ORONTE
Ahlahl
Que diable est-ce ci ?
LUCETTB.
Lou trayte me quiltel très ans après, sul pretesle de quatques alTayres que l'apelaboun dins soun pays, el despiey n'ay reçaupegu pacà de nou* belos ; mais dins lou tems que y soungeabi lou mens, m'anl donnai abist que begniolen aqueslo billo per se remaridar ambe un* auiro jouino fillo, que sous parens li anl proucurado, senso saoupre res de soun premier mariatge. Feà ay tout quiiià en diligence, et me souis renduda en aquesie lioc, lou pus leù qu*ay pouscu, per m'oiipousar à-n-aquel criminel mariatge, et counfoundre à-z-eils de lou lou mounde lou pus meicbant dei* Zromes.
Voilai une étrange effrontée I
LUCETTE
Impudint I n'as pas ounto de m^injuriar, al lioc d'estre counfus di reproches secrets que la counscienço te deùt fayre.
Al. DE POURCEAUGNAC
Moi, je suis votre mari ?
LUCETTE
Infâme I auses-li dire lou contrari? Hé ! tu sabes be, per ma peno, que n'es que trop bertai ; el playguesse al cel qu^aa» non fugnesse pas, et que
MONSIEUR m P0URCEAU6NAC. 369
m'agnesses layssâdo dins Tetat d'inoucenço et dîna la tranquillitat oanfé mon aSoo bibiot dabanl qae tous charmes ei tas tromparies nau m^eii beoguesson malhurousament fayre sourtir ! Feà nou sarieous pas fedoilo à fayre loa triste persoonatge que yeù fôut presentameot ; ii beyre on marit crade] mespresar touto Tardoar qu'yrà ay per el, et me laissar seoso cap de pietà abandoanado à las mourtelos doulous que yeà ressenti de sas perfidos accious.
ORONTB.
Je ne saurais m'empécber de pleorer. {A M, de Povreeaugnae,) Allez, TOUS êtes un méchant homme.
M. DE POURCSAUGlfAC.
Je ne connais rien à tout ceci.
N^RiNB, cmitrefaisant une Picarde.
Ah ! je n'en pis plus ; je sis tout essofflée I Ah ! finfaron, tu m'as bien fait courir : tu ne m'écaperas mie. Justichel justiche I je boute empêchement au mariage. {A Oronte.) Chés mon méri, monsieu, et je toux faire pindre ce bon pindard-là.
M. DE POUnCBAUGlfAG,
Encore!
onoNTE, à paru Ouel diable (Fhomme est-ce-ci?
LUGBTTB.
Que boule^(otts dire, ambe vost' empachament, et vostro pendariè? Qu'aquel ome es Toste marit ?
Ouiy médéme, et je sis sa femme.
LCCBTTB.
Ac6 es faos, acb es yeù que soy sa fenno ; et, se deout estre pengeat, acà sarà yeù que lou faray pengear.
N^KINB.
Je n'edtaîns mie che baragoin-là.
LUCETTE
TeoD bous disi que yeù soy sa fenno.
Sa femme?
LUCETTE
Je vous dis que ch'est mi, encore in coup, qui le sis.
LUCETTE
Et yeà bous sousteni, yeù, qu'ocd es yeù.
11 } 1 quatre ans quHl m'a éposée.
370 MONSIEUR DB POURGEAUGNAC.
LUCETTB.
Bt jeù set ans que m'a presse per fenno.
niKinEé J^ai des gairants de tout oho que je dis.
LDGBTTB.
Teat men pays lo sap.
NÉRINB.
No ville en est témoin.
LUGBTTB.
Tout Pezenas a bist noste mariatge.
NÉRINB.
Tout Chin-Quentin a assisté à nos noches.
LUCETTB.
Non^ y a res de tant beritable.
NÉRINB.
Il gn'j a rien de plus chertain.
LUGBTTB, à M, de Pourceaugnac.
Auses-ti dire lou contrari ? valisquo 1 (l)
ifÉaiNBy h M, de Pourceaugnac.
Esl*ce que tu démaintiras^ méchaint homme?
