dansant.
Joseph de Prado, Augustin Manuel, Simon Aguado, Marco
Garcez.
Espagnoles qui chantent en dansant.
Francisca Vezon, Maria de Anaya, Maria de Yaldez, Jeroliima de Olmedo.
Espagnols qui jùuerU de la harpe et des guitares. Jean Navarro, Joseph de Loesia, Pedro Vasquez. Cette scène est composée d'une danse d'Espagnols et d'Espagnoles , dont une partie s'exécute au son des instruments, et l'autre au chant à trois Toix de Francisca Vezon, Maria Alaya et de Simon Aguado.
Il fût le jour du lendemain Au grand château de Saint-Germain, A la Comédie-Espagnole Où la reine avait invité
Obligeamment sa majesté? (l) (crosaée et mitrée.)
RoniCBT, SO nowibra 1669.
Les comédiens espagnols ne partirent qu'an 1672» après avoir joué pendant quelque temps à THotel de Bourgogne.
Après la loa des Espagnols, me permettrez-vous de r^roduire une des harangu63 de nos anciens farceurs!
Le prologue des moralités, des sotties et des farces, était, à la manière des anciens, ou Texposé du si^et, ou bien une allocution aux spectateurs pour captiver leur bienveillance, le plus souvent une facétie qui faisait rire le public à ses dépens. Il y avait dans la troupe un acteur diargé de faire ces harangues : c'était Gros-Guillaume, Gauthier Garguille, Turlupin, Guijlot-Gorju, Bruscambille. Les prologues de ce deroier sont d'un ton de plaisanterie approchant de nos pa* rades, et qui plaisait beaucoup en 1610. Dans l'un de ces
assez habiles pour s*élever en cadence au-dessus du parquet, et former des pas de ballet, qu'en 1 GS 1 .
[0 Casimir, ex-roi de Pologne, alors abbé de Saint-Germain- des-Prés«
DOm lUAN. »5
prologaes, Brusçambille se plaint amèremeat de Timpatience d^ spectaleurs.
— ..«Je YOUfi dis donc, specUUores impaHcntissimiy que vous avez tort, mais grand tort, de venir depuis vos maisons jusqu'ici, pour y montrer l'impatience accoutumée , c'est«à-dire, pour n'6tre à peine entrés, que dès la porte, vous criez à gorge dépaquetée : Commencez! commencez l Nous avons bien eu la patience de vous attendre de pied ferme, et de recevoir YOtre argent à la porte, d'aussi bon cœur, pour te moins, que vous Tavez présenté; de vous préparer un beau théâtre, une belle pièce, qui, sortant de la forge, en est encore chaude : mais vous, plus impatients que la même impatience, ne nous donnerez pas le loisir de commencer. A-t-on commencé, c'est pis qu'auparavant : l'un tousse, l'autre crache, l'autre pette, l'autre rit, l'autre gratte son eu : il n'est pas jusqu'à messieurs les pages et les laquais, qui n'y veulent mettre le Xbez; tantôt faisant intervenir des gourmades réciproquées, maintes fois à faire pleuvoir des pierres sur ceux qui n'en peuvent mais.. •
3> Il est question de donner un coup de bec en passant à certains péripatétiques qui se pourmènent pendant que Ton représente : chose aussi ridicule que de chanter au lit, ou de siffler à table. Toutes choses ont leur temps, toute action se doit conformer à ce pourquoi on l'entreprend : le lit pour dormir, la table pour boire, THotel de Bourgogne pour ouïr et voir, assis ou debout... Si vous avez envie de vous pourmener, il y a tant de lieux pour ce faire... Vous répondrez peut-être, que le jeu ne vous platt pas; c'est là où je vous attendais. Pourquoi y veniez-vous doncî Que n'attendiezvous jusqu'à amen, pour en dire votre râtelée? Ma foi, si tous les ânes mangeaient du chardon, je ne voudrais pas fournir la compagnie pour cent écus.
» Vous vous plaignez souvent de trop d'aise. Qu'ainsi ne soit, si l'on vous donne quelque excellente pastorale, où Morne ne trouverait que redire, celui-ci la trouve trop longue, son voisin trop courte. Eh quoi, dit un autre, en
allongeant le col, comme une grue d'antiquité, n'y detaieutils pas mêler un intermède de feintes (1)? Mais comment appelez* vous lorsqu'un Pan, une Diane, un Gupidon s'insèrent dextrement au sujet? Quant aux feintes, je vous entends venir, vous, avec des sabots chaussés ; c'est qu'il faudrait faire voler quatre diables en l'air, vous infecter d'une puante fumée de foudre, et faire plus de bruit que tous les armuriers de la Heaumerie (2). Voilà vraiment bien débuter ; notre théâtre sacré aux Muses qui habitent les montagnes, pour se reculer du bruit, deviendrait un banc de charlatan. Hélas 1 messieurs, c'est votre chemin, mais non pas le plus court. S'il nous arrive quelquefois de faire un tintamarre de fusées, ce n'est que pour nous accommoder à votre humeur...