M. DB POUHCBAUGNAG.
11 est aussi vrai Tun que Taulre.
LUGBTTB.
Quaigu' impudence I Et coussi^ misérable, non të sonbennes plus de la pauro PrançoD, et del paure Jeannet, que sont lous fruits de nosle mariatge ? *
NéaiNB.
Bayez un peu Tinsolence I Quoi ! tu ne te souviens mie de chette pauvre ainfant, nd petite Madelaine, que tU m'as laichée pouf gâige de ta foi?
M. DB POURCBAUGIVAG.
Veilà deux impudentes carognesl
LTJCBTTE.
Béni, Françoun ; béni, Jeannet ; béni touston, béni toustounoy béni fayre beyre à-n-uu payre desnaturat la durelat qu'el a per n'autres.
NÉRJZIB.
Venez, Madelaine, men ainfaiot, venez*ves-en ichi faire houle à vo père de rimpudainche qu'il a. ^
PLUSIHBS BNFANTS.
Alil mon papa, mon papai mon papal
(i) — Oses-tu dire le contraire? fi ! c'est honteux I » Je traduis afin de justifier ma ponctuation. .
Ohitlf « ^il de(» pevilç fils d« pHt^ns I .
LQCETTSt
Coussr» inyi^f Pé nou sios pas dlns la d^rniero çomtfiidûi 4# m-
saonpre à tal ^ous enfants^ el de fermar Tôurejo à la tendre^ patem^Uo? Tu nou m*escaparas pas infâme ! Feù te boH segoir pertOQt, et' te reprouehar louA crime jasqu'k tant que me siegne bengeado, el que fague fach pengear ; (DOtiquia, te boli fayre peogear.
Tqvf\ ce qiie dit la feiote GascQQpe jatt si eomplètaBMat fij^nçAig que Poiirceaugnac ne doit poiot Taocepter comme langage de son pays, quand môme Lucette prononeerait admirablement sgn rôle. Jnfiime, traUre^miêérabk^ impiufeni, criminels scéUrat, tels sont les mot^ qu'elle dit et redit en Viûjurifmt, et ces termes sont empruntés a\i iroeabulaîre parisien. Une {languedocienne pur snn^, animée, énergiqiie et touti^^rait fi la hauteur de la situation, dirait, sans Reprendre hamine ; guswit capoun^ arleri, piatachier^ hanUàynf tiadtw, acabayre^ marrim (1), rompu de Valença (2), feUjos (8), bngant patûfit po/arirw, tncko, coucassanjtmd, trinquatMla.
Vqli^^w est eicellent; c'est Vabrégé de cavalmquo^ interjection que je traduirai par fil (fesl hankMx on digoûtaïul
Pecmre est un mot délicieux, qui signifie à peu près qml dammqge I eti comn^e k pauvre homme I te plie aui diverses nuances d'expre^ion que le geste et la voix peuvent lui donner» C'est le pecçato I des Italiens, le que lastimà des Espa^ gnols* Je puis étonné que Molière n'ait pas employé peeaire dans ces lamentations de Lucettei lui qui n'avait point oublié au^amquo. Le discours de cette épouse abandonnée est fran- ((aia comme une page de PAmre, tout Parisien doit le coni* prendre à l'ouverture du livre ; et pourtant un commentateur a cru néces^airô de le traduire. Il a signé trenteeune fois L. B.
(1) Prodigieusement mauvais.
(2) Roué de Valeboe.
{^) BeiigaSf gros bélier, saijrre aaiaissaiit tout ce qa*it reneontre. Bc' digoêf signifie imbécile.
372 MONSIEUR DE P0URCEÀU6NAC*
sa version infiniment curieuse (1). A supjposait apparemment .que ses lecteurs ne seraient pas plus intelligents qu'il ne Tétait lui-même. Voici comment il a rendu la phrase suivante : Quaign* impudenço ! Et caussîf misérable, nou te soubemes plus de la pauro Françon, et del paure Jeannet?
x> Quel impudent ! Gomment, misérable, tu ne te souviens plus du pauvre François et de la pauvre Jeannette? »
Il me semble qvJimpudenço désigne aussi clairement Sai^iidenoe, quo musa, mufe, et Cependant le traducteur écrit impur dent. N'avait-il pas rendu Tinterjection valisqvûf par un adjectif, vilain? Les articles la, lou, [la, le,) devaient lui faire distinguer le féminin du masculin, et Tempécber de traduire laj)auro Françoun, par le pauvre François, et lou paure Jean^ net^ par la pauvre Jeannette. Il est juste que leannet devienne Jeannette, lorsque Fanchon s'est masculinisée en prenant le nom de François. La même bévue s'est reproduite quelgues lignes plus bas. Voici, mot à mot, ce que Molière a voulu faire dire à Lucette :
ce Quelle impudence I Et ainsi, misérable, tu ne te souviens plus de la pauvre Fanchon, et du pauvre Jeannet?»
Quelle manie, j'allais dire, avec Molière, quelle impudence, de vouloir expliquer aux autres ce que soi-même on ne comprend pas i<En lisant la burlesque traduction du commentateur L. B., je n'ai pu me défendre de penser aux articles que Charles Nodier et M. de Sainte-Beuve ajustaient dans les journaux, le plus gracieusement du monde, avec un aplomb vraiment académique, sur les œuvres d'un poète languedocien, dont ils n*ont jamais compris une phrase. Pauvre public I pauvres lecteurs I Avalez, ce sont herbes, dirait Rabelais. M. Lavergne s'est fait applaudir ensuite dans la Revue des Deux-Mondes, quand il a parlé des mêmes poésies de
(1) Œuvres con^lites de Molière, avec des notes de tous les Com* mmUateurs. Paris, F. Didot, 1846, oa volume grand ia-8^, pages
MONSIEUR Dt POroCEAUGlSAà 373
Jasmin en connaisseur, en harmoniste, en mattre poyr qui tou gai saber n'est pas du haut allemand.
Les Français ont quatre sortes d'e (e, é, èy î,) dont p^ un ne reproduit le son de Ye muet des Languedociens. Ce dernier sonne assez bien dans PezenaSf scélérat^ pour qu'il soit inutile de le munir d'un accent aigu, lorsqu'on imprime le discours de Lucette. Les accents français distribués mala«- «droitement sur ce discours, prétendu languedocien, au lieu de guider le lecteur, l'égarent en Téloignant de la véritable* prononciation des mots ainsi dénaturés. L'o muet, en langue-* docien, l'a muet, en provençal, remplacent l'/muet français. Imprimer adresse^ sense^ hofUe^ darmèrty comme on Ta fait dans le texte de Molière, c'est inviter Lucette à prononcer adressséy semé, honte, damièré. J'ai dû terminer ces mots par l'o muet adressû, senso, ounto, employé déjà, très judicieusement) dans flllo, fenno, billo, noubelo, etc., par tous les éditeurs.
Les articles, les négations, les pronoms, trente-deux mots, rayés comme inutiles, ont pu faire penser que notre langue d'oc,^ ainsi bourrée de mots parasites, ^tait ausssi mal bâtie, aussi prolixe que le patois parisien. Celui-ci doit garder ses iniquités pour son propre compte, suum cuiqite.
Si vous n'aviez pas une idée bien ju^te de TefTet rebutant, odieux, insupportable, que produisent les accents français niaisement repiqués sur des mots languedociens, j'imiterais cette impertinence, en écrivant, d'après votre système : Domine Déus, rèx célèstis. Voyez et jugez. Pourriez-vous lire une page latine ainsi déshonorée? Et ne jetteriez- vous pas au feu le volume insolemment somptueux, élégant, qui vous montrerait de pareilles infamies? N'allez-vous pas bondir et rugir comme un lion, au seul aspect de ce dominé, si méchamment défiguré?
Le languedocien de Molière «ressemble trop au provençal de Marie Stuart.
Fieirepupiairè, et ièm de désarma/, Qu dessein as de fenfkmar ?
Sri MO»SIEUR DE PodHCEAUGîTiC.
QHiUâ la tenàrtsw bn M iage Aquel adrèiiBse Imsar dunrmau Sariè, selon ioun âvre, unu fouUè Samar ; Perqui vo8 estrefâu quand dôuriex esire sage f
Gela n'a rien d'original, de piquant et mémo de logique. Un seul molrepupiaire^ radoieitr, esl réellement provençal; le ttste n'est que du français écrit arec Torlhé^graphe provençale; défaut que Ton remarque chez une infinité do-» rkneurs qui se servent d# la langue d'oc sans la posséder à (bnd. Tout est gallicîsmp chez eux; ils ne se donnent aucun soin de bannir de^eurs écrits les mots que le français a pris à son aine le provençal. La signature de la reine d'Ecosse atladie pourtant une grande valeur à la pièce, que je rapporte d'après La Boude, Essais sur la Mnsiqiœ.
Pour voas montrer que je n*eDtends rien da tout à la chicane, je vous prie de me mener chez quelque avocat pour consulter mon affaire.
SBRIGAm.
Je le veux, et vak vous conduire chez deux hommes fort fashiles ; mais j*ai auparavant ^ vous avertir de fi'étre point Mrprîs de leur maiûère de parler, ils ont contracté du barreau certaine habitude de déclamaiion qui fait qfle Ton dirait qu*il^ chantent, et vous prendrez pour musique tout ce qu'ils vous diront. •
Le musicien Molière sait préluder à merveille poulp faire ehanter. ses médecins et ses avocats;
Les comédiens italiens avaient reçu Tordre de retrancher de leurs pièces les mots à double sens et trop libres. Louis XrV avait admonesté vivement les acteurs français an sujet du Jaloux^ de F Homme à bonnes fortunes^ et d'une autre pièce que Dangeau n'a point nommée. La prude Mainlenon éW recours alors aux pièces oCi l'on ne rencontrait aucune de ces expressions douteuses, oi^ les mots ne disaient que ce t|tt*as devaient dire. Son répertoire favori se composa de Monsieur de PourceaugnaCf Amphitryon^ Georges Dandin, ie Mariage forcé, Crispm médecin^ etc. Les acteurs chargés de représenter ces r^^métlre?:, ne «exprimaient point en italien,
on les comprenait plus aisément, elles demoiselles n'étaient pas obligées de courir après le sens des mots qui se présentaient i visage découvert.
— Le soir, chez M""" de Mainlenon, on joua la comédie du
Mariage forcé.n DâNGEAU» MémoireSf 1718, rendredi, 28 septembre, à Fontainebleau.
La fausse prude avait une telle affection pour les pièces les plus libres de Molière, qu*à défaut de comédiens, elle les faisait représenter par les musiciens de la chapelle du roL Toujours souvient à Robin de sesilûtcs.
— Le soir, chez M°" de Maintenon, les musiciens jouèrent la comédie de Georges Dandina et les dames qui les voient jouer les trouven^t quasi aussi bons acteurs que bons musiciens. » Dangeau, Mémoires^ 1713, lo février.
Il signor di Pursognac, livret italien calqué sur la comédie de Molière et musique par Louis Jadin, fut représenté sur le théâtre Feydeau par les excellents chanteurs italiens que Viotti dirigeait. 23 avril 1792.
Pourcemignac^ opéra comique, d'après Molière, musique de Mengozzi, représenté sur le théâtre de la Montagne, au jardin de la Révolution {Monlansier, au jardin du Palais- Hoyal). 1793,
Monsieur de Pourceawjnoc, ballet-pan tomîme comique, en deux actes^ à grand spectacle, avec les iixtermèdes de LuUi, arrangé, d'après la comédie de Molière, par Coralli ; représenté, sur le théâtre do la Porte-Saint-Marlin, le 28 janvier
Monsieur de Pourceaugnac^ opéra bouffon en trois actes, d'après Molière, paroles ajustées sur la musique de Rossini, Ch. M. Weber, etc., par Caslil-Blaze, représenté pour la première fois à Paris, sur le théâtre de VOdéon, le 24 février 1827.
LG HÉDECm MALGRÉ LO