» Je vous en dirais davantage, mais je ne sais plus que deux mots de grec, anechou kai apechou^ c'est-à-dire qu'il faut désormais devenir patients, ne vous dégoûter de bonne viande, nous assister de mieux en mieux : et cependant je me recroquebille à l'impatience de vos seigneuries. »
Les comédiens français avaient aussi leur menteur en titre d*office, qu'ils nommaient plus honnêtement orateur. Bellerose s'acquittait à merveille de ces fonctions à l'Hôtel de Bourg<>gne, en 1630* Floridor, qui luisuccéda, fut remplacé par Hauteroche. Aux menteries de l'affiche, on ajoutait celles de Torateur chargé de haranguer les spectateurs. Il lui fallait beaucoup d'audace et de charlatanisme; s'il pouvait s'élever jusqu'à l'éloquence tout en allait mieux. Bellerose possédât toutes les quahtés requises, et surtout Teffron-
(t) Feintes signifiait alors tout ce qui sj rapporte au jea des mtchiDes, changements de décors, apparilioDs, vols, coups de tbé&lre imprévus. BniDidme s*est déjàk servi de ce mot, en lui donnant le même sens, lorsqu'il rend compte du mélodrame italien produit à Lyon, devant Henri II, le f octobre 1548. Voyez les Capitaines Français, Chapitre de Henri II.
{i) Rue de la Heaumerie, ainsi nommée parce qu'elle était habitée par les armuriers qui faisaient des heaumes (casques], des cuirasses, des hauberts; elle lient à la rue Saint-Denis.
terie. En faisant l'annonce de C Amant libéral^ il le nommait intrépidement chef-d'œuvre de M. deScudéry. Bellerose parlait avec une grande facilité ; ses petits discours faisaient chaque soir uu nouveau plaisir à cause des traits piquants dont il
savait les orner.
Quoique nous fussions seuls» il m'a fait toir en prose Deux discours sur l'État, du ton de Bellerose.
ScARRON, VHérUier rtdtctiie, Acte U, scène i.
Floridor aurait pu rimer fort bien ses allocutions au parterre. Voici des vers de sa façon , qu'il adressse à maître Adam Billaut :
Tu m'as promis, cher menuisier,
Plus de quinze jours de ta peine,
Pour raccommoder noire scène,
Sans en vouloir un seul denier,
Mais quiue un soin si difficile.
Divin raboteur de Nevers,
Tu nous seras bien plus utile,
Si tu nous donnes de tes vers.
Bien que pour raboter tu sois en grande estime,
Crois-moi| mon cher Adam Billaut,
Que ta sde et que ton rabot Feront bien moins pour nous que ne fera ta rime.
Molière était l'orateur de la compagnie qu'il dirigeait; ses occupations multipliées l'obligèrent, en 1667, à céder cet office à La Grange, lequel eut pour successeur Lecomte, et cet acteur fut le dernier harangueur de la Comédie-Française. En 1704, elle reconnut qu'il n'était pas Me sa dignité de vanter elle-même les ouvrages qu'elle offrait au public Le dernier acteur reçu fut chargé d'annoncer tout simplement le spectacle du lendemain, entre les deux pièces représentées pendant la soirée, et de réciter les compliments de clôture et de rentrée, dont Tusage subsista jusqu'en 1793.
— Le 10 de ce mois, les comédiens français firent l'ouverture de leur théâtre par Poly$mte mariyr. Cette pièce est consacrée depuis plus de vingt ans, pour la clôture, la veille du dimanche de la Passion. Polyeucte fait ordinairement un
grand effet ce jour-là, par les beautés qui sont en pelte tragédie, et par le jeu des meilleurs acleurs, qui se surpassent, animés par une assemblée toujours très nombreuse ; quoique souvent les comédiens augmentent le prix des places, et les mettent même au double pour ce jour-là. » Mercure de France^ avrU 1746, page 776.
// Convitato di pi/etra^ commedia di Molière, tradotta in prosa per
Gleditsch; Lipsia, 1698.
le Festin de Pierre, opéra comique en trois actes, en vaudevilles, sans prose, par Le Tellier, représenté sur un théâtre de la foire Saint-Germain, au jeu d'Octave, en 1713.
Le ballet final, qu'on dansait en enfer, scaûdalisa Vautorité^ qui le fit supprimer après quelques représentations. Elle permit ensuite de le rétablir. L'acteur forain, Raguenet, représenta don Juan d'une manière charmante et fut très
applaudi.
La pièce commence par une danse de berbères et de matelots. Un orage survient, l'assemblée se disperse, deux bergères restent fort heureusement pour donner des secours à don Juan, à son valet Arlequin, jetés par les flots sur le bord de la mer. Le premier est à peine revenu de son évanouissement, qu'il devient amoureux de Tune des bergères ; il dit à son moricaud serviteur, en lui montrant la jeune fille :
Vois-tu ce minois, celte taille.
Qui dans mes filets vient tomber.
▲RLBQunr.
Ma Toi, tons allez la gober Comme une huître à récaiUe*
LA. BERGÈRE, à Aflcquin^ Quel est donc ce seigneur